Le grand dilemme de Pierre Maudet

Succession BurkhalterLe ministre genevois se tâte. Mais ses chances d’accéder au Conseil fédéral restent minces.

Le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet a jusqu’au 4 août pour annoncer à sa section son éventuelle candidature au Conseil fédéral.

Le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet a jusqu’au 4 août pour annoncer à sa section son éventuelle candidature au Conseil fédéral.

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Ira? N’ira pas? C’est la question que tout le monde se pose en ce début d’été. Pierre Maudet osera-t-il défier le favori, Ignazio Cassis, dans la course au Conseil fédéral? En se rangeant derrière une candidature unique, le PLR tessinois fait monter la pression sur la Suisse romande, d’où on attend un candidat. Mais celui ou celle qui se lancera devra assumer un rôle délicat: barrer la route à un Tessinois ou se contenter d’être un porteur d’eau.

Une configuration complexe qui pourrait faire émerger un homme providentiel: Pierre Maudet. Le principal intéressé consulte. «Pas à tout va, précise un proche. Mais auprès de quelques personnes de confiance.» Se lancera-t-il uniquement s’il a la certitude d’être sur le ticket du groupe PLR? «S’il part, ce n’est pas pour faire de la figuration.»

Les éventuels candidats ont jusqu’au 4 août pour s’annoncer au PLR genevois. Plusieurs membres du parti poussent Pierre Maudet à le faire. «S’il renonce par peur d’échouer, ce sera interprété comme un manque de courage. Il doit prendre ce risque. Aucune élection n’est courue d’avance», s’enthousiasme un collègue. «Comme il y a déjà un Vaudois, seul un Genevois peut tenter sa chance, analyse un élu PLR. Alors que le PS fait du «tout sauf Cassis», il a une carte à jouer.»

Un surdoué de la politique
Sa carte, c’est son profil de surdoué de la politique. A 39 ans, Pierre Maudet peut se targuer de mener une carrière fulgurante. Il entre à l’Exécutif de la Ville de Genève à 29 ans. Et accède cinq ans plus tard au Conseil d’Etat.

Très populaire dans son canton, il ne ménage pas ses efforts pour se faire un nom au niveau national. Ainsi, il a marqué les esprits en présentant «son» rapport sur l’armée. Et on parle régulièrement de lui quand il s’agit de lutte contre le terrorisme ou de régularisation des sans-papiers. Dans les médias alémaniques, il passe pour un dur sur les questions sécuritaires. Pascal Couchepin l’a aussi bien aidé en le nommant président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse.

Pas assez connu à Zurich
Mais le pouvoir de l’éminence grise de Martigny faiblit et la notoriété de Pierre Maudet reste toute relative. «S’il est connu à Berne, ce n’est déjà plus vraiment le cas à Zurich. Quant à Saint-Gall, je dois être un des rares à savoir qui il est», résume Roland Büchel (UDC/SG). Pas de quoi combler son premier gros handicap: celui de ne pas siéger à Berne. «Ceux qui parviennent au Conseil fédéral sans passer par cette case restent des exceptions», rappelle un PLR.

Pour percer, Pierre Maudet doit trouver des soutiens. Celui de l’UDC semble compromis. «Pour nous, c’est le contenu qui importe, pas la région de provenance», explique Albert Rösti. Mais dans la bouche du président, le contenu signifie prendre ses distances avec l’UE. Pas franchement la ligne du Genevois. «D’autant qu’on va lui ressortir ses critiques passées sur Ueli Maurer», tacle un PLR.

Au centre non plus, l’éventualité d’une candidature Maudet ne fait pas d’étincelles. «C’est l’un des conseillers d’Etat romands les plus connus, mais sa notoriété ne dépasse pas celle de Christian Lüscher ou d’Isabelle Moret, confesse Pirmin Bischof (PDC/SO). Ses chances ne sont pas très élevées.»

En concurrence avec les femmes et le Tessin
A gauche, on est plus positif. «Il a l’image d’un radical humaniste, raconte Cédric Wermuth (PS/AG). Il a fait parler de lui avec son rapport sur l’armée, l’opération «Papyrus», ou lors du débat sur la laïcité.» De quoi en faire une alternative à Ignazio Cassis? L’Argovien botte en touche. «La question tessinoise est légitime, de même que la représentation des femmes.»

C’est le deuxième point noir de la candidature Maudet. «Alors qu’il existe une majorité pour élire un italophone, la seule alternative est celle d’une candidature féminine», reconnaît un PLR. «Deux hommes sur le ticket, ce serait un affront personnel pour notre présidente Petra Gössi.»

Et cet autre élu de s’interroger: «Pierre Maudet acceptera-t-il de brûler la politesse à une candidate, lui qui fait de la représentation des femmes une marque de fabrique?» D’autant qu’à 39 ans, il pourrait patienter, même si cette opportunité ne se présente qu’une fois tous les dix ans. «Tenter sa chance aujourd’hui ne veut pas dire renoncer plus tard», prévient déjà un membre du PLR.

Créé: 13.07.2017, 18h06

Le duel des Vaudoises aura-t-il lieu?

«Si j’étais président de la section cantonale, je ne lancerais personne.» La déclaration de ce PLR vaudois montre bien à quel point l’idée d’une candidature divise. Avec Guy Parmelin, le canton est déjà bien servi au Conseil fédéral.

Toute candidature, même féminine, et aussi crédible qu’elle soit, reviendrait pour beaucoup à faire de la figuration aux côtés d’Ignazio Cassis. A l’heure où une majorité semble se dégager pour redonner un siège à la Suisse italophone, qui voudrait servir de candidat alibi? «L’esprit de sacrifice, c’est honorable; mais une candidature au Conseil fédéral, ça vous broie, rappelle un PLR. Ceux qui se lancent finissent par y croire.»



Elles sont pourtant deux à y réfléchir: la conseillère nationale Isabelle Moret et la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro (en photo ci-dessus). «Sachant que les chances d’être élues sont faibles, il faut voir ce que l’une et l’autre auraient à gagner à faire un tour de piste», analyse un libéral-radical romand. Et à ce jeu-là, c’est Jacqueline de Quattro qui a le plus de cartes à jouer.

«Isabelle Moret (en photo ci-dessous) s’est déjà fait un nom à Berne, elle n’a pas besoin d’une reconnaissance. Voudra-t-elle vraiment s’infliger une campagne «pour beurre» alors qu’elle a des enfants en bas âge? Je n’y crois pas. Je ne suis même pas convaincu qu’elle serait vraiment heureuse si elle devait être élue», tranche un collègue de parti.



Tout le contraire de Jacqueline de Quattro. «Elle pourrait profiter de se lancer dans la course pour se faire connaître à Berne, elle qui lorgne un siège au Parlement fédéral après le Conseil d’Etat.» Une candidature de Quattro présenterait toutefois un risque: celui de voir un nouveau ministre vaudois éconduit à la porte du pouvoir, huit ans après Pascal Broulis. «Cela ne poserait aucun problème à Jacqueline de Quattro, confie un proche. Elle vient d’être brillamment réélue et n’a rien à perdre. Elle pourrait décider de se faire un été de gloire.»

Isabelle Moret et Jacqueline de Quattro devraient arrêter leur position d’ici à fin juillet. Le parti cantonal tranchera
le 10 août.

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