Le grand patron de la Poste est mis en cause

Affaire CarPostalDes élus doutent de l’impartialité d’Urs Schwaller pour mener l’enquête sur les bidouillages de CarPostal. Olivier Feller demande au Conseil fédéral d’intervenir.

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«L’enquête de La Poste sur l’affaire CarPostal se veut indépendante, exhaustive et transparente. En fait, elle sera partiale, partielle et opaque.» Le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD), membre de la Commission de l’économie et des redevances après avoir siégé dans celle des finances, n’avale pas la dernière conférence de presse d’Urs Schwaller, président du conseil d’administration de La Poste. Ce dernier promettait jeudi de faire toute la lumière dans les trois mois sur le scandale des bidouillages comptables au détriment des cantons.

Olivier Feller n’en croit rien. Il va déposer une interpellation écrite à l’intention du Conseil fédéral la semaine prochaine en lui demandant de prendre les choses en main. Quel est le problème? «En dirigeant l’enquête, Urs Schwaller exclut d’emblée qu’il ait la moindre responsabilité, explique le parlementaire vaudois. Or il a été élu au printemps 2016. Cela fait bientôt deux ans. La Poste, dans son bla-bla communicatif, essaie de circonscrire les faits litigieux à la période 2007-2015. Or l’Office fédéral des transports dit clairement soupçonner que les montants perçus en trop l’ont aussi été entre 2016 et 2018. Je ne préjuge pas de la responsabilité de Schwaller mais elle ne peut pas être écartée de prime abord. Et puis, comme tout président d’un conseil d’administration, il aura naturellement la tentation de protéger les collègues avec lesquels il siège.»

«Augmenter la crédibilité»

Feller n’est pas le seul à Berne à estimer que le rôle d’Urs Schwaller est problématique. Le Blick a fait mardi sa une avec divers élus de gauche et de droite qui demandent que l’enquête soit confiée à une personne indépendante. «On pourrait recourir à un ancien juge fédéral, qui mettrait sur pied un groupe d’experts», estime ainsi Thomas Aeschi, chef du groupe parlementaire de l’UDC. La conseillère nationale socialiste Evi Allemann estime aussi «qu’une direction externe des enquêtes augmente la crédibilité des résultats».

Urs Schwaller, lui, a déjà dit pourquoi il estimait être la bonne personne pour diriger les opérations lors de sa dernière conférence de presse. «J’ai de l’expérience en la matière. J’ai participé en tant que conseiller aux États à l’enquête sur Insieme (ndlr: grand scandale informatique de la Confédération). J’ai l’avantage de connaître La Poste de l’intérieur et de pouvoir commencer rapidement. Mon but est d’arriver à livrer des résultats d’ici trois mois.» Le grand patron du géant jaune affirme avoir été mis au courant d’un sérieux problème à CarPostal «en septembre ou octobre 2017».

Manœuvre PDC?

Si Schwaller fait aussi l’objet de critiques, c’est en raison de son appartenance partisane. Il est membre du PDC, tout comme Doris Leuthard, qui exerce une autorité de tutelle sur La Poste. De là à penser que le PDC veuille mettre le couvercle sur l’affaire CarPostal car cela pourrait éclabousser ses personnalités, il n’y a qu’un pas que certains élus de droite franchissent anonymement. Cela fait bien rigoler la conseillère nationale PDC Viola Amherd. «Copinage PDC? Les écritures comptables illicites datent de la période où le PS et le PLR occupaient les postes dirigeants.» Elle fait allusion au règne de Moritz Leuenberger, Ulrich Gygi et Peter Hasler.

Le président du PDC, Gerhard Pfister, estime infondées les attaques contre ses deux membres proéminents. «Je suis convaincu que Doris Leuthard et Urs Schwaller feront tout pour faire la lumière dans cette affaire. Je respecte la décision de Schwaller de prendre la direction des opérations. Ce n’est pas sans risque.»

Responsabilité assumée

La présidente des Verts, Regula Rytz, elle, est partagée. «D’un côté, je trouve très positif le fait qu’Urs Schwaller prenne la responsabilité de gérer cette affaire et d’assumer des décisions difficiles s’il s’avère que Mme Ruoff a commis des fautes énormes. C’est très rare, des gens qui ne fuient pas leurs responsabilités. D’un autre côté, on ne peut pas nier que Schwaller entretient de facto une proximité avec les principaux acteurs de ce dossier. Je propose de le laisser travailler, de voir les résultats et, s’il y a un problème, les commissions de gestion pourront toujours diligenter d’autres enquêtes.»

Olivier Feller estime au contraire qu’il vaut mieux prévenir que guérir. Voilà pourquoi il demande au Conseil fédéral d’intervenir rapidement. «En tant que propriétaire de La Poste, la Confédération doit mandater le Contrôle fédéral des finances. Il doit lui ordonner de rendre un rapport d’ici fin mai, quitte à lui attribuer des moyens financiers supplémentaires.» L’affaire de CarPostal va continuer de faire les gorges chaudes à Berne avec l’ouverture de la session parlementaire lundi. Un débat urgent a d’ores et déjà été demandé sur le sujet.

Créé: 21.02.2018, 06h46

Berne veut lever le voile sur tous les documents

La démarche est exceptionnelle et pourrait accentuer la pression sur La Poste. Résolu à jouer la transparence, l’Office fédéral des transports (OFT) prévoit de publier sur son site une cinquantaine de documents relatifs au scandale des subventions touchées de manière indue par CarPostal. Le dossier comprendra des rapports de révision, des factures ou une série d’échanges écrits entre l’OFT et La Poste, sa filiale ainsi qu’avec les cantons. Une centaine de pages qui ne concerne que la période de 2007 à 2015 durant laquelle 78,3 millions de francs en trop ont été versés à CarPostal.

Prévenues dans un courrier daté du 15 février, les deux entreprises ont un délai de dix jours pour s’opposer à la divulgation de certaines données qu’elles jugeraient dignes de protection. Vont-elles faire de la résistance?

Contactée, La Poste ne répond pas. «Nous répondrons aux questions de l’OFT dans les délais requis», se borne à indiquer une porte-parole. Le dossier sera donc publié au plus tôt le 25 février après que l’Office aura déterminé quelles informations peuvent être masquées.
En levant le voile sur ces documents, l’autorité veut répondre aux nombreuses requêtes de journalistes.

«L’affaire est exceptionnelle et suscite par conséquent un intérêt exceptionnel. Cela a un impact sur le nombre et la diversité des documents demandés. D’où la décision de les rendre accessibles à tous en une fois», explique Florence Pictet, porte-parole à l’OFT. Pour l’office, il s’agit encore peut-être de se montrer irréprochable alors qu’il n’est pas épargné par les critiques, après avoir mis dix ans à découvrir les irrégularités comptables.

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