Grande mosquée: le sort de l’imam licencié fait débat

PolémiqueLa Fédération des organisations islamiques de Suisse propose de jouer les facilitateurs dans la crise touchant la mosquée du Petit-Saconnex.

L’un des trois imams de la plus grande mosquée de Suisse s’est vu signifier son licenciement.

L’un des trois imams de la plus grande mosquée de Suisse s’est vu signifier son licenciement. Image: Keystone

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Courageux, opportuniste ou nébuleux? Dans un contexte tendu, la prise de parole pour la première fois de l’imam algérien Ziane Mehadjri, licencié par la direction de la Fondation culturelle islamique de Genève (FCIG) et mis à l’écart depuis deux ans, ne laisse pas indifférent. Son employeur, lui, crie au scandale.

Ziane Mehadjri s’est exprimé avec prudence sur sa situation, puisqu’il conteste son licenciement. Il reconnaît qu’il était au courant de la radicalisation d’un groupe de fidèles en 2015. Il a tenté de structurer l’action de la fondation pour lutter contre la radicalisation, mais a été mis à l’écart par la direction. Quant à ses deux collègues imams, fichés S par les renseignements de l’Hexagone, il ne les juge pas.

«Il a raison de sortir de l’ombre, mais il laisse encore planer une ombre», réagit Hafid Ouardiri, directeur de la Fondation pour l’entre-connaissance, qui le connaît depuis plus de vingt ans. L’ancien porte-parole de la mosquée comprend «qu’il fasse preuve de beaucoup de tact, mais il ne faut pas que la politesse muselle la vérité. Il doit être encore plus clair car il est le mieux placé pour dire ce qu’il se passe à l’intérieur de la mosquée.»

Soutien venu de Paris

Ziane Mehadjri s’est avant tout exprimé pour clarifier ses activités, puisqu’il a fondé il y a moins d’un an l’Organisation européenne des centres islamiques (OECI), dans le but de soutenir les centres islamiques européens indépendants. La grande mosquée de Paris n’exclut pas de devenir membre, affirme son directeur de l’administration générale, Mohamed Louanoughi, que nous avons contacté. Cet ami d’enfance de Ziane Mehadjri le décrit comme «un imam modéré, pas du tout radical, qui appelle au vivre ensemble» et précise que la mosquée de Paris et son recteur ont «de très bons contacts avec lui».

L’OECI a été fondée en toute transparence, remarque Hafid Ouardiri, estimant l’initiative louable. «Créer un réseau d’imams européens indépendants, c’est bien, mais ils ne doivent pas être pilotés de l’extérieur», met-il en garde.

C’est d’ailleurs le gros problème, persiste Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste. «L’OECI n’est pas indépendante. Elle roule pour l’Arabie saoudite et pour la Ligue islamique mondiale (LIM), contre nos valeurs démocratiques. Je pense qu’elle a été fondée grâce aux contacts de Ziane Mehadjri avec la LIM et qu’elle est l’enfant d’une sous-organisation de la LIM qui vise à construire des mosquées saoudiennes dans le monde entier.»

Mosquée «scandalisée»

De son côté, le directeur de la FCIG, Ahmed Beyari, n’a pas retourné nos appels. Par e-mail, il renvoie vers un communiqué publié sur son site Internet. La FCIG dit être «scandalisée» par les propos de Ziane Mehadjri, tenus selon elle pour «se venger personnellement de son licenciement et faire croire qu’il a été licencié parce qu’il voulait informer la direction de l’existence de la radicalisation au sein de la fondation».

La raison de son licenciement «est principalement administrative, parce qu’il n’est pas possible d’être président de l’Organisation européenne des centres islamiques, dont on imagine facilement la charge de travail, et d’être imam à plein temps à la fondation». S’il a été privé de prêche le vendredi, c’est parce qu’il a eu «des antécédents fâcheux» avec des fidèles dans le passé. C’est aussi lié à son «incapacité à s’exprimer en français dans les prêches». Or, l’Algérien Ziane Mehadjri parle couramment français...

Quelle lecture Montassar BenMrad, président de la Fédération des organisations islamiques de Suisse, dont la FCIG est membre, fait-il de cette crise complexe? «Plusieurs problèmes ont été relevés, mais il faut maintenant travailler sur des solutions pragmatiques avec les différents acteurs, que ce soit la FCIG elle-même, les fidèles mécontents, les autorités genevoises, les médias», répond prudemment le Vaudois, se voulant constructif. Compte-t-il jouer les bons offices? «Si la mosquée le désirait, notre fédération serait prête à participer activement à un processus de facilitation entre les différents acteurs.»

Créé: 05.11.2016, 14h29

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