«Grâce aux tests ADN, je sais qui est ma famille»

AdoptionBeaucoup d’enfants adoptés recherchent leurs origines. La génétique favorise les retrouvailles et permet d’apporter des certitudes. Mais elle a aussi ses limites.

Des kits vendus sur Internet permettent de faire un test ADN. Et aussi d'enregistrer ses données dans des bases pour trouver des proches.

Des kits vendus sur Internet permettent de faire un test ADN. Et aussi d'enregistrer ses données dans des bases pour trouver des proches. Image: Keystone

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Marco rentre du Chili, où il a passé deux semaines avec sa mère biologique. Ce Vaudois adopté il y a 37 ans a finalement retrouvé ses origines. Outre les investigations sur le terrain, il a utilisé les techniques offertes par la génétique. Et c’est grâce à l’ADN qu’il a au final pu obtenir des certitudes.

Au début des années 80 en Suisse, quelque 1500 enfants étaient adoptés chaque année, à l’instar de Marco. Devenues adultes, la plupart de ces personnes s’interrogent sur leurs racines. L’ADN a transformé cette quête, avec notamment des entreprises qui ont fleuri sur Internet.

Les clients envoient un frottis buccal ou un peu de salive à un laboratoire, pour en apprendre davantage sur les régions où vivaient leurs ancêtres, voire pour retrouver des cousins qui ont eux aussi effectué un tel test. Il existe même des offres pour les enfants adoptés et on trouve sur les réseaux les récits de retrouvailles engendrées par ces bouteilles jetées à la mer.

Marco a passé un tel test vendu sur internet, et l’a inscrit dans trois banques de données. Il a ainsi découvert des cousins du 3e et du 4e degré. «Ils étaient eux-mêmes adoptés et nous avons pu nous entraider dans nos recherches.» La suite a pris la forme d’une longue enquête dans les administrations, où beaucoup de papiers avaient disparu.

Des retrouvailles «magiques»...

Soutenu par des associations chiliennes, Marco a aussi multiplié les appels sur les réseaux sociaux, ce qui lui a permis de remonter jusqu’à une probable demi-sœur, elle aussi adoptée. «Aucun document ne permettait de le prouver et seul l’ADN a permis de confirmer mes origines. Grâce à lui, je sais qui est ma famille biologique.» Et avec l’aide de cette demi-sœur, il a pu identifier formellement sa mère biologique.

«Au Chili, plus de 20'000 enfants ont été volés durant la dictature. Le gouvernement prévoit d’offrir des kits ADN aux mères et aux enfants pour créer une banque de données et les aider à se rencontrer», explique le père de famille. Lui-même n’a pas été volé, mais sa mère, mineure à sa naissance, a été contrainte par sa famille de le laisser. «Les retrouvailles ont été magiques. Ma maman a eu d’un coup deux enfants et quatre petits-enfants supplémentaires. Nous avons passé deux semaines ensemble et nous avons visité le pays.»

L’histoire de Marco se termine en happy end. Mais tous les adoptés à la recherche de leurs origines n’ont pas la même chance. Et si l’ADN facilite les choses, il a ses limites. Une conférence organisée ce vendredi à Lausanne fait le point de la situation*. Vincent Castella, qui y participera comme responsable de l’Unité de génétique forensique du Centre universitaire romand de médecine légale, mentionne d’abord des imprécisions possibles quant aux liens de parenté éloignés.

«D’une entreprise à l’autre, il arrive que les résultats sur vos origines géographiques varient», ajoute le biologiste. Il met encore en garde contre les risques d’arnaque, avec par exemple un prétendu cousin qui aurait besoin d’argent. Et puis, les tests dits récréatifs peuvent révéler des secrets de famille. Comment choisir la bonne entreprise? «C’est délicat, mais il y a tout de même des sites qui comparent les différentes offres. Je conseille à ceux qui les utilisent de bien regarder les conditions, notamment en termes de confidentialité. Certaines compagnies peuvent par exemple vendre vos données à des sociétés pharmaceutiques.»

... Et des déceptions

Pour ceux qui cherchent leurs racines, il y a aussi des déceptions difficiles à surmonter. «Les tests ADN, c’est une possibilité. Mais il ne faut pas tout miser là-dessus», confirme Jenny Xu, une Valaisanne adoptée à 5,5 ans, qui a elle-même connu un espoir déçu. Avec l’aide d’un détective privé, elle avait remonté les traces d’une première famille péruvienne, qu’elle croyait être la sienne. La génétique a révélé qu’elle faisait fausse route. «Quand on vous apprend cela, il faut avoir les épaules solides et être bien soutenu», résume-t-elle sobrement.

Le Service social international Suisse, qui aide des personnes à trouver leurs origines, se préoccupe de cette question et suit le développement des tests sur internet. «Avec des collègues, nous essayons d’approcher ces entreprises, explique Stephan Auerbach, responsable des services transnationaux. Il faudrait mettre en place un accompagnement pour celles et ceux qui font une telle demande.»

Pour lui, une clarification de cette activité est d’autant plus importante que la question va gagner en importance: des personnes nées suite à un don de sperme ou d’ovocyte veulent aussi en savoir plus. Précisons qu’une réglementation des tests ADN dits récréatifs est prévue dans le cadre de la révision de la loi fédérale sur l’analyse génétique humaine. Son entrée en vigueur est annoncée pour 2021.

Jenny Xu, elle, a fini par trouver son père et des frères biologiques qui vivent en Suède, avec l’aide des réseaux sociaux. «Lorsque vous faites de telles recherches, vous êtes dans un ascenseur émotionnel. Le moment des retrouvailles est indescriptible. C’est une explosion de joie qui enlève toutes les colères et les peines liées à l’adoption.» Cette fois, elle n’a pas fait de test ADN. «Avec mes frères, on se ressemble tellement, il n’y en a pas besoin!»

* Conférence organisée par adopte.ch, avec l’intervention de Vincent Castella et les témoignages de personnes adoptées. Auditoire Auguste Tissot, au CHUV, 19-21 h. Entrée payante (10 francs).

Créé: 07.11.2019, 16h11

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