Guido Fluri: «Je suis fier de la Suisse»

Placements abusifsL'auteur de l'initiative sur la réparation s'est dit heureux de l'acceptation par le National du contre-projet à son texte. Il se dit favorable à son retrait. Interview.

Ancien enfant placé devenu multimillionnaire, l’entrepreneur soleurois Guido Fluri est à l’origine de l’initiative.

Ancien enfant placé devenu multimillionnaire, l’entrepreneur soleurois Guido Fluri est à l’origine de l’initiative. Image: Keystone

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Les victimes de placements abusifs devraient recevoir une contribution financière. Le Conseil national a accepté mercredi par 142 voix contre 28 d'entrer en matière sur le contre-projet indirect à l'initiative populaire sur la réparation. Celle-ci demandait la création d'un fonds de 500 millions de francs pour les victimes des mesures de coercition prises avant 1981. Le texte exigeait aussi une étude scientifique approfondie et un débat de société sur ce pan sombre de l'histoire suisse. Le contre-projet indirect du Conseil fédéral reprend ces deux mesures, mais propose une enveloppe de 300 millions, permettant aux bénéficiaires de toucher en moyenne 20 à 25'000 francs.

Ancien enfant placé devenu multimillionnaire, l’entrepreneur soleurois Guido Fluri est à l’origine de l’initiative. Interview.

24 heures: Le National a accepté le contre-projet à votre initiative, c’est une victoire pour vous?

Guido Fluri: Oui, je suis heureux. C’est un vote d’opinion, une décision historique qui est tombée au Parlement. J’espère que toutes les victimes de placement abusifs, qui ont tellement souffert jusqu'ici, seront un peu soulagées aujourd'hui.

Selon vous, c’est une façon de l’Etat de reconnaître sa responsabilité?

Durant toutes les discussions que j’ai menées ces deux dernières années, je n’ai jamais parlé de faute mais toujours de responsabilité. Aujourd'hui, le Parlement, pratiquement tous partis confondus, est allé dans le sens d’une responsabilité à reconnaître de la part de notre pays. Et ça c’est génial. Je vous le dis sincèrement: je suis fier de la Suisse.

Durant les débats, il y a eu des arguments contre l’initiative et le contre-projet. Une partie de l’UDC s’est opposée en disant que le droit est prévu pour régler le présent, pas le passé. Qu’en avez-vous pensé?

Vous savez, plus de 80% du National s’est prononcé en faveur du contre-projet. C’est déjà génial. J’ai toujours dit : vous pouvez argumenter comme vous voulez, ce qui est important pour les victimes, c’est que la Suisse reconnaisse sa responsabilité dans ces placements abusifs. Et le Parlement a admis cette responsabilité à une très forte majorité. Le reste n'est pas important.

Le contre-projet accepté propose une enveloppe de 300 millions alors que votre initiative en demandait 500. Vous auriez pu peut-être obtenir plus devant le peuple…

Les 200 millions en moins octroyés par le contre-projet du Conseil fédéral proviennent du nombre de victimes calculé différemment par le gouvernement. Mais ce n’est pas l’argent qui compte réellement. Il s’agit surtout d’une très forte contre-proposition qui a recueilli une forte majorité aujourd'hui au National. En outre, le facteur temps joue un rôle également. Les victimes vieillissent, sont malades et il fallait qu’une décision en leur faveur tombe rapidement. C’est désormais chose faite.

Vous allez donc retirer votre initiative?

Le contre-projet accepté aujourd'hui, qui nous permet de gagner du temps par rapport à notre initiative, est un message très fort et, de mon point de vue, je pense qu’on peut l’accepter sans problème. Mais je vais d’abord en parler avec le comité d’initiative. Cela dépend aussi du Conseil des Etats qui doit encore se prononcer. Nous prendrons une décision ensuite. Mais selon toute probabilité, nous allons bel et bien retirer notre initiative.

Pensez-vous qu’après l’acceptation du contre-projet, davantage de victimes vont s’annoncer?

J’estime entre 10'000 et 15'000 personnes le nombre de victimes de placements abusifs qui vont s’annoncer. On verra bien les personnes qui entreprendront les démarches.

(nxp)

Créé: 27.04.2016, 11h14

Une décision historique pour Jean Christophe Schwaab

Pour Jean Christophe Schwaab (PS/VD), la décision du National est historique. « D’abord, nous avons fait un pas très important en faveur de la justice envers les victimes. En outre, l’avis de la classe politique a fortement évolué. Il y a quelques années, nous étions d’accord de réhabiliter les victimes, mais il n’était pas question de les dédommager. Aujourd’hui, la quasi-totalité du PLR est passé du côté des gens favorables à une réparation financière. Il ne reste plus qu’un quarteron d’ultra-passéistes de l’UDC qui a refusé ce texte», souligne le socialiste.

Le Vaudois se réjouit aussi de la qualité des débats. «A part quelques excèdes, tout le monde s’est exprimé avec dignité et une émotion contenue. C’était très beau».

Enfin, Jean Christophe Schwaab tient à souligner le travail effectué par la ministre Simonetta Sommaruga. Selon lui, elle a su écouter les victimes et produire un contre-projet capable de réunir une très forte majorité sur un sujet particulièrement sensible. Mais un autre phénomène a eu lieu, selon lui : « Ce qui a aussi joué un rôle, c’est le fait que tout le monde connaisse des gens concernés. Cela montre l’ampleur des dégâts et surtout qu’il s’agit d’un traumatisme à l’échelle nationale.

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