Un rapport à charge accable Guy Parmelin

ArméeLes commissions de gestion désavouent sévèrement le ministre pour avoir gelé le projet de défense sol-air. Le Vaudois paraît isolé.

Guy Parmelin, ministre de la Défense, s'est fait remettre à l'ordre par les Commissions de gestion.

Guy Parmelin, ministre de la Défense, s'est fait remettre à l'ordre par les Commissions de gestion. Image: Keystone

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«Une décision incompréhensible aussi bien d’un point de vue factuel que politique.» Les commissions de gestion du parlement n’ont pas fait dans la dentelle pour juger la décision de Guy Parmelin de suspendre le projet de défense antiaérienne. Au cours de la cinquantaine de pages du rapport, dévoilé hier, on découvre un ministre isolé au sein de son département. Un chef qui réagit trop rapidement, sans s’informer auprès des responsables du dossier. Un homme qui n’a pas confiance en la plupart de ses collaborateurs.

Le projet sol-air est un dossier qui empoisonne le Département de la défense depuis des mois. Fin mars 2016, le Vaudois, fraîchement élu à la tête de ce dicastère, décide de suspendre la procédure d’évaluation. Raison officielle: il souhaite disposer d’une vue d’ensemble de la défense aérienne avant de poursuivre les travaux. Mais cette décision intervient alors que plusieurs médias font état d’incohérences dans ce programme. Des officiers auraient aussi prévenu le ministre d’une possible explosion des coûts.

Décision radicale

Guy Parmelin a justifié sa décision de geler le dossier par le fait qu’il avait l’impression de ne pas avoir été informé du projet de manière appropriée. Selon les commissions de gestion, cet argument ne tient pas. Le conseiller fédéral UDC aurait eu accès à toutes les informations nécessaires. Et Hans Stöckli (PS/BE) d’enfoncer le clou: «Quand on a des doutes, on doit essayer de les lever avant de prendre une décision aussi radicale.»

Les critiques portent aussi sur le calendrier. «Nous ne nous sommes pas penchés sur la pertinence d’acquérir ce système, mais sur la décision de suspendre l’évaluation», précise Claude Janiak (PS/BS). L’argent ayant déjà été dépensé, le Vaudois aurait dû attendre le mois de septembre. «Cette suspension prématurée a coûté quelque 20 millions de francs, soit autant que si la procédure avait été menée à terme», résume Doris Fiala (PLR/ZH).

La charge est lourde, mais elle ne fait pas l’unanimité: le rapport n’a été adopté que par 11 voix contre 9 par la commission du National. Aux Etats, une personne s’y est opposée, Géraldine Savary (PS/VD): «En tant que minoritaire, je ne suis pas autorisée à parler de ce rapport. Mais je refuse d’en porter la responsabilité.»

A l’image de la Vaudoise, ils sont nombreux à prendre la défense de Parmelin. «Il faut remettre cette décision dans son contexte, réagit Pierre-Alain Fridez (PS/JU). De nombreux projets sentaient le roussi au sein de la Défense, il a voulu réfléchir avant de jeter de l’argent par la fenêtre.» Et le Jurassien d’analyser le rapport comme un tour de force de la droite dure qui montre les dents.

Guy Parmelin peut aussi compter sur le soutien de l’ancien chef de l’armée, Christophe Keckeis, qui salue son courage politique: «A l’interne, des cadres n’ont pas dû apprécier son côté pinailleur. Cette décision n’a pas dû plaire non plus à certains industriels de l’armement qui pensaient avoir les coudées franches avec un ministre UDC.» Hugues Hiltpold (PLR/GE) partage cet avis: «Ce projet était un vrai sac de nœuds. On ne peut pas lui reprocher d’avoir voulu faire preuve de transparence. On a trop longtemps laissé les gens se goinfrer sur le dos de la grande muette.»

Voix discordantes

Les attaques sont lourdes contre le groupe de travail auteur du rapport. On critique l’absence de Romands, mais aussi l’accointance de certains membres avec le lobby de l’armement. Le fait qu’il n’y ait eu aucun rapport de minorité est aussi avancé, comme si on avait voulu étouffer les voix discordantes. De là à y voir une tentative d’enfumage de la part du lobby militaire pour discréditer un ministre qui tente de faire le ménage, il y a un pas que certains n’hésitent pas à franchir. Des accusations balayées par les représentants des commissions de gestion: «Ce n’est pas une affaire Parmelin.»

Du côté des services du Vaudois, on se contente de prendre note d’un rapport adressé au Conseil fédéral. Guy Parmelin sort-il fragilisé de cette affaire? «Je suis confiant, répond Christophe Keckeis. Il va réinstaurer la discipline au sein de son département. L’avenir lui donnera raison.»

Créé: 28.01.2017, 12h41

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