Guy Parmelin est-il héroïque, kamikaze ou machiavélique?

Défense aérienneLe Vaudois tient mordicus à lier dans un vote l’achat de jets avec la défense sol-air. Et ce, malgré une consultation catastrophique.

Guy Parmelin joue son bilan à la tête du Département de la défense sur l’acquisition de nouveaux avions de combat.

Guy Parmelin joue son bilan à la tête du Département de la défense sur l’acquisition de nouveaux avions de combat. Image: VQH

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Guy Parmelin joue quitte ou double sur son plus gros dossier. L’idée de regrouper l’acquisition de nouveaux jets avec le système de défense sol-air (DSA) dans un seul paquet soumis à référendum n’a plus de majorité politique. Qu’importe cette consultation calamiteuse, c’est ce projet et aucun autre que le ministre de la Défense présentera au Conseil fédéral le 30 octobre.

«Coupler ces deux achats est judicieux, expliquait-il dans plusieurs médias la semaine passée. Cela remplit le critère juridique de la «portée majeure», obligatoire pour former un arrêté de planification (ndlr: solution retenue pour que le peuple puisse se prononcer)». Pour Guy Parmelin, lier les deux dossiers est cohérent pour obtenir la combinaison la plus efficace et la moins coûteuse. «C’est la façon la plus transparente de présenter les choses au peuple.»

«Une stratégie suicidaire»

Guy Parmelin est-il borné? «Il fait en tout cas un pari très risqué», prévient Corina Eichenberger (PLR/AG). Le tacle de l’Argovienne ne surprend pas. Son parti, le PLR, est très critique sur ce dossier. «Lier les deux objets fait sens, mais les soumettre ensemble au peuple, c’est suicidaire. Huit milliards, c’est colossal. Je doute que la population accepte un tel montant. Et l’armée se retrouvera sans rien.»

Cette spécialiste des questions de défense ne comprend pas l’acharnement du ministre UDC. «Il a la loi avec lui. Les avions, tout comme la défense sol-air peuvent être achetés par le biais des programmes d’armement. Et si certains souhaitent s’y opposer, ils n’ont qu’à lancer une initiative populaire.» Pour Corina Eichenberger, l’argument qui dit que cela allongerait le délai ne vaut pas. «Même si le peuple dit oui à l’arrêté de planification, les opposants pourraient encore lancer une initiative et bloquer le tout.»

Guy Parmelin irait-il droit dans le mur? «Pas du tout, rétorque Roger Golay (MCG/GE). En renonçant, il reconnaîtrait que son idée n’est pas la bonne alors qu’elle reste la meilleure. Je ne pense pas que le peuple aura peur de ce montant, si on lui explique bien de quoi il s’agit. En restant droit dans ses bottes, Guy Parmelin montre qu’il ne cède pas à la pression des lobbies de l’armement qui ne se préoccupent pas des projets le plus cohérents pour le pays, mais uniquement de ceux qui leur rapportent de l’argent le plus vite possible.» Pour Roger Golay, Guy Parmelin fait tout juste. «Alors qu’on l’a souvent critiqué de changer trop souvent d’avis, il montre qu’il est déterminé. Il n’a pas encore de majorité politique, mais il a les moyens de faire plier le parlement.»

Cette analyse n’est pas nouvelle. L’UDC, qui soutient unanimement son ministre, explique depuis des semaines que les atermoiements du PLR et du PDC – critique lui aussi – relèvent de la gesticulation politique, et qu’ils finiront par se rallier.

«Comme il trouve dérangeant de changer d’option, il fait le forcing pour pousser le PLR et le PDC à rentrer dans le rang»

Un scénario crédible? «Il y a le temps de la consultation, et le temps du travail parlementaire», répond laconiquement Jean-René Fournier (PDC/VS). Pour le sénateur, Guy Parmelin n’a pas encore joué sa dernière carte. «Il y a des forces conservatrices au sein de l’armée, et certains partis qui ont peur de l’exercice démocratique. Et cette crainte est légitime, car il y a un risque. Mais lorsque les Chambres vont se pencher sur le détail du projet, les avis peuvent évoluer. Si aujourd’hui, c’est le montant de l’enveloppe qui heurte le bon sens; demain, ce sera peut-être le fait de ne pas coupler les deux objets pour obtenir le meilleur résultat à moindre coût qui semblera illogique.» En clair, l’impasse actuelle pourrait devenir un chemin vers le succès. Mais à une condition: «Guy Parmelin doit arriver avec des variantes concrètes. Pas forcément désigner le nombre de jets ou le type de DSA, mais au moins préciser les capacités et les coûts des différentes combinaisons.» Un trop grand flou sera rédhibitoire.

Un double obstacle

D’ailleurs, à gauche, on imagine assez bien ce retournement de situation. «Guy Parmelin mise sur le fait que la majorité bourgeoise au parlement veut à la fois des avions et un DSA, analyse Pierre-Alain Fridez (PS/JU). Comme il trouve dérangeant de changer d’option, il fait le forcing pour pousser le PLR et le PDC à rentrer dans le rang.» Est-ce bien joué? «C’est à double tranchant, estime le Jurassien. Ce n’est pas l’obstacle du parlement qui sera le plus dur à franchir, mais celui du peuple. Ce ne sera pas évident de gagner un tel scrutin, alors que le centre droit a déjà des doutes sur la stratégie.»

Guy Parmelin est-il héroïque ou kamikaze? Entre ces deux scénarios en figure un troisième, plus machiavélique, qui voudrait que le Vaudois conserve un projet en état de mort clinique pour mieux le refourguer à un collègue lors de la prochaine redistribution des départements (lire encadré).

Créé: 16.10.2018, 18h45

«Je serais étonné que le capitaine quitte le navire»

Tous les signaux sont au vert pour une rocade au sein du Conseil fédéral. Les départs de Doris Leuthard et de Johann Schneider-Ammann vont libérer le DEFR (Économie, Formation, Recherche) et le DETEC (Environnement, Transports, Énergie, Communication). Deux dicastères qui suscitent les appétits. Guy Parmelin se laissera-t-il tenter par le DEFR qui regroupe l’agriculture? Conseiller national, il s’était positionné sur les questions de santé/social, mais aussi d’environnement et d’énergie. Reviendra-t-il à ses premières amours? Tout changement signifierait abandonner le très gros chantier de l’acquisition de jets et du système de défense sol-air. Et à Berne, ils sont peu à miser sur cette option. «Je serais étonné que le capitaine Parmelin quitte le bateau maintenant, coupe Pierre-Alain Fridez (PS/JU). D’autant plus qu’il y a fait monter beaucoup de Romands. Il ne peut pas les abandonner. On attend d’un chef de département une certaine constance politique. Quand on empoigne un dossier, on va jusqu’au bout.» Roger Golay (MCG/GE) est plus sévère encore. «J’ai entendu que certains élus bourgeois ne seraient pas contre l’idée de remettre l’armée à la gauche pour mieux annihiler les oppositions, mais si Guy Parmelin part, ce serait la pire des choses pour la défense aérienne. Ce serait mauvais pour son parti mais aussi pour son image, car on l’accuserait ne pas avoir été capable de gérer ce dossier.» Un scénario qu’il n’arrive pas à imaginer. «J’ai vraiment l’impression que Guy Parmelin se plaît là où il est.»

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