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Habile vendeur, Donald Trump rassure le business

Le président américain a adouci son discours «America First» et n’a pas proféré de nouvelles menaces. Son public cible était clairement l’économie et ses électeurs.

A Davos, Donald Trump a décidé d’adoucir son slogan souverainiste, histoire de calmer les esprits, notamment en Asie.
A Davos, Donald Trump a décidé d’adoucir son slogan souverainiste, histoire de calmer les esprits, notamment en Asie.
Keystone

Jamais peut-être de l’histoire du Forum de l’économie mondiale l’attente ne fut si forte, les heures précédant l’intervention de Donald Trump si longues. À tel point que sa montée des escaliers, en fin de matinée, trois heures avant son discours, a été vécue comme un soulagement. L’homme le plus puissant de la terre, l’ovni politique de ce début de XXIe siècle a suscité une nouvelle bousculade, à peine est-il apparu après s’être entretenu avec la délégation suisse.

Le voilà enfin. Il est grand, marche lentement et salue comme une rock star. Premier petit incident au bas des marches. Il s’en prend aux reporters du New York Times et leur lance un «thank you» rageur. L’homme est visiblement fâché par une news sortie le matin même et indiquant qu’il a voulu virer le procureur spécial Robert S. Mueller, enquêtant sur les agissements de la Russie pendant la campagne électorale (lire ci-dessous).

À 14 h, la salle du Palais des Congrès du WEF est pleine à craquer. Et, surprise pour l’assistance, la Landwehr de Fribourg débarque sur scène. Donald Trump et Klaus Schwab, grand maître du WEF, se tiennent debout, sans bouger. Un instant, on devine que la musique, quelque peu répétitive, dure trop longtemps pour le président Trump. Le show peut commencer. Car c’est un show auquel on va assister. La bonne nouvelle, c’est que Donald Trump a été très sage, n’a critiqué aucun pays ni lancé de nouvelles menaces. Car il était à Davos pour dire une seule chose, répétée en boucle: «l’Amérique est le pays où il faut investir», qui réduit avec frénésie la bureaucratie. «J’ai fait la promesse que, pour toute nouvelle loi, j’en supprimerais deux.»

Dans la lignée de Reagan

Celui qui parle s’inscrit dans la lignée de Ronald Reagan et vend à l’assistance son sujet fétiche, très prisé par les businessmen, la baisse fiscale accordée aux entreprises. Pour lui, l’effet serait magique: les Bourses battent des records («84 fois depuis mon élection», dira-t-il). Il s’adresse ensuite habilement à ses électeurs en expliquant que ces baisses d’impôts ont permis aux sociétés de verser des bonus de plus de 3000 dollars. Il rendra hommage à Apple et à «ses 350 milliards» qui vont être investis sur sol américain, oubliant de préciser qu’il s’agit en réalité des liquidités et que la société n’a annoncé que 35 milliards d’investissements. Mais, peu importent les zéros, Donald Trump veut marquer les esprits et séduire les investisseurs.

Le cadre est posé. Il lui reste à répondre à une question majeure. Qu’entend-il par «America First»? À l’évidence, ses conseillers ont bien préparé le terrain – il ne quittera pas des yeux le prompteur qui est placé devant lui. Et la réponse est subtile, non agressive et tout à fait acceptable par l’audience. «Je ferai toujours passer l’Amérique d’abord, tout comme les dirigeants des autres pays devraient le faire aussi. Mais l’Amérique d’abord ne signifie pas l’Amérique seule», dira-t-il. Et, en bon diplomate, il précise encore qu’il est favorable à un libre-échange. Il y met ses conditions: «mais il doit être juste, et il doit être réciproque». Pour les observateurs américains, Donald Trump a visiblement décidé d’adoucir son slogan souverainiste, histoire de calmer les esprits, notamment en Asie. Du reste, il ne s’en prendra pas à la Chine, ne citant pas le pays, mais, implicitement, il y fait référence en dénonçant «les subventions et la planification». À ce moment-là, tout le monde comprend qu’il s’abstiendra de toute nouvelle provocation. Aucune des phrases prononcées sur l’Iran ou la Corée du Nord ne fera les gros titres de demain.

En habile chef de campagne, il se montre social, en déclarant qu’il faut investir dans les gens, prendre soin des oubliés de la croissance, sortir les plus pauvres de la dépendance et leur assurer un salaire décent. Et se félicite de son bilan: jamais depuis des décennies le taux de chômage n’a été aussi «bas parmi les ressortissants d’origine africaine ou hispanique», martèlera-t-il à deux reprises. Car c’est l’une des caractéristiques du politicien Trump, tel un spot publicitaire, il répète et répète encore et encore les mêmes faits ou arguments.

Presse prise à partie

Au terme de son discours, le patron du WEF, Klaus Schwab, tente de l’interroger en posant deux questions, l’une sur la baisse fiscale annoncée et une autre, «plus personnelle», sur ce que son passé lui a appris de plus important. À cet instant, Donald Trump n’a plus de support. Il est assis aux côtés de Klaus Schwab. Il raconte alors son dîner de la veille avec quinze capitaines d’industrie, qui sont devenus des «amis» et promis d’investir massivement aux États-Unis. «L’un d’eux m’a même dit qu’il investirait 2 milliards.» Évoquant son expérience, il se révèle fidèle à lui-même, ne parlant que de «succès», de «décisions historiques». En clair, dans le business, il était «bon» et «tout lui a réussi».

Mais le naturel revient vite au grand galop. Sans doute blessé par les révélations de la presse américaine, il déclare: «J’ai toujours eu une très bonne presse quand j’étais homme d’affaires. Ce n’est qu’en devenant un homme politique que j’ai réalisé à quel point la presse peut être méchante et fausse.» Huée contenue dans la salle. Mais ce petit incident l’a sans doute privé d’une standing ovation et lui a valu des applaudissements très sages. Au sortir de la salle, le banquier suisse Patrick Odier commente: «Bon, à part l’attaque contre les journalistes, la bonne nouvelle, c’est qu’il s’est retenu et s’est tenu à un discours prévisible.» Si Trump à Davos reste un événement, son discours, lui, ne marquera pas durablement les esprits.

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