Haro du PS contre le cadeau fiscal aux «familles riches»

RéférendumLa gauche part en guerre contre des allégements fiscaux de 350 millions. La droite assume son aide aux familles qui paient des impôts.

Christian Levrat: «Sous le prétexte de venir en aide aux familles, la droite sert sa clientèle et distribue des allégements fiscaux aux familles aisées.»

Christian Levrat: «Sous le prétexte de venir en aide aux familles, la droite sert sa clientèle et distribue des allégements fiscaux aux familles aisées.» Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pas question de faire des cadeaux fiscaux aux parents riches! C’est le mot d’ordre du Parti socialiste, qui a lancé lundi à Berne un référendum contre la loi qui fait passer les déductions fiscales pour enfants de 6500 francs à 10'000 francs dans l’impôt fédéral direct. Cette nouveauté a été acceptée par une droite unie le dernier jour de la session d’automne du parlement fédéral.

«Sous le prétexte de venir en aide aux familles, la droite sert sa clientèle et distribue des allégements fiscaux aux familles aisées», fulmine Christian Levrat, président du PS. «Après avoir voulu passer en force sur la réforme fiscale des entreprises, les partis bourgeois répètent la même erreur. Ils foncent dans le mur contre l’avis des Cantons et du Conseil fédéral.»

Cliquer ici pour agrandir

Effectivement, le gouvernement est contre ce cadeau fiscal dont le coût est estimé à 350 millions de francs par année (lire encadré). Il faut dire qu’il a été pris à froid. Au départ, il s’agissait juste d’accorder une déduction fiscale pour frais de garde des enfants par un tiers. Cela aurait coûté 10 millions par année. Des cacahuètes. Mais la droite a estimé qu’il était temps de faire un geste envers les familles qui gardent les enfants à la maison ou dont un conjoint renonce à travailler pour ne pas payer trop d’impôts. Les partis bourgeois ont modifié grandement le projet de loi original avec cette déduction forfaitaire. Tout cela au nom de la défense de la classe moyenne.

Cet argument donne des boutons à la gauche. Pour elle, aider la classe moyenne, c’est bien, encore faut-il s’entendre sur ce que cela veut dire. La conseillère nationale Ada Marra (PS/VD) estime que la classe moyenne s’arrête aux familles qui gagnent au maximum 100'000 francs net, soit 150'000 francs brut. Et encore, elle laisse entendre que c’est déjà beaucoup. Elle note que la réforme favorise à fond les revenus de plus de 300'000 francs. Et propose l’option suivante: «Avec les 350 millions, on pourrait aider toutes les familles en leur octroyant un bonus. Ceux qui ne paient pas d’impôts recevraient aussi de l’argent.»

«Geste de reconnaissance»

Pour le conseiller national Guillaume Barazzone (PDC/GE), la classe moyenne a une tout autre signification. Elle s’étend d’un revenu brut de 55'000 à 200'000 francs. «Nous avons voulu aider des familles qui paient des impôts, qui n’ont pas d’aide pour les primes maladie ou qui paient plein pot les frais de crèche. Cette classe moyenne a besoin d’un bol d’air. Il y a des couples dont un des conjoints renonce à travailler pour s’occuper des enfants, car fiscalement c’est plus intéressant.»

À droite aussi, les tenants de la famille traditionnelle applaudissent le projet. «Il est temps de récompenser les familles, insiste Alice Glauser (UDC/VD). Et c’est faux de dire qu’on n’aide que les riches. Je viens du monde agricole où l'on n’est pas hyperriche. Mais on travaille et on s’organise avec les enfants. C’est important de faire un geste de reconnaissance.» Et qu’on ne vienne pas lui dire que les familles les plus pauvres ne recevront rien avec ce projet. «On parle ici d’une défiscalisation pour des gens qui paient des impôts. Une famille qui gagne peu est exemptée d’impôts.»

Le PS va se lancer dès ce mardi dans la récolte des 50'000 signatures. Christian Levrat n’a pas caché qu’en pleine campagne pour les élections fédérales, avec des équipes déjà fortement sollicitées, cela ne serait pas une partie de plaisir. Il compte néanmoins avoir réuni les précieux paraphes avant les fêtes de Noël. Sur ce sujet émotionnel, on peut parier que le référendum aboutira. Il appartiendra donc au peuple de trancher. Cela sera probablement en septembre 2020.

Le PS table déjà sur une victoire. Il espère ainsi pouvoir stopper «l’arrogance» de la droite dès le début de la nouvelle législature. Il pourra compter sur le soutien des Verts et des Vert’libéraux, qui ont refusé le projet au parlement. Les cantons, qui n’ont pas été consultés, devraient aussi appuyer le référendum. La droite sera unie pour le combattre. En attendant la bataille référendaire, chacun peut déjà se faire sa propre idée sur les conséquences de ce projet fiscal. Dans notre graphique ci-dessus, avec les chiffres fournis par l’Administration fédérale des contributions, nous montrons la hauteur des allégements pour quatre types de ménages. Le cadeau fiscal s’étend de 90 francs à 917 francs par année et par famille.

Créé: 07.10.2019, 19h48

En chiffres

1 million de familles concernées

La Suisse compte environ 1,7 million de familles. Environ 800'000 d’entre elles ne paient pas d’impôt fédéral direct. Elles n’auront donc pas droit à un centime d’allégement fiscal prévu par la nouvelle loi. Il reste près d’un million de familles potentiellement concernées par le projet. Mais, et on le voit aussi sur notre graphique, la hauteur des allégements varie selon la hauteur du revenu.

L’Administration fédérale considère que 700'000 ménages disposant d’un revenu imposable jusqu’à 100'000 fr. (ou 150'000 fr. brut) percevront globalement 100 millions de francs d’allégements. Cela signifie que les familles ayant un revenu supérieur à 100'000 francs imposables verront leur facture s’alléger globalement de 250 millions. Ce qui est particulièrement important pour la droite, c’est que le gros de ces déductions touche les revenus nets compris entre 100'000 et 200'000 francs.

Il n’en reste pas moins que le projet favorise les familles plutôt aisées. Cela a fait monter la moutarde au nez d’Ueli Maurer, le ministre UDC des Finances. Il a déclaré ceci devant le Conseil national: «Les grands profiteurs de cette réforme sont les familles qui ont un revenu brut supérieur à 150 000 francs par année. On peut se demander dans ces conditions si on peut encore parler de politique familiale quand près de 85% des familles sont peu ou pas concernées.»

Encore un chiffre pour terminer: 70 millions de francs, sur les 350 millions d’allégements, seront à la charge des Cantons.

Articles en relation

Pas de bonification fiscale pour les parents riches

Suisse Le Parti socialiste va lancer un référendum contre le projet de déductions fiscales pour les frais de garde des enfants. Plus...

Le National veut aider les parents à la maison

Suisse Mardi, le Conseil national a voulu donner un coup de pouce financier aux parents qui gardent leurs enfants. Plus...

Les parents pourront déduire plus de frais de garde

Suisse Le National s'est rallié au projet lancé par le Conseil fédéral qui veut permettre aux familles de déduire à l'impôt fédéral jusqu'à 25'000 francs par enfant. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.