L’heure de vérité pour Isabelle Moret et Pierre Maudet

Succession BurkhalterCe vendredi, le groupe parlementaire PLR sélectionnera ses candidats pour la succession Burkhalter au Conseil fédéral. Avec grand oral à la clé.

Ignazio Cassis, Isabelle Moret et Pierre Maudet souhaitent tous trois intégrer le cercle très fermé des Sept Sages.

Ignazio Cassis, Isabelle Moret et Pierre Maudet souhaitent tous trois intégrer le cercle très fermé des Sept Sages. Image: Keystone

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Le PLR suisse a mis les petits plats dans les grands. C’est en effet au Beau-Rivage, dans un palace cinq étoiles de Neuchâtel, que le groupe parlementaire fédéral triera l’ivraie du bon grain pour la succession Burkhalter au Conseil fédéral. Il décidera, suite à des auditions, qui d’Isabelle Moret, d’Ignazio Cassis ou de Pierre Maudet portera la bannière du parti dans la course finale au Conseil fédéral le 20 septembre. Il composera un ticket formé de deux, voire trois candidats. Voici les quatre scénarios:

1) Le ticket minoritaire: Cassis et Moret

Avantage: Le PLR ne fait pas de saut dans l’inconnu avec le couple Moret-Cassis. Il sélectionne deux conseillers nationaux respectés, actifs depuis de longues années à Berne et qui connaissent parfaitement les règles du jeu fédéral. Il choisit aussi le ticket symbolisant les deux grandes préoccupations du moment: la représentation de la Suisse italophone et des femmes au gouvernement. Un choix classique, qui respecte à la fois l’expérience et les minorités.

Inconvénient: Le PLR écarte la relève ambitieuse et énergique du PLR, incarnée par le Genevois Pierre Maudet. Face à la montée en puissance attendue des deux conseillers fédéraux PS Alain Berset et Simonetta Sommaruga après le départ de Doris Leuthard, le parti perd l’occasion de présenter un candidat profilé, excellent communicateur, sachant gérer une administration et n’ayant pas peur d’en découdre.

Probabilité: en baisse, alors qu’il semblait assuré en début de campagne


Edito: La fin de la «drôle de guerre» du PLR


2) Le ticket frontalier: Cassis et Maudet

Avantage: Avec ce duo, le PLR offre un choix intéressant et clair à l’Assemblée fédérale. D’un côté, il propose un conseiller national chevronné, qui connaît bien les dossiers fédéraux et notamment celui sur la santé, sachant que le Département fédéral de l’intérieur pourrait être à repourvoir si Alain Berset part aux Affaires étrangères. D’un autre côté, il propose un candidat jeune, hors sérail et susceptible d’apporter du sang frais tout en ayant une bonne expérience de conseiller d’Etat.

Inconvénient: Le PLR présente un ticket exclusivement masculin. C’est un désaveu personnel pour l’ancienne vice-présidente du parti, Isabelle Moret, qui n’a pas démérité au Conseil national. C’est plus largement un signal négatif envoyé encore une fois aux femmes du PLR. Cela pourrait du coup ouvrir la porte à une candidature sauvage féminine.

Probabilité: en hausse, après la bonne campagne de Pierre Maudet

3) Le ticket «Bisounours»: Moret, Cassis et Maudet

Avantage: Un tel ticket permet d’offrir un large choix à l’Assemblée fédérale tout en ne vexant aucune des grandes sections cantonales PLR. Ce dernier prend acte de la bonne campagne de l’outsider Maudet et considère notamment qu’il ne faut humilier aucun des deux Romands: la conseillère nationale expérimentée ou le conseiller d’Etat en fonctions.

Inconvénient: En jouant à «l’école des fans» et en mettant la meilleure note à tout le mon de, le parti envoie un signal de faiblesse et d’indécision à l’Assemblée et lui demande de faire «le sale boulot» de sélection. Et il désavoue sa présidente, Petra Gössi, qui avait dit sa préférence pour un tic ket à deux. L’UDC avait présenté un ticket à trois lors de la démission d’Eveline Widmer-Schlumpf, mais ses candidats émanaient des trois régions linguistiques.

Probabilité: faible, même s’il est en hausse

4) Le ticket lémanique: Moret et Maudet

Avantage: En plébiscitant ses deux plus jeunes candidats, le groupe PLR envoie un signal de renouveau. Exit le quinquagénaire posé tessinois, place au frétillant trentenaire genevois et à l’alerte quadragénaire vaudoise. Le PLR prend ainsi acte des démissions à venir au Conseil fédéral et consolide le collège en proposant des candidats faits pour durer. Il récompense la région lémanique pour son dynamisme économique. Et montre son attachement aux sections romandes qui font de très bons résultats électoraux.

Inconvénient: Un tel ticket serait une humiliation pour le Tessin et un désaveu du groupe PLR envers son chef de groupe. Un scénario de science-fiction, à moins qu’un cadavre de dernière minute ne sorte du placard. Proposer un ticket valdo-genevois ouvrirait à coup sûr la porte à une candidature sauvage du Tessin, voire de la Suisse alémanique.

Probabilité: presque inexistante

Et maintenant, à vous de jouer...

Mini jeu: la course au Conseil fédéral Cliquez sur l'image pour accéder au jeu de «La course au Conseil fédéral»

Les trois candidats, on s’en doute, auront les nerfs en pelote le jour J. Pour les aider à se décontracter et à rester concentrés, ils disposeront chacun d’une chambre dans l’hôtel. Ils seront appelés à tour de rôle pour le grand oral devant la quarantaine de parlementaires présents en début d’après-midi. Un tirage au sort préalable, effectué le jour même, déterminera l’ordre de passage.

Trente minutes pour convaincre

Comment se passe une audition? Le candidat a une bonne demi-heure pour convaincre ses pairs. Pendant les cinq premières minutes, il explique pourquoi il veut devenir conseiller fédéral et quels sont ses objectifs. Ensuite, il répond au feu roulant des questions de ses collègues. Il a intérêt à répondre franchement sur les thèmes politiques et à ne pas botter en touche. Il doit aussi montrer qu’il dispose d’une autorité naturelle et de charisme, tout cela sans se livrer à un show prétentieux.

Une fois l’exercice terminé, le groupe devrait discuter en l’absence des candidats de la stratégie à adopter pour cette élection. Le premier enjeu est de déterminer si le parti présente un ticket à deux ou à trois. Si la dernière formule l’emporte contre toute attente, le travail du groupe PLR s’arrête là. Si, en revanche, un ticket à deux est choisi, il faut éliminer un des candidats (voir la procédure de vote).

Des candidats pas égaux

Aussi curieux que cela puisse paraître, les trois candidats ne sont pas égaux devant le vote. Isabelle Moret et Ignazio Cassis, de par leur fonction de conseiller national, ont le droit de voter au sein du groupe. Ils nous ont confirmé tous les deux qu’ils s’abstiendraient lors du vote sur la taille du ticket mais qu’ils participeraient pleinement au choix des candidats. Pas de quoi fouetter un chat pour Ignazio Cassis: «Je ne fais que suivre le règlement.» Dans l’entourage de Maudet, seul candidat qui ne siège pas au groupe, cette inéquité laisse un petit goût amer. Cela dit, ce handicap ne deviendra problématique que si les candidats sont départagés à une voix près.

Une cote incertaine

Justement, où en est la cote des candidats? Ignazio Cassis reste le grand favori de la course. Donné gagnant dès le départ, il a immédiatement vu les attaques pleuvoir sur lui en raison de son mandat lucratif comme président de plusieurs grandes caisses maladie. Cela s’est calmé ensuite mais les critiques sont reparties de plus belle ces derniers jours après son renoncement à la nationalité italienne. Il garde pourtant toutes ses chances d’être élu sans problème sur le ticket.

Isabelle Moret, donnée comme challenger, a mené une campagne un peu fébrile. Susceptible et débordée, elle a réussi finalement à stabiliser le bateau. Le problème pour elle, c’est que Pierre Maudet dans le même temps partait, lui, à l’abordage, le couteau entre les dents. Donné comme outsider, ce professionnel de la politique a réussi à créer la surprise et à combler son retard.

Cela suffira-t-il pour que le Genevois grille la politesse à la Vaudoise? Cela reste à voir. Maudet a gagné la bataille médiatique face à Moret mais cela ne se traduira pas mécaniquement en vote d’adhésion. Sans oublier que dans ce type d’élection, des petits calculs politiciens entrent en ligne de compte. Les partisans de Cassis pourraient ainsi voter pour le candidat le plus «faible» afin de l’emporter plus facilement le 20 septembre devant l’Assemblée fédérale.

Créé: 31.08.2017, 06h49

Procédure de vote

Comment éliminer un candidat

Vendredi, le groupe PLR devra d’abord trancher sur sa stratégie. S’il choisit de présenter un ticket à trois, il n’y a pas d’élection. C’est la formule «Bisounours» qui l’emporte et tout le monde se dirige vers le bar de l’hôtel.

Si en revanche le groupe PLR opte pour un ticket à deux, les choses se compliquent. Tout d’abord, les 46 conseillers nationaux et conseillers aux Etats PLR ne pourront pas mettre deux noms sur un bulletin. Ils doivent uniquement inscrire leur candidat préféré. Ce qui permet de compter clairement les soutiens de chacun.

Si un candidat recueille la majorité absolue (24 voix pour 46 votants), il est qualifié d’office sur le ticket. On passe alors à l’élection du second candidat pour le ticket. Comme Cassis est donné largement favori, il pourrait passer dès le 1er tour. Ses sympathisants pourront ensuite choisir qui de Moret ou de Maudet doit être opposé à leur poulain.

Quid si aucun candidat ne recueille la majorité absolue? Dans ce cas, c’est comme pour l’élection au Conseil fédéral. On élimine le candidat ayant recueilli le moins de voix dès le 3e tour.

Relations avec l'UE

Différents points de vue des candidats

Quelles sont les différences entre les trois candidats? A priori, elles ne sont pas énormes. Et ce n’est guère surprenant dans la mesure où le trio appartient au même parti et défend peu ou prou un même corpus idéologique: la liberté, la responsabilité individuelle, le libéralisme économique et sociétal.

Il y a cependant des nuances intéressantes, notamment sur le dossier actuellement le plus chaud à Berne: la politique européenne. Là, un candidat se distingue nettement des deux autres: Pierre Maudet. Le Genevois fait partie de ce qu’on appelle ici les «euroturbos». Il est membre cotisant depuis 1999 du Nouveau mouvement européen suisse (NOMES). Ce dernier pousse à une intégration plus étroite de la Suisse au sein de l’Union européenne. Aussi bien Isabelle Moret que Ignazio Cassis n’ont jamais été membres de ce mouvement pro-européen.

Pierre Maudet, qui sait que l’étiquette d’euroturbo peut lui coûter cher à l’UDC et même au sein du PLR, a enclenché une contre-offensive. Il répète que la question de l’adhésion de la Suisse à l’UE ne se pose plus, qu’il faut sortir des ornières idéologiques et se montrer pragmatique. Sa solution pour sortir du bourbier européen? Agir vite et éviter à tout prix que «les juges étrangers», incarnés par la Cour européenne de justice, aient le dernier mot sur les litiges entre la Suisse et l’UE. Voilà pourquoi il propose la mise sur pied d’un tribunal arbitral.

Ignazio Cassis a repris la balle au bond mais différemment. Un tribunal arbitral décidé d’un commun accord entre la Suisse et l’UE? Oui, pourquoi pas, concède le Tessinois. Mais pour lui cela fait partie des mille et une solutions qui se trouvent actuellement sur la table des négociations. Le cœur de son discours, inversement à Maudet, c’est qu’il n’y a aucune urgence. La Suisse ne doit pas se mettre la pression pour aboutir à un accord. Cela ressemble furieusement à la position actuelle du Conseil fédéral.

Isabelle Moret, elle, se déclare contre un accord institutionnel où la Cour européenne de justice aurait le dernier mot. «Une majorité de Suisses y est opposée.» Elle réfute aussi la solution du tribunal arbitral. «Cela ne résout pas le problème car il y a toujours des juges étrangers.» Pour elle, le dernier mot doit absolument revenir aux politiques. Elle se calque ainsi sur la ligne rouge définie par son parti.

Les trois candidats ont des solutions proches concernant les domaines de la santé, où ils estiment que des économies peuvent encore être réalisées. Ils sont pour la flexibilisation de l’âge de départ à la retraite. Et que pensent-ils de l’interdiction de la burqa? Le «Matin Dimanche» leur a posé la question. Cassis se prononce pour une interdiction «car on doit pouvoir reconnaître le visage des gens». Maudet est contre car il juge une interdiction générale inapplicable. Moret juge la question «complexe» mais est plutôt contre.

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