L’homme qui se dresse sur la route des Romands

Succession BurkhalterIls seront trois à briguer le Conseil fédéral. Face à Isabelle Moret et Pierre Maudet, un favori: Ignazio Cassis. Portrait.

Ignazio Cassis est arrivé sur le tard en politique.

Ignazio Cassis est arrivé sur le tard en politique. Image: Keystone

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Sitôt Didier Burkhalter annonçait-il sa démission que tous les regards se tournaient vers lui. Ignazio Cassis sera-t-il l’homme qui permettra aux italophones de retrouver un siège au Conseil fédéral, après dix-huit ans d’absence? Si le Tessinois paraît avoir préparé ce destin, son parcours dit tout le contraire.

Sa vie est surtout marquée par l’imprévu. A 13 ans, il tente de franchir une barrière et s’arrache l’auriculaire. Amputé d’un doigt, il abandonne le piano pour la trompette; le lancer du poids pour la course à pied. Il hésite à devenir ingénieur mais se tourne vers la médecine. Des études menées à Zurich, puis à Genève et à Lausanne. Il ouvre une consultation sida dans un hôpital de Lugano. Alors qu’il réfléchit à prendre un cabinet, il décroche le poste de médecin cantonal.

La politique, Ignazio Cassis la découvre sur le tard. En 2003, le PLR tessinois cherche un médecin pour sa liste en vue des élections fédérales. Il accepte et finit premier des viennent-ensuite. L’élection de Laura Sadis au gouvernement le propulse au Conseil national en 2007. L’homme a beau avoir une «bouille d’enfant», comme l’écrit l’Aargauer Zeitung, il a déjà 46 ans. Sa vie change. Berne la semaine; le Tessin le week-end. Il y rejoint son épouse, mais n’a pas d’enfant. Un regret? «Nous avons essayé, mais ils ne sont pas venus», confie-t-il dans plusieurs médias.

Durant ses premières années sous la Coupole, il se distingue en militant pour la légalisation du cannabis et s’engage pour la défense de la culture italophone. Combatif, il tentera même à ce titre de briguer un siège au Conseil fédéral en 2010. En vain: le parti ne le retient pas sur son ticket officiel.

Virage à droite

Elu vice-président de la Fédération des médecins suisses en 2008, il devient une référence sur les questions de santé. «On devait presque le retenir pour qu’il ne vote pas avec la gauche», racontait récemment Claude Ruey, ancien conseiller national (PLR/VD) dans Le Temps.

Quatre années plus tard, Ignazio Cassis claque la porte pour divergences de vues, et devient président de Curafutura, une des faîtières des caisses maladie. Son influence au parlement augmente, tout comme le nombre de ses lobbys. Parfait trilingue, il prend du galon et accède en 2015 à la présidence du groupe PLR.

Un moment charnière, où son positionnement politique prend un sérieux virage à droite. «Depuis, c’est devenu le bon petit soldat de l’UDC, notamment sur les questions financières», tacle un socialiste. Pourtant, les classements continuent de le placer au centre du PLR.

Aujourd’hui, Ignazio Cassis est dépeint par la gauche comme l’homme de main infréquentable des assureurs. La presse alémanique le surnomme «Cassis-maladie». Rémunéré 180 000 francs par an pour son mandat, il aurait forcément un côté vénal. Dans le Tages-Anzeiger, il s’étonne. «On pourrait penser que les assureurs maladie sont une organisation terroriste.» Sentant le terrain glissant, il affirme ne pas souhaiter reprendre le Département de l’intérieur, dont il dit connaître les moindres détails.

Ils sont pourtant plusieurs à relever ses compétences dans ce domaine. «Il connaît tous les dossiers et sait mener les débats sur des thèmes ardus, explique Lorenz Hess (PBD/BE) qui le côtoie en commission. Il n’est piloté par personne. L’acharnement de la gauche est plus politique que substantiel.» Pour beaucoup, les socialistes lui font injustement payer son obstination lors du débat sur la réforme des retraites.

Avant, le Tessinois était en effet perçu comme un homme loyal, prêt au compromis. Il a œuvré avec le PS pour trouver une solution pour l’application de l’initiative contre l’immigration. Roger Nordmann (PS/VD), président du groupe, expliquait en décembre dans nos colonnes «avoir lié une complicité culturelle et avoir de très bons rapports avec lui». A Berne, on murmure qu’un tiers du PS serait prêt à lui donner sa voix.

Ouvert et charmant, Ignazio Cassis a le contact facile. Mais ce côté lisse et consensuel séduit autant qu’il rebute. «C’est agréable de travailler avec lui, mais on ne sait pas vraiment ce qu’il pense. Sur les relations avec l’Europe, il cultive le flou», explique un UDC.

Ignazio Cassis a ce côté florentin d’un Fulvio Pelli. Pas étonnant, sachant que l’ancien président du PLR fait partie de ses modèles, avec Pascal Couchepin et Kaspar Villiger. Un Tessinois, un Romand, un Alémanique. Le compte est bon pour celui qui n’hésite pas à afficher la croix blanche sur fond rouge depuis qu’il a commencé sa campagne en vue du Conseil fédéral.

Typiquement fédéral

Depuis qu’il est candidat, le Tessin est derrière lui, pourtant l’homme n’est pas aussi populaire qu’il y paraît dans sa région. «Il est moins apprécié que Christian Vitta ou Laura Sadis», reconnaît un journaliste tessinois. «C’est amusant de voir la Lega le défendre alors que tout les oppose, notamment sur la question des frontaliers», s’amuse un politicien de son canton d’origine.

«Je ne suis pas sûr qu’il y ait un énorme engouement derrière lui. C’est en tout cas l’impression que je ressens», abonde Simone Ghisla, députée PDC au Grand Conseil. Le fait qu’il n’ait pas fait de politique au niveau cantonal pèse aussi. «Les gens lui reprochent de ne pas avoir montré beaucoup d’intérêt pour son canton.» Pour beaucoup, il est perçu comme un parlementaire «typiquement fédéral». (24 heures)

Créé: 12.08.2017, 09h09

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