L’hyper communication militaire de Guy Parmelin détonne et divise

ArméeLe ministre de la Défense a fait de la transparence sa marque de fabrique. Une stratégie à double tranchant, préviennent les élus.

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C’est un hangar militaire de la place d’armes de Thoune transformé en lieu d’exposition éphémère. De grands panneaux, des vidéos qui tournent en boucle. Dans cet immense espace, il y avait ce mardi presque autant de répondants militaires que de journalistes. Pour présenter les crédits à hauteur de 2 milliards prévus dans le message sur l’armée 2018, le Département de la défense (DDPS) avait même pensé aux pots de fleurs. Étonnant? Pas vraiment. Depuis son arrivée au Conseil fédéral, Guy Parmelin a fait de la grande muette une petite bavarde. «Il a totalement changé la façon du département de communiquer, explique Renato Kalbermatten, un de ses porte-parole. Il veut informer au maximum la population. Quand on parle de tels montants, il est important de montrer où ils seront investis et pourquoi ils sont nécessaires.» Le Vaudois a même décidé de publier chaque année un rapport sur l’avancée des projets du DDPS.

Reprendre le lead

Une stratégie à première vue payante. Lundi, à la place de la presse, c’étaient les membres des commissions du National et des États qui avaient l’occasion d’écouter le ministre et d’interroger un panel de hauts gradés au sujet de ces investissements. «On peut être d’accord ou pas avec ces montants, mais on sait au moins ce qui se fait, réagit Pierre-Alain Fridez (PS/JU). Guy Parmelin joue la transparence là où Ueli Maurer ne se posait pas autant de questions.» Comment expliquer cette différence entre deux ministres UDC? «Entre-temps, il y a eu le traumatisme du Gripen, il n’avait peut-être pas le choix.»

«Les deux hommes n’ont pas du tout le même style, note Jean-René Fournier (PDC/VS). Guy Parmelin a compris que la rétention d’informations engendrait la méfiance. Le travail en commission est devenu bien plus agréable. La confiance qu’il a instaurée donne envie de participer et pas de s’opposer.» Et le Valaisan de rappeler qu’en communiquant davantage, le Vaudois a aussi réussi à reprendre le lead dans un département fragilisé par des fuites à répétition.

Mais la médaille a son revers. «C’est important de montrer à quoi vont servir les investissements consentis, mais il faut faire attention à ne pas exagérer non plus, estime Corina Eichenberger (PLR/AG). Je me souviens d’une présentation autour de la prolongation de la durée de vie des F/A-18, c’était un véritable show. Ça allait trop loin.» Pour Thomas Hurter (UDC/SH), à force de trop expliquer, on se perd en détails inutiles. «Le Département de la défense est en train de devenir celui qui dépense le plus en communication. Informer, c’est utile, mais ce n’est pas la mission ni l’essence de l’armée.»

La stratégie de Guy Parmelin pourrait aussi se retourner contre lui lors d’une votation sur laquelle le ministre jouera son bilan à la tête du Département de la défense. Dans un quitte ou double risqué, le Vaudois veut faire trancher la population sur un concept de défense aérienne. La voie choisie est celle d’un arrêté de planification visant à acquérir – pour 8 milliards – un système de défense sol-air et de nouveaux avions de combat. Or le chantre de la transparence qu’il veut être n’a pas l’intention de communiquer sur le type d’appareils qu’il envisage d’acheter.

Un chèque en blanc

«Guy Parmelin ne va pas au bout de sa démarche, s’énerve Pierre-Alain Fridez. Demander au peuple de se prononcer sur la défense aérienne sans donner les détails essentiels, c’est un simulacre de votation.» Les milieux antimilitaristes axent d’ailleurs déjà leur campagne autour d’un «chèque en blanc inacceptable».

Face aux critiques, les services de Parmelin sont prêts à la riposte. «Le rôle de la population est de se prononcer sur un concept, mais pas sur un type d’appareil, justifie Renato Kalbermatten. Mais nous communiquerons précisément sur les critères recherchés.» Corina Eichenberger comprend cette position. «Il faut éviter le cafouillage de la votation sur le Gripen, où chaque citoyen se prenait pour un spécialiste de l’aéronautique, et où les constructeurs se faisaient la guerre.» Et de rassurer. «On connaîtra la part occupée par la défense sol-air et celle des avions de combat. Les choses seront bien plus concrètes qu’aujourd’hui.»

Jean-René Fournier résume en une phrase le dilemme auquel Guy Parmelin sera bientôt confronté. «Il devra faire preuve de suffisamment de transparence pour faire comprendre à la population qu’il n’est pas en train de lui cacher des choses.» (24 heures)

Créé: 20.03.2018, 20h57

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