«L'idéal, c'est une sortie en douceur du nucléaire»

VisionLe débat de la décennie sur notre avenir énergétique a lieu cette semaine à Berne. Parole aux grands acteurs: aujourd'hui, le Valaisan Yannick Buttet.

Le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS) veut en finir avec l’atome civil, mais pas tout de suite

Le conseiller national Yannick Buttet (PDC/VS) veut en finir avec l’atome civil, mais pas tout de suite Image: Patrick Martin

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Le Conseil national débat le dossier de la Stratégie énergétique 2050. D’où viendra l’électricité de nos enfants? Parole au PDC, parti de Doris Leuthard, la ministre qui annonçait en 2011 la sortie du nucléaire. Le Valaisan Yannick Buttet livre ses convictions.

Le PDC passe depuis 2011 pour être la locomotive de la sortie du nucléaire. Vous revendiquez cette image?
- Sur la ligne générale, oui, c’est juste. C’est la ligne de la majorité de la population qui est d’accord de quitter l’ère nucléaire et de se lancer dans les énergies renouvelables. Après, on peut discuter de la façon d’en sortir. Moi, je suis favorable à la solution de la majorité à Berne: elle fixe la durée de vie des centrales à 40 ans, renouvelable de dix ans en dix ans moyennant une sécurité accrue. Les Verts, eux, veulent débrancher les centrales après 45 ans.

Dans quelle mesure l’annonce de votre conseillère fédérale, Doris Leuthard, vous a-t-elle forcé à suivre cette voie?
- La position de notre ministre a probablement joué un rôle, mais il faut rappeler qu’avant cela l’ancien conseiller national PDC Roberto Schmidt avait déposé une motion pour sortir du nucléaire, soutenue par les élus PDC. C’est une bonne décision. Sans être un antinucléaire primaire, je comprends les craintes de la population. Le compromis que nous nous apprêtons à voter me semble idéal: une sortie en douceur du nucléaire.

Mais aucune date n’est fixée pour cette sortie. Un tel compromis ne risque-t-il pas de décevoir tout le monde?
- Non, c’est le fruit d’une année de travaux en commission. Chacun a fait un pas et a accepté de négocier, sauf l’UDC et les élus PLR de la ligne dure, qui n’étaient pas prêts à des concessions. Ils se sont exclus eux-mêmes du débat et ont préféré camper sur une ligne qui pourrait leur amener des électeurs mais qui ne résout rien. Je le déplore. Ces jours, nous dessinons à Berne l’avenir énergétique du pays. Nous vivons un moment vraiment historique.

Peut-on vivre longtemps avec des centrales que tout le monde jugeait urgent de remplacer avant 2011?
- Oui, car le concept prévoit que les exploitants déposent des concepts de sécurité qui seront minutieusement évalués par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). Ce n’est qu’à cette condition qu’ils pourront prolonger au-delà de 50 ou 60 ans la durée de vie de leurs installations. A mon sens, si la sécurité est assurée, une partie de nos centrales vont probablement rester encore longtemps en activité.

La hausse de la taxe verte sur l’électricité, décidée hier, ne risque-t-elle pas de faire mal au porte-monnaie?
- Non, ce prélèvement maximal de 2,3 centimes par kilowattheure est à relativiser. Pour une famille moyenne, la hausse serait de 50 à 100 francs par année. Cela me semble acceptable. Et, pour les entreprises très consommatrices d’électricité, une solution a été trouvée pour leur permettre d’y échapper. Bien sûr, une taxe n’est jamais populaire. Il y a une constante dans ce débat, c’est que tout le monde veut des soutiens de l’Etat, mais personne n’est volontaire pour payer la facture. La taxe est indispensable: le nucléaire arrivera un beau jour en fin de vie et il faut commencer à investir tout de suite dans des alternatives. Le pire, selon moi, serait de dépendre des importations d’électricité.

Une partie de la taxe sera destinée aux investissements dans les barrages. Pourquoi ce soutien?
- Le secteur hydraulique n’est plus rentable à cause de la baisse du prix de l’électricité sur le marché européen, due en partie aux subventions massives de l’Allemagne pour sortir du nucléaire. Les exploitants de barrages ne peuvent plus investir dans les rééquipements, ce qui met en danger l’hydraulique, la plus ancienne et la plus belle de nos énergies renouvelables.

N’est-ce pas un cadeau aux régions de montagne?
- En aucun cas. Plus de la moitié de notre énergie est déjà renouvelable aujourd’hui grâce aux barrages. Si on veut sortir du nucléaire, la moindre des choses est de soutenir ce secteur. Quant aux cantons de montagne, ils ne profitaient pas de la situation quand l’énergie était plus chère: les entreprises électriques qui faisaient du bénéfice appartiennent aux villes et aux cantons du Plateau.

Comment voyez-vous notre avenir énergétique?
Après une phase de transition qui durera une ou deux générations, la Suisse deviendra un jour autonome avec des énergies entièrement renouvelables.

Créé: 03.12.2014, 11h35

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