Les idées de Macron sur Schengen font réagir

SuisseLe président français propose une police des frontières commune et un office européen de l'asile. La classe politique est traversée par des avis controversés.

Les propositions de Macon passent mal auprès de la droite suisse.

Les propositions de Macon passent mal auprès de la droite suisse. Image: Keystone

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Emmanuel Macron veut «remettre à plat l'espace Schengen» afin de rétablir «la liberté en sécurité». Dans une tribune publiée lundi soir dans plusieurs médias de l'Union européenne, il préconise «une police des frontières commune et un office européen de l'asile, des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue, sous l'autorité d'un Conseil européen de sécurité intérieure». Ses idées n'ont pas manqué de faire bondir la classe politique suisse.

La Suisse sera destituée de son pouvoir, titre ainsi le «Blick» mercredi. Avec la proposition de Macron de police des frontières commune et la création d'un office européen de l'asile, la réforme du droit d'asile en Suisse serait une perte de temps. En outre, non seulement la police suisse devrait participer à la police de Schengen, mais en plus ses agents pourraient potentiellement devoir travailler à Malte ou en Suède, souligne le journal.

«Colosse bureaucratique»

Une force de police unique au sein de l'espace Schengen «n'est pas une option» pour Petra Gössi, la présidente du PLR. De même, elle rejette une autorité centrale en matière l'asile comparée à un «colosse bureaucratique» ingérable. En outre, les procédures d'asile accélérées viennent d'entrer en vigueur en Suisse. «Ce serait mal de tout jeter par-dessus bord à nouveau».

Même son de cloche chez son collègue de parti, le sénateur Philipp Müller. «Macron devrait d'abord s'occuper de sa propre boutique», critique-t-il. Mais il se dit toutefois d'accord avec Macron qui veut boucler les frontières de l'Europe. «Avec une population qui augmente de 40 millions d'habitants par an, il ne sert à rien de vouloir accueillir 180'000 personnes de plus chaque année», estime-t-il. «En outre, si nous ne faisons rien pour améliorer la situation en Afrique, des milliers de personnes continueront d'affluer chez nous. La Suisse deviendra une espèce de Californie - avec des zones peuplées de riches et des ghettos pauvres.»

Du côté de l'UDC, le conseiller national Yves Nidegger estime lui dans «Le Temps» que Macron «veut faire l’Europe En marche, mais il oublie qu’il s’adresse aux mêmes électeurs qui l’ont porté au pouvoir et qui sont aujourd’hui dans la rue avec des gilets jaunes».

«Une proposition qui a du sens»

En revanche, le conseiller national socialiste bâlois Eric Nussbaumer adhère plutôt aux propositions de Macron. Et en tant que pays membre de l'espace Schengen, la Suisse doit également faire preuve de solidarité en matière de protection. «Une police commune des frontières, avec le soutien des policiers suisses, a du sens. Nous ne devons pas laisser les pays européens de la Méditerranée seuls face aux défis de la migration», dit-il dans le «Blick ».

Chez les Verts, on se montre en revanche plutôt hostile, du moins chez la conseillère nationale Sibel Arslan. «La souveraineté des Etats Schengen - y compris la Suisse - est plus importante. Il faut clairement que les problèmes de migration et d'asile soient traités conjointement au niveau européen. Mais je trouve que ce n'est pas le bon moment pour discuter d'un pareil sujet», estime-t-elle.

Créé: 06.03.2019, 09h27

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L'espace Schengen, c'est quoi?

L'espace Schengen est une zone de libre circulation, où les contrôles aux frontières sont abolis en temps normal. Elle est actuellement composée de 26 pays, dont 22 membres de l'UE.

La France a rétabli les contrôles aux frontières au soir des attentats du 13 novembre 2015. Ils ont été systématiquement renouvelés depuis, tous les six mois, au motif de la menace terroriste. Il ne s'agit pas de contrôles systématiques, mais d'une possibilité de procéder à des vérifications d'identité aux frontières, par dérogation aux règles de la libre circulation. Les frontières terrestres, avec la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie et l'Espagne, sont concernées, ainsi que les frontières aériennes et maritimes.

Au total, six pays ont réintroduit des contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen (la France, l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la Suède, la Norvège), invoquant des questions de sécurité ainsi que les déplacements transfrontaliers de migrants entrés irrégulièrement dans l'UE.

Plusieurs États, ainsi que la Commission européenne, s'inquiètent régulièrement de voir ces mesures dérogatoires devenir peu à peu la norme, risquant de provoquer à terme la fin de l'espace Schengen.

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