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Ignazio Cassis au pied du mur européen

Le nouveau ministre des Affaires étrangères entre en fonction ce mercredi. Plusieurs défis l’attendent, à commencer par les relations Suisse-UE.

La passation des pouvoirs entre Burkhalter et Cassis s’est faite avec du blanc neuchâtelois et du rouge tessinois.
La passation des pouvoirs entre Burkhalter et Cassis s’est faite avec du blanc neuchâtelois et du rouge tessinois.
Keystone

«Il n’y a pas de remise de clés, car il n’y a tout simplement pas de clés», avait lancé en riant Micheline Calmy-Rey, au moment de passer le témoin à Didier Burk­halter. Six ans plus tard, on ne sait pas si des serrures ont depuis été installées au Département des affaires étrangères. Quoi qu’il en soit, c’est bien une clé que le Neuchâtelois a transmise à son successeur Ignazio Cassis. Reste à voir si elle permettra de déverrouiller l’épineux dossier européen.

Le Tessinois le sait, c’est sur ce thème majeur qu’il est attendu. Le temps presse. Le Conseil fédéral espère encore un accord «complet» avec l’UE d’ici à la fin de l’année. Une visite de Jean-Claude Juncker devrait se tenir à Berne le 23 novembre. Et si le conditionnel est de rigueur, c’est que cette visite pourrait être annulée. Selon la NZZ am Sonntag, le président de la Commission européenne lierait sa venue au milliard de cohésion que la Suisse s’est engagée à verser en faveur des pays de l’Est. Ce «chantage» de l’UE ne serait pas si étonnant. Fin juin, le Conseil fédéral indiquait vouloir attendre une appréciation générale de l’évolution de l’ensemble des dossiers avant de trancher sur l’opportunité de cette nouvelle contribution. En juillet, l’appel semblait avoir été entendu par Bruxelles qui signait un premier accord pour faciliter les échanges dans vingt secteurs industriels. Du coup, l’UE a à son tour fixé des règles du jeu: la visite officielle n’aura lieu que si ce milliard est confirmé.

Clarifier sa ligne européenne

Ignazio Cassis devra donc très rapidement clarifier sa position avant de plonger les mains dans le cambouis européen. Bruxelles n’a sans doute pas beaucoup apprécié les déclarations du Tessinois qui, durant sa campagne pour le Conseil fédéral, avait marqué les esprits en indiquant vouloir appuyer sur le bouton «reset». L’accord-cadre – exigé par l’UE et censé renouveler la voie bilatérale – suscitant une levée de boucliers, il souhaitait «une remise à zéro».

Aujourd’hui, le nouveau ministre des Affaires étrangères se trouve dans une posture délicate, pris entre deux feux. D’un côté, le Conseil fédéral qui veut maintenir sa ligne avec l’UE; de l’autre l’UDC, un parti qui ne veut entendre parler ni du milliard de cohésion, ni d’un accord-cadre sur les questions juridiques, et qui a largement soutenu l’élection du ministre PLR. D’ailleurs, selon Le Matin Dimanche, certains pontes de l’UDC ont rencontré Ignazio Cassis la semaine dernière pour des discussions «informelles et confidentielles», afin de bien lui rappeler pourquoi ils l’avaient soutenu. Ignazio Cassis osera-t-il le virage à 180 degrés sur le dossier européen? Ils sont peu à y croire sous la Coupole. «Il faut bien distinguer le candidat du ministre, explique Laurent Wehrli (PLR/VD). Lors­qu’une personnalité arrive au pouvoir, tout le monde se prend pour le faiseur de roi. En tant que chef de groupe, il a montré qu’il savait résister aux pressions, notamment de l’UDC.»

La voie européenne sur laquelle s’avance Ignazio Cassis a déjà été tracée

Même à gauche, on n’imagine pas Igna­zio Cassis tenter la confrontation dès le départ avec ses collègues. «Les conseillers fédéraux ne sont pas élus sur un programme», rappelle Carlo Somma­ruga (PS/GE). Et le Genevois de souligner qu’un changement de cap est illusoire dans ce dossier. «De mon point de vue, les décisions sont déjà prises. La voie sur laquelle s’avance Ignazio Cassis est déjà tracée.» Le Tessinois aura alors la lourde tâche de convaincre le parlement, puis la population, de l’importance de le suivre sur cette voie européenne qu’il n’aura pas lui-même décidé de tracer.

Aide au développement

Ignazio Cassis est aussi attendu sur le très sensible dossier de l’aide au développement. Didier Burkhalter a fait passer devant le parlement, avec l’appui du centre gauche, un plan quadriennal 2017-2020 qui voit une augmentation des crédits. Une partie de la droite avait toussé, elle qui voulait raboter cette enveloppe.

Ignazio Cassis a toujours été sensible à la question de l’aide au développement

Ignazio Cassis osera-t-il toucher à ce secteur? Lors des auditions devant les groupes, le Tessinois aurait affirmé qu’à part l’armée et l’agriculture il n’avait aucun tabou. Il n’en faut pas moins pour susciter des craintes à gauche. Certains élus PDC mettent eux aussi en garde le nouvel élu contre d’éventuelles coupes au sein de la Direction du développement et de la coopération. Ignazio Cassis a-t-il pris des engagements devant l’UDC? Restera-t-il indépendant? Face à ces questions qui agitent la Coupole, Laurent Wehrli rassure: «Ignazio Cassis a toujours été sensible à la question de l’aide au développement. En tant que médecin, il a gardé des contacts avec ceux qui travaillent dans l’humanitaire. Il aura peut-être de nouvelles priorités, mais je ne le vois pas faire de coupes massives.»

Relations avec l’Italie

En accédant au Conseil fédéral, Ignazio Cassis a permis aux italophones de retrouver un fauteuil de ministre. Autant dire que le Tessinois est attendu sur un dossier crucial auquel son canton d’ori­gine est confronté: les relations avec l’Italie. «Il y a un grand travail à faire», reconnaît Marco Chiesa (UDC/TI). Et de citer les dossiers qui bloquent et empoisonnent le Tessin. «L’accès au marché italien est entravé pour les banques, ce qui a des répercussions pour les établissements du canton. De même, l’accord pour les frontaliers est au point mort.»

Ce dossier est brûlant au sud des Alpes. Le Tessin aimerait revoir la taxation des frontaliers. Face à l’attitude de Rome, Bellinzone a bandé les muscles et décidé d’imposer la présentation d’une copie du casier judiciaire avant toute embauche dans le canton. Berne est depuis intervenue pour calmer le jeu, mais malgré les promesses italiennes, rien ne bouge. «La Suisse a mal négocié, elle a péché par naïveté, et perdu tout moyen de pression, coupe Marco Chiesa. Notre espoir est qu’Ignazio Cassis fasse un meilleur travail. On n’envoie pas un Suisse alémanique négocier à Rome, on envoie quelqu’un qui connaît les méthodes et le langage de la Péninsule.»

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