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«L’industrie de la chaussure est à côté de ses pompes»

L’ONG Public Eye dénonce les conditions de travail et les salaires dans les usines qui produisent nos baskets et escarpins.

PATRICK MARTIN -A

Plus de 23 milliards: c’est le nombre de paires de chaussures confectionnées dans le monde en 2015. Soit plus de trois par personne et par année. Et même de six à sept pour les Suisses. Public Eye, ancienne Déclaration de Berne, lance ce jeudi une campagne pour attirer l’attention du public sur les conditions dans lesquelles ces baskets et autres escarpins sont fabriqués.

Dans la foulée, l’ONG propose aux internautes un concours pour créer leurs chaussures à partir de quatre modèles et d’accessoires. Petite ou grande semelle, bout doré ou ailes d’ange... Le but est surtout de sélectionner des conditions de production équitable. Le design gagnant sera produit sur mesure pour son créateur. Géraldine Viret, porte-parole de l’ONG, répond à nos questions.

Pourquoi vous attaquez-vous aux chaussures?

Il y a une véritable explosion de la consommation de vêtements. On en produit toujours plus, toujours plus vite et toujours moins cher. Cette réalité de la mode éphémère s’est étendue aux chaussures. Dès les années 1990, les ONG ont dénoncé les conditions de production scandaleuses des baskets, mais le secteur de la chaussure dans son ensemble a été peu observé. C’est une industrie très opaque. L’année dernière, nous avons adressé un questionnaire à 28 entreprises: seules la moitié d’entre elles nous ont répondu. Il y a encore beaucoup à faire au niveau de la transparence!

Dans votre campagne, vous vous concentrez sur l’Europe alors que 60% des chaussures sont produites en Chine. Pourquoi?

Dans le cadre d’un projet international appelé «Change you shoes», auquel Public Eye participe, des recherches ont été effectuées dans différents pays asiatiques et européens. Notre campagne vise à sensibiliser les consommateurs sur les mauvaises conditions de travail dans l’ensemble du secteur et à donner la parole aux victimes de ce système injuste. On remarque que certaines marques produisent aussi beaucoup en Europe, où elles profitent des bas salaires, de la proximité géographique et des droits de douane faibles. Qu’elles soient «Made in China» ou «Made in Italy», nos chaussures sont malheureusement produites dans des conditions inacceptables.

Selon vous, quels sont les principaux problèmes?

Ils sont nombreux: salaires de misère, heures supplémentaires insoutenables, répression syndicale, travail précaire et dangereux…Nous nous sommes rendus dans une ville toscane réputée pour ses tanneries. Les ouvriers, souvent des migrants, sont en contact constant avec des produits chimiques, sans matériel de protection adéquat. Les conséquences fréquentes sont des problèmes respiratoires, des irritations cutanées ou encore des cancers du poumon.

Et dans la confection à proprement parler?

Les marques italiennes et allemandes se tournent de plus en plus vers l’Europe de l’Est pour faire produire leurs chaussures à moindre coût. En Albanie, par exemple, une ouvrière touche 150 francs par mois, soit moins d’un quart de la somme nécessaire pour subvenir aux besoins de base. Une chaussure chère n’est pas non plus la garantie d’une production équitable. Le salaire des ouvrières ne représente en moyenne que 0,5 à 3% du prix final d’une chaussure, c’est dérisoire.

Que peuvent faire les consommateurs?

C’est difficile de faire des choix dans le système actuel, opaque et fortement mondialisé. Chercher à en comprendre la réalité est un premier pas pour faire évoluer la situation. Et puis nous devons résister à la surconsommation. Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, les chaussures ne sont pas des produits jetables sans valeur. Prenons-en soin car des gens ont travaillé dur pour les confectionner! Il y a 80 ans, un foyer suisse dépensait 37 francs par an pour les faire réparer. Aujourd’hui, ce ne sont plus que 17 francs alors que le budget des ménages a été multiplié par vingt. On peut aussi visiter les boutiques de seconde main, privilégier autant que possible les entreprises qui s’engagent davantage et poser des questions aux marques afin qu’elles comprennent enfin que l’équité est un critère très important.

Vous lancez aussi un appel aux entreprises et aux autorités.

Oui. Nous demandons aux entreprises de faire preuve de plus de transparence, notamment en publiant la liste de leurs fournisseurs et de leurs sous-traitants. Elles doivent verser des salaires suffisants et prendre des mesures pour protéger la santé des ouvriers. Nous lançons aussi un appel aux décideurs politiques pour qu’ils introduisent des règles contraignantes.

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