L’initiative antiburqa fait face à une riposte politique

OppressionLe PDC et le PS réfléchissent à des contre-projets au texte qui interdit de se dissimuler le visage. Scepticisme du côté des initiants

Le Tessin est le seul canton qui interdit la burqa. Pour protester, Nora Illi, Suissesse convertie au salafisme, s’était rendue à Lugano le 1er juillet 2016. Elle a été amendée par la police

Le Tessin est le seul canton qui interdit la burqa. Pour protester, Nora Illi, Suissesse convertie au salafisme, s’était rendue à Lugano le 1er juillet 2016. Elle a été amendée par la police Image: Keystone

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Inutile de se voiler la face, l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage» vise avant tout la burqa. Le texte a été lancé par le comité d’Egerkingen, le même qui a fait interdire les minarets. Bannir la burqa, la thématique dérange. La preuve avec les dernières tentatives qui ont agité le parlement et certains cantons (lire ci-dessous). Le Conseil fédéral devrait se pencher ce mercredi sur cette initiative, qu’il va sans doute rejeter. L’enjeu de la discussion portera surtout sur l’élaboration ou non d’un contre-projet. Certains partis plaident pour cette solution, dont le PS.

«Nous étudions plusieurs formulations», reconnaît Roger Nordmann, président du groupe socialiste. L’idée est de compléter l’article 8 de la Constitution. «Nous entendons avancer l’égalité homme-femme, en particulier dans le domaine de la vie en société. La mise en œuvre consisterait par exemple à renforcer la lutte contre la violence sexuelle ou domestique, ou encore à améliorer le soutien pratique aux femmes migrantes. Mais l’on pourrait aussi prévoir des sanctions pour celui qui force une personne à porter la burqa.»

Pour le Vaudois, avec le voile intégral, il y a un vrai problème autour de la position de la femme. «Mais les initiants ne cherchent pas vraiment à le résoudre, ils ne sont pas connus pour militer en faveur de l’égalité. Ils profitent surtout du sujet pour stigmatiser les musulmans.» Selon la presse dominicale, Simonetta Sommaruga elle-même serait favorable au contre-projet et pourrait le proposer à ses collègues. «Si le Conseil fédéral n’agit pas, nous porterons le débat au parlement», promet Roger Nordmann.

Article sur les religions

Mais le PS n’est pas le seul à vouloir porter l’estocade. Un groupe de travail interne au PDC vient d’achever la rédaction d’un document intitulé «Valeurs et État de droit». Le texte vise l’interdiction du voile à l’école, l’établissement d’un contrat avec les migrants lors de leur arrivée et l’interdiction de territoire aux fondamentalistes. Ce papier pourrait servir de base à un futur article sur les religions qui pourrait servir, lui aussi, de contre-projet à l’initiative antiburqa. Une façon d’aborder le problème dans son entier. Les deux partis pourraient-ils s’entendre? Pas pour le moment en tout cas. Peu de monde imagine que le président du PDC Gerhard Pfister abandonne l’article sur les religions, dont il est le principal instigateur. Quant à Christian Levrat, président du PS, il a déjà émis des réticences sur les propositions démocrates-chrétiennes. Pas d’alliance en vue avec les autres partis, où le scepticisme domine.

«J’attends de voir les propositions concrètes avant de me prononcer. De l’idée à la rédaction d’un texte, il y a un pas», répond le conseiller aux États Raphaël Comte. Pour le Neuchâtelois, un contre-projet n’a de chance que lorsqu’il a du sens. «Il faut pouvoir répondre à la question très précise posée par les initiants. Souvent les initiatives sont simples et les alternatives qu’on leur oppose compliquées. Au final, le peuple préfère l’original à la copie, qui va souvent moins loin.» Et de citer l’échec du contre-projet sur les criminels étrangers.

Tactiques politiciennes

Raphaël Comte ne croit pas non plus qu’un contre-projet puisse éviter les dérapages en portant le discours à un autre niveau. «Si les initiants décident de maintenir leur texte, la campagne aura lieu de toute façon, avec les risques de dérapage que cela comporte.» Les initiants et leurs soutiens eux, se méfient. «Je crains l’enfumage, réagit Jean-Luc Addor (UDC/VS). Je ne crois pas à la réelle volonté du PS ou du PDC de vouloir opposer un contre-projet qui reprenne nos exigences. La gauche s’est toujours opposée à cette idée. Quant à la position du PDC, elle n’est pas crédible.» Et le conseiller national de rappeler qu’en Valais, les démocrates-chrétiens ont été presque unanimes pour invalider l’initiative pour interdire le voile à l’école portée par son parti (notre édition du 16 décembre).

Au-delà des tactiques politiciennes, Jean-Luc Addor pointe un autre travers. «Pour nous, l’interdiction de se dissimuler le visage vise un but d’ordre public, de sécurité. Aborder la problématique sous l’angle religieux comme le propose le PDC, c’est faire le jeu de l’islam. C’est oublier que l’islam n’est pas qu’une religion; c’est une religion politique doublée d’un système juridique, la charia, au demeurant incompatible avec le nôtre.» Et d’ajouter que le texte ne touche pas que le voile intégral, mais qu’il concerne aussi toutes les personnes qui mettent des cagoules pour «casser» lors de manifestations ou créer des problèmes dans les stades. Et le conseiller national valaisan de conclure: «Le texte de notre initiative est clair. Je crains que tout contre-projet ne vise qu’à empêcher la réalisation des objectifs que nous recherchons.» (24 heures)

Créé: 19.12.2017, 19h29

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