L’initiative pour un congé paternité est à bout touchant

NaissanceLa récolte de signatures est un succès. Après vingt ans d’échecs politiques, le peuple aura le dernier mot.

En Suisse, aucune loi ne mentionne le droit à un congé paternité.

En Suisse, aucune loi ne mentionne le droit à un congé paternité. Image: DR

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Les futurs pères devraient bientôt pouvoir goûter davantage aux joies du biberon et des couches-culottes. L’initiative populaire qui réclame un congé paternité est en passe d’aboutir. Lancé il y a un an, le texte a déjà récolté plus de 85 000 signatures sur les 100 000 nécessaires. Autant dire que les initiants n’auront pas besoin du délai du 24 novembre pour réussir leur pari.

«Une réunion est prévue la semaine prochaine pour décider si nous déposerons l’initiative avant ou après l’été, confirme Adrian Wüthrich, président de Travail.suisse et de l’association Le congé paternité maintenant. Tout dépendra de l’engagement des organisations qui sont derrière le projet. L’objectif est de récolter 120 000 signatures, car nous avons entre 10 et 12% de paraphes non valides, dus au démarchage via les réseaux sociaux.»

Les initiants affichent une confiance à toute épreuve. «J’ai rarement vu une initiative être signée aussi facilement, raconte Jacques-André Maire (PS/NE). Dans la rue, il n’y a pas besoin d’argumenter pour convaincre. Ça montre bien le décalage entre les autorités politiques et la population.» Et de citer les résultats d’un sondage mené en 2015 qui montre que 81% des Suisses plébiscitent un congé paternité payé.

Ras-le-bol

Cette initiative est d’ailleurs née d’un certain ras-le-bol. L’an dernier, la majorité de droite du parlement torpillait une nouvelle fois l’idée d’un congé paternité. L’initiative parlementaire de Martin Candinas (PDC/GR) avec ses dix jours de congé n’avait pourtant rien de très révolutionnaire. Un échec qui s’ajoute à une longue liste. «Ces dernières années, c’est une vingtaine de projets qui ont été balayés», s’indigne le Neuchâtelois.

Face à l’inaction des politiques, les initiants ont décidé de faire le travail eux-mêmes. Le texte veut instaurer un congé paternité de 20 jours, à prendre de manière flexible sur une année, le tout financé par les allocations pour perte de gain (APG). Il exige aussi une application dans les trois ans. Pas question de laisser traîner les choses. Le souvenir des 60 années de luttes pour arracher un congé maternité est encore dans tous les esprits.

Comment expliquer cette allergie aux congés liés à la naissance d’un enfant? «Le blocage vient des milieux économiques et de certains représentants de la droite, conservatrice et surtout alémanique», analyse Laurent Wehrli (PLR/VD). Pour des raisons de financement, mais pas seulement. Pour l’ancien président de Pro Familia Suisse, favorable au congé paternité, il y a la crainte que l’Etat s’immisce trop dans la loi sur le travail. Il y voit aussi un problème de génération. «A l’époque, on ne parlait pas de congé paternité. Certains «anciens» qui ont été patrons et papas trouvent que ça allait très bien ainsi. Ils ne se rendent pas compte que le rapport au travail et à la vie familiale a changé.»

Des divisions qui devraient apparaître à nouveau demain sous la Coupole, puisque le National doit se prononcer sur une motion réclamant une enquête sur le congé paternité en Suisse.

«On a déjà fait suffisamment d’étude, coupe Martin Candinas. Il faut désormais décider.» Le Grison ne fait pas partie des initiants, mais il se réjouit de l’aboutissement du texte. «Cette initiative permet de faire revenir ce thème devant le parlement, et met la pression sur les politiques». L’occasion idéale selon lui de proposer un contre-projet. Quatre semaines, c’est trop, il veut revenir à ses deux semaines. «La seule solution qui a une chance d’aboutir.»

Une application en 2023?

Compte tenu des délais de l’initiative et du calendrier qui oblige le parlement à traiter une initiative dans les 30 mois suivant son dépôt, le congé paternité pourrait voir le jour en 2023. Pas de quoi faire de la Suisse une pionnière. Au niveau européen, elle fait plutôt figure de cancre, puisqu’elle est le seul pays à ne compter ni congé paternité ni congé parental. Si certains employeurs donnent aux futurs pères la possibilité de disposer d’un congé suite à la naissance de leur enfant, aucune loi ne mentionne ce droit.

Signe que les temps changent, la Commission européenne a d’ailleurs annoncé la semaine passée vouloir généraliser dans l’UE le congé paternité payé.

Créé: 01.05.2017, 17h05

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