Pourquoi l'initiative Ecopop mobilise tant les politiciens

Libre circulationLes Suisses ne savent pas encore quand ils se prononceront sur le texte d'Ecopop «Halte à la surpopulation». Mais le sujet agite les esprits à Berne depuis les votations du 9 février. Décryptage en 8 points.

L'initiative d'Ecopop avait été déposée le 2 novembre 2012 à Berne avec la question: «combien d'humains la Terre doit-elle supporter?»

L'initiative d'Ecopop avait été déposée le 2 novembre 2012 à Berne avec la question: «combien d'humains la Terre doit-elle supporter?» Image: Keystone

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Depuis la votation du 9 février, l’initiative populaire d’Ecopop «Halte à la surpopulation – oui à la préservation durable des ressources naturelles», sur laquelle le peuple suisse sera amené à se prononcer sans doute cette année encore, est sur toutes les lèvres des politiciens. Elle alimentera encore les débats lors de la session de printemps au Conseil des Etats et sans doute ceux du National en juin. Mais de quoi parle-t-on au juste? Pour y voir plus clair dans ce sujet controversé, petit rappel des faits et positions en 8 points.

1. Pourquoi parle-t-on autant de ce texte aujourd'hui?

Pour deux raisons. Avec l’acceptation de l’initiative UDC par le peuple suisse, le Conseil fédéral doit désormais la mettre en œuvre et sortir de l’impasse avec l’Union européenne. Or, le texte d’Ecopop soulève les mêmes problèmes de compatibilité avec la libre circulation des personnes que celui de l’UDC.

En outre, le Conseil des États va devoir débattre du sujet lors de la session de printemps qui commence le 4 mars. Sa Commission des institutions politiques a d’abord songé à l’invalider en raison de l'absence d'unité de matière entre les deux volets du texte (voir plus bas). Mais la majorité a décidé lundi 24 février que les deux propositions étaient compatibles. Elle a également pensé à lancer un contre-projet pour contrer la votation populaire. Mais l’idée a également été balayée. La majorité n’a donc pas voulu mettre de bâtons dans les roues du Conseil fédéral avec un contre-projet qui pourrait entraver davantage les discussions avec l’UE. Du coup, la commission a recommandé au Conseil des Etats de rejeter le texte en vue des débats aux Chambres. Les sénateurs devraient donc logiquement refuser l’initiative. Celle-ci passera ensuite au National, sans doute en juin. Le peuple devrait avoir le dernier mot le 30 novembre 2014 probablement.

2.Que veut l’initiative exactement ?

Le texte, déposé en novembre 2012, demande d'une part de ramener le solde migratoire annuel en Suisse à 0,2% de la population permanente; d'autre part d'attribuer 10% du budget de l’aide au développement pour promouvoir la planification familiale afin de contenir la croissance démographique dans les pays pauvres.

3. Quelles sont les motivations de l’initiative?

Il y en a deux. D’abord la principale: les initiants estiment que la forte croissance de la population en Suisse nuit à l’environnement et réduit la qualité de vie. Ils rappellent - tout comme l’UDC avec son initiative contre l’immigration massive - que la Suisse croît à raison de 80'000 nouvelles personnes chaque année (soit la ville de St-Gall), et que le 80% est à imputer à l’immigration. Une croissance démographique qui est en outre 5x plus élevée que celle de l’Europe. Ces nouveaux arrivants entraînent, selon eux, le bétonnage du territoire, les bouchons sur les routes, les loyers en hausse, etc.

Par ailleurs, ils rappellent que la population mondiale a quadruplé depuis 1900 et que les ressources naturelles se font rares. Ils soulignent que dans les 50 pays les plus pauvres, les femmes ont en moyenne 5 à 6 enfants, ce qui freine l’évolution économique et sociale de ces pays. La pauvreté et le chômage poussent du coup ces habitants à émigrer ailleurs, en Suisse notamment, un pays très attractif.

4. Allier écologie et immigration, c’est nouveau ?

Non. Dans les années 80, un conseiller national bernois, Valentin Oehen, chef de file du mouvement xénophobe Action nationale et l’un des membres fondateurs d’Ecopop au début des années 70, avait été l’un des premiers à faire le lien entre écologie, immigration et croissance démographique. En 1984, le peuple suisse s’était même prononcé sur un texte proche de celui d’Ecopop et lancé par Action nationale, «contre le bradage du sol national». L’initiative avait été refusée de peu, à 51,1%.

5. Les initiants sont-ils xénophobes?

Pas vraiment, comme le soulignent nombre de politiciens interrogés (voir galerie dans la colonne de gauche). Ecopop («ECOlogie et POPulation») se veut une organisation non partisane de défense de l’environnement. On y trouve nombre d’intellectuels et d’économistes alémaniques qui se défendent vivement d’être xénophobes. «Malheureusement, le simple fait de s'interroger sur la population idéale de la Suisse en exprimant le constat que nous ne pouvons recevoir tout le monde fait que beaucoup de gens nous étiquettent comme xénophobes», avait regretté en 2012 Sabine Wirth, membre du comité d’initiative.

En Suisse romande, Ecopop a reçu le soutien d’une personnalité de poids : celui de Philippe Roch, ex-directeur de l’Office fédéral de l’Environnement et du WWF. L’écologiste Franz Weber, intéressé par l’aspect lutte contre le bétonnage, avait d’abord lui aussi soutenu le texte, avant de se retirer au motif que ce n’était pas son affaire et qu’il n’avait jamais été contre les étrangers.

6. Le texte est finalement proche de l’initiative sur l’immigration de l’UDC. En quoi est-il différent?

Certes, les deux initiatives partent toutes deux du postulat que trop d’étrangers nuit à la Suisse, notamment en raison de la pression exercée sur le logement, les zones à bâtir, les transports, etc. Mais le texte de l’UDC n’évoque aucun chiffre et se contente de demander à la Confédération de fixer des contingents pour les étrangers qui travaillent en Suisse, «en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect de la préférence nationale». Le texte d’Ecopop va lui plus loin puisqu’il précise que la part de l’accroissement de la population issue de l’immigration ne peut dépasser 0,2% par an sur une moyenne de 3 ans. Ce qui représente environ 16'000 personnes par année.

7. L’UDC va-t-elle soutenir Ecopop dans la campagne?

Probablement pas. «Nous n’avons pas pris position, mais je pense que le groupe va voter contre», note le conseiller national Jean-François Rime qui explique que l’UDC avait d’abord pensé soutenir le texte, pour faire pression sur la mise en application de son propre texte sur l’immigration. «Mais le texte est inapplicable, et je ne nous vois pas donner de l’argent pour du planning familial en Afrique», ajoute-t-il à titre personnel. Il précise toutefois qu’il y aura sans doute du travail à faire pour convaincre l’électorat.

8. Et les autres partis ?

Pratiquement tout le monde s’oppose au texte. A commencer par le PLR qui juge qu’«une limitation si stricte de l'immigration renforcerait la pénurie de main-d'œuvre pour nos entreprises et mettrait les bilatérales encore plus sous pression, si ce n'est pas carrément hors-jeu». Même les Verts rejettent les arguments écologiques avancés par Ecopop. Pour eux, le texte ne résout aucun problème environnemental car il ne prévoit pas de mesures pour diminuer l’utilisation du sol.

Créé: 25.02.2014, 13h46

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