L’initiative de l’UDC conserve ses chances de passer la rampe

Votations Un sondage crédite l’initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels» de 55% d’opinions favorables. Ce taux pourrait baisser.

Deux ans après l'acceptation de l'initiative, l'UDC rappelle le peuple aux urnes à propos de sa mise en oeuvre précise.

Deux ans après l'acceptation de l'initiative, l'UDC rappelle le peuple aux urnes à propos de sa mise en oeuvre précise. Image: Keystone

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Si les Suisses avaient voté mi-décembre sur l’initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels», ils l’auraient approuvée: c’est du moins ce que montre un sondage en ligne mené par Market­agent.com au début du mois, selon lequel 55% des sondés approuvaient le texte. Quelque 20,5% se disaient encore indécis et 24,5% affirmaient qu’ils voteraient non. Ce qui donne des chances à l’initiative de l’UDC de triompher dans les urnes le 28 février prochain.

Mais «rien n’est gravé dans le marbre», fait remarquer l’hebdomadaire SonntagsZeitung, commanditaire du sondage. On sait que les initiatives populaires bénéficient toujours d’un taux de sympathie élevé avant une campagne. Puis leur faveur baisse généralement au fur et à mesure de l’approche du scrutin. En octobre, fait remarquer le journal dominical, dans une étude semblable, 66% des sondés se disaient favorables ou «plutôt» favorables au texte.

Une initiative largement combattue

Simonetta Sommaruga a déjà lancé une attaque en règle contre le texte avant Noël. Cette initiative, dite «de mise en œuvre», vise à renvoyer du territoire tous les étrangers condamnés, même pour des délits mineurs. «Cela revient à faire des étrangers des êtres de seconde classe», estime la ministre PS. Le texte compliquerait encore davantage nos rapports avec Bruxel­les. Mais le Conseil fédéral ne laissera pas la ministre mener seule le combat: le président de la Confédération, Johann Schneider-Ammann (PLR), et Didier Burkhalter (PLR) devraient eux aussi s’engager publiquement dans la campagne du non.

Au moins trois comités combattront l’initiative dès la semaine prochaine, dont une alliance des bourgeois menée par le PLR. Coprésident de cette dernière, le sénateur Andrea Caroni (PLR/AR) met en avant l’argument économique: «Les employeurs vivraient en permanence avec une épée de Damoclès car il suffirait qu’un employé étranger ait enfreint une loi, même légèrement, pour qu’il doive quitter le pays.»

Andrea Caroni déplore aussi, dans la SonntagsZeitung, le fait que les deux grandes faîtières de l’économie, l’Union suisse des arts et métiers (USAM) et EconomieSuisse, rechignent à injecter des moyens financiers dans cette votation. Interpharma (faîtière de l’industrie pharmaceutique) et Swissmem (industrie des machines) investiront toutefois dans la campagne: la seconde y mettra «un montant à six chiffres», selon les médias dominicaux.

Un «cheval de Troie»

Andrea Caroni estime que ce texte serait un cheval de Troie: «Il semble inoffensif, mais il est extrêmement dangereux, il s’attaque frontalement à nos institutions. Voulons-nous abolir les tribunaux? Voulons-nous abolir le travail législatif du parlement? Voulons-nous en finir avec la Convention européenne des droits de l’hom­me?» Une vision à laquelle s’oppose vivement Kevin Grangier, secrétaire général de l’UDC vaudoise. Dans une prise de position sur Internet, il rappelle que cette initiative dite «de mise en œuvre» est née du refus des autorités fédérales d’appliquer strictement la première initiative sur le renvoi. «La classe politique» a tenté d’appliquer «le contre-projet pourtant rejeté par le peuple» et qui prévoyait des clauses d’exception tout en respectant le principe de proportionnalité. «Les autres partis ont décidé de ne pas respecter nos institutions et de comploter en mauvais perdants qu’ils sont, écrit Kevin Grangier. L’initiative de mise en œuvre est donc nécessaire pour que nos institutions soient respectées.»

Les cantons devraient aussi entrer en scène ces prochaines semaines. Le conseiller d’Etat bernois Hans-Jürg Käser (PLR/BE) annonce rien de moins qu’une «campagne des cantons» contre l’initiative populaire. Le Conseil fédéral peut en revanche se montrer optimiste quant à la votation sur le deuxième tunnel routier du Gothard: le projet recueillerait 62,6% d’opinions positives, selon le même sondage de Market­agent.com. Quant à l’initiative du PDC «Non à la pénalisation du mariage», elle ne recueillerait que 45% d’intentions favorables. (24 heures)

Créé: 27.12.2015, 20h54

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