«L'initiative Minder menace beaucoup de PME»

VotationL'initiative «contre les rémunérations abusives» pourrait affecter les petites entreprises, jusqu'aux restaurants ou aux taxis, selon le directeur d'economiesuisse

Pascal Gentinetta, directeur d'Economiesuisse, l'association faîtière des entreprises suisses.

Pascal Gentinetta, directeur d'Economiesuisse, l'association faîtière des entreprises suisses. Image: Keystone

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L'initiative de Thomas Minder «contre les rémunérations abusives», mise en votation le 3 mars, ne touche que les sociétés cotées en Bourse. Soit 263 sociétés anonymes, moins de 0,1% des entreprises du pays.

Mais celles-ci constituent un pilier important de l'économie, rappelle economiesuisse, la faîtière des entreprises. Surtout, les sociétés concernées travaillent étroitement avec les PME. Plus d'un tiers de ces dernières réalisent leur chiffre d'affaires grâce aux entreprises cotées: c'est ce qui ressort d'une étude de la Haute école de technique et de gestion (HTW) mandatée par economiesuisse et présentée ce matin à Berne

Par conséquent «une acceptation de l'initiative Minder affecterait une grande partie du tissu économique suisse», en déduit economiesuisse. Questions à son directeur, Pascal Gentinetta.

24 heures Est-ce que votre étude ne nous apprend pas ce que l'on savait déjà? Personne ne doute que certains secteurs de l'économie dépendent les uns des autres.

Pascal Gentinetta: Non, cette étude montre chiffres à l'appui qu'il y a une symbiose entre les grandes sociétés cotées en bourse et les PME. Lorsqu’une grande entreprise construit une nouvelle usine, les entrepreneurs locaux en profitent, de même que les installateurs sanitaires, les taxis, les commerces et les restaurants etc… Mais les grandes entreprises ont besoin des produits de qualité des PME. En comparaison internationale, cette symbiose est véritable un atout de notre pays. Elle est remise en question par l’initiative Minder, qui menace de déstabiliser les sociétés cotées en Bourse et d'affecter les PME. C’est la raison pour laquelle les milieux économiques s’opposent de manière très large à l’initiative Minder. Il ne s’agit pas que des salaires des top managers.

24 heures L'étude montre que 7% des emplois au sein des PME suisses dépendent directement du chiffre d'affaires des sociétés cotées en Bourse. Est-ce suffisant pour votre démonstration sachant que 93% des emplois ne sont, justement, pas concernés?

Pascal Gentinetta: Les sociétés concernées par l’initiative représentent environ une entreprise sur 1000. Mais les chiffres de l'étude montrent que les entreprises cotées en Bourse génèrent un emploi sur dix dans le pays, soit quelque 330'000 personnes. Elles génèrent aussi 18% du PIB et sont à l'origine de près de la moitié des exportations. Elles s'acquittent d'un tiers des impôts sur les entreprises payés dans le pays. Les emplois auxquels vous faites allusion ne sont que les effets directs induits sur le monde des PME. Il faut additionner tous ces chiffres et au bout du compte on s’aperçoit bel et bien que c’est une grande partie de l’économie qui est en jeu.

24 heures Avant de pronostiquer des effets dommageables sur les PME ne faudrait-il pas d'abord prouver que l'initiative affectera les entreprises concernées?

Pascal Gentinetta: Les experts qui ont travaillé sur le sujet sont formels. Leurs études montrent que le cadre réglementaire qui serait instauré par l’initiative serait unique au monde. Or, beaucoup de grandes entreprises le disent: les conditions favorables à l’implantation d’une société sont non seulement la fiscalité et la formation, mais aussi le cadre légal. Une acceptation de l’initiative Minder poserait de sérieux problèmes et ferait souffrir les grandes entreprises pour le recrutement de cadres et la réélection des organes dirigeants. Elles en souffriraient, c’est certain, et les PME aussi par effet de ricochet.

24 heures Les salaires des top managers en Suisse sont parmi les plus élevés au monde et les conditions-cadres parmi les meilleures. N'y a-t-il pas de la marge?

Pascal Gentinetta: L’initiative Minder, et son auteur lui-même le reconnaît, n’a pas pour objectif de faire baisser les salaires. Il faut être très clair là-dessus: le 3 mars on ne votera pas sur un projet de baisse des salaires. Il s’agit uniquement de savoir qui gouverne une entreprise. Or, Thomas Minder propose un projet mal ficelé, embrouillé et qui ne tient justement pas ses promesses.

24 heuresVotre étude du jour constitue un appel large aux PME et à l'ensemble de l'économie. Est-ce un changement de stratégie parce que vous percevez un ras-le-bol face aux salaires excessifs, y compris dans vos rangs?

Pascal Gentinetta: Au sein de toutes les PME que nous représentons, aussi bien à economiesuisse qu’à l'Union suisse des arts et métiers (USAM), beaucoup de voix se disent excédées par les salaires les plus élevés. C’est indéniable. Mais ce n’est pas une raison pour se laisser guider par le chant des sirènes. Encore une fois cette initiative ne réduira pas les salaires excessifs mais multipliera des dommages collatéraux. Il y a eu des discussions intenses au sein de nos associations mais, étant donné qu’il y a un contre-projet valable à l'initiative Minder, nous nous engageons pour le« non» avec tous les arguments nécessaires.

Créé: 08.02.2013, 13h41

Unique au monde

Si les Suisses disent oui à l'initiative Minder le 3 mars prochain, le pays se dotera d'une réglementation assez unique en matière de droit des sociétés. Mais quelle est la pratique internationale? «Il existe autant de pays que de solutions», affirme aujourd'hui le quotidien La Liberté qui dresse un bref panorama étranger.

Royaume-Uni et USA
La pratique de l'Angleterre, devenue «une référence à l'échelle internationale», prévoit que l'assemblée générale s'exprime chaque année à titre consultatif sur la politique de rémunération, mais sans vote contraignant. Aux USA les actionnaires s'expriment au moins tous les trois ans à titre consultatif sur les salaires des dirigeants.

Allemagne et France
Le voisin du nord «n'est pas plus restrictif» que la Suisse actuellement. Mais le gouvernement planche sur un projet de limitation des salaires des dirigeants, rappelle La Liberté. La France possède un système «un peu flou» de l'avis d'un spécialiste, car les actionnaires se prononcent mais un vote négatif n'invalide pas le contrat.

Benelux et Scandinavie
La Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg ont des législations plus favorables au management qu'aux actionnaires. En Norvège, en Finlande, en Suède et au Danemark, le système est plus favorable aux actionnaires. L'assemblée se prononce de manière contraignante sur les règlements d'indemnisation, mais pas sur les montants concrets.

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