L'initiative populaire d'Ecopop rejetée massivement

ImmigrationLa Suisse ne fermera pas complètement ses frontières. Par 74,1% des voix, le peuple a refusé dimanche l'initiative de l'association Ecologie et population (Ecopop).

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Cette initiative voulait réduire drastiquement l'afflux de migrants et promouvoir la contraception dans les pays pauvres. Aucun canton ne l'a acceptée.

Dix mois après l'acceptation de l'initiative contre l'immigration de masse, autorités politiques et milieux économiques poussent un soupir de soulagement: plus de 1,9 million de personnes ont refusé le texte intitulé «Halte à la surpopulation - Oui à la préservation durable des ressources naturelles». A peine plus de 671'000 autres ont voté «oui».

Le Conseil fédéral gonflé à bloc

La clarté de ce résultat regonfle à bloc le Conseil fédéral pour ses négociations avec l'Union européenne. Par rapport à l'initiative de l'UDC, acceptée par 50,3%, le camp du «oui» a perdu près d'un quart des votants. Ce camouflet s'est traduit dans les réseaux sociaux par une nouvelle dénomination: «Ecoflop».

Le score a été sans appel dans tout le pays. Même le Tessin, où les analystes prédisaient un «oui», a refusé le texte d'Ecopop par 63,1% des voix (alors que l'initiative sur l'immigration de masse avait passé par 68,2%). Parmi les moins insensibles aux arguments des éco-fondamentalistes, Schwytz (65,8%) et Obwald (67,4%).

A l'inverse, comme le 9 février, les champions du «non» ont été à nouveau les Vaudois (82,7%). Ils sont suivis des Valaisans (78,7%) et des Genevois (78,6%). Chez les autres Romands, l'opposition des Neuchâtelois a atteint 78,2%, celle des Jurassiens 77,2% et celles des Fribourgeois 74,5%. A Berne, elle s'élève à 74,9%.

Moins de 17'000 migrants

L'initiative voulait limiter la croissance annuelle de la population due à l'immigration à 0,2% sur une moyenne de trois ans. Moins de 17'000 personnes, réfugiés compris, auraient pu s'établir en Suisse chaque année, alors qu'en 2013, le solde migratoire a atteint 87'000 personnes.

Ecopop exigeait en outre que 10% des fonds de l'aide au développement, soit environ 150 millions de francs par an, aillent au contrôle des naissances dans les pays pauvres.

Dissidences

Officiellement, aucun parti gouvernemental ne soutenait l'initiative. Mais diverses sections UDC prônaient le «oui», s'engouffrant dans la brèche ouverte par l'Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN).

Parmi les défenseurs se trouvaient également des personnalités venues d'horizons aussi différents que l'ex-directeur de l'Office fédéral de l'environnement Philippe Roch (PDC), l'entrepreneur et politicien schaffhousois Thomas Minder et la pasionaria de la lutte pour la libéralisation de l'avortement, la socialiste Anne-Marie Rey.

Les syndicats ne baissent pas la garde

Le soulagement était le maître-mot dimanche parmi les défenseurs des travailleurs après le rejet net par les citoyens suisses d'Ecopop, une initiative jugée dangereuse, voire inhumaine. S'ils se réjouissent que les relations avec l'UE ne soient pas davantage envenimées, les syndicats ne baissent pas pour autant la garde.

«Il n'est pas question d'introduire de nouvelles discriminations à l'encontre des migrants, car cela accentuerait la pression sur les salaires et porterait préjudice à l'ensemble des travailleurs de Suisse», avertit l'Union syndicale suisse (USS) dans un communiqué. Conseil fédéral et Parlement sont d'ailleurs invités à mettre en place des mesures «destinées à encourager les conventions collectives».

Un bon signal pour les négociations avec l'UE

Le président de l'USS Paul Rechsteiner a précisé à l'ats que ce «résultat magnifique en comparaison de celui du 9 février» était «un très bon signal pour les négociations avec l'Union européenne». Ce succès n'empêche ni «de devoir tirer les conséquences du précédent scrutin», ni «de constater une fois de plus qu'une frange de la population suisse (en l’occurrence environ 25%) est fortement xénophobe».

Du côté d'Unia, on rappelle que l'adoption d'Ecopop aurait abouti à une rupture des discussions avec l'UE. Or, la libre circulation des personnes constitue «un précieux acquis pour les travailleurs». Le syndicat compte désormais s'inviter dans le débat sur la mise en oeuvre de l'initiative de l'UDC, afin notamment d'éviter les statuts discriminatoires pour les étrangers et de renforcer les mesures d'accompagnement.

Chez Travail.Suisse aussi, la nécessité de préserver les accords bilatéraux avec l'Union européenne fait figure de priorité. Selon la faîtière syndicale - pour qui «les plus grands dommages menaçant le marché du travail suisse ont pu être évités» dimanche -, il faut parallèlement garantir la protection des salariés «en simplifiant la déclaration d'extension des conventions collectives de travail». ( /ats/nxp)

Créé: 30.11.2014, 13h49

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