«Un seul hacker peut falsifier l’ensemble d’un vote»

DémocratieUne initiative populaire est lancée ce vendredi pour s'opposer au vote électronique, que le Conseil fédéral souhaite faciliter. Le Vaudois Jean-Christophe Schwaab est à la manoeuvre.

L’ancien conseiller national socialiste
et conseiller municipal vaudois Jean Christophe Schwaab doute des vertus du vote électronique. Il ne jure que par le papier, beaucoup plus contrôlable
à ses yeux.

L’ancien conseiller national socialiste et conseiller municipal vaudois Jean Christophe Schwaab doute des vertus du vote électronique. Il ne jure que par le papier, beaucoup plus contrôlable à ses yeux. Image: ODILE MEYLAN

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Et si, demain, il était aussi commun de voter devant son ordinateur que par correspondance ou à l’urne? Le Conseil fédéral nourrit cet objectif depuis longtemps. Il passe désormais la vitesse supérieure, après une phase d’essai de 14 ans, et 300 tests jugés réussis.

A la mi-décembre 2018, il a mis en consultation une modification de la loi sur les droits politiques, dans laquelle il fixe les grands principes de la normalisation du vote électronique. Les cantons resteront libres de le proposer ou pas, et les citoyens garderont le choix entre le papier et la souris. Mais les procédures administratives seront allégées, promet Berne, et des conditions strictes de sécurité fixées.

Depuis 2004, dix cantons ont essayé le vote électronique, dont Genève et Vaud. Les deux cantons utilisent la plateforme de vote électronique développée par l’État genevois, CHVote. Cette dernière sera néanmoins abandonnée en 2020, notamment pour des raisons financières. Genève pourrait alors rejoindre l’autre système de vote électronique utilisé en Suisse, Poste e-voting, développé par le géant jaune. Dans le canton de Vaud, le Grand Conseil décidera de la suite à donner aux tests menés jusqu’à fin 2019 auprès des Vaudois de l’étranger.

«On délègue le cœur de la démocratie à des experts»

Reste la question cruciale: le vote électronique est-il vraiment fiable? Le Conseil fédéral est persuadé qu’il peut être proposé «en toute confiance». Il annonce aussi que le code source du système de La Poste Suisse devrait être rendu public début 2019 et qu’un test d’intrusion public sera organisé. Cela ne suffit pas à rassurer un comité interpartis qui a préparé une initiative populaire visant à introduire un moratoire sur le vote électronique en Suisse. Le texte, intitulé «Pour une démocratie sûre et digne de confiance», a été présenté ce vendredi à Berne.

Jean Christophe Schwaab fait partie du comité d’initiative. Il y a quelques semaines, le conseiller municipal vaudois et ancien conseiller national (PS) nous accordait cette interview.

Vous souhaitez interdire le vote électronique. Que craignez-vous?
Deux questions de principe se posent. La première n’est pas abordée par notre initiative mais est sous-jacente au débat: elle concerne la privatisation du système électoral. S’il ne reste que le système de vote électronique développé par La Poste, cela signifie que l’on confie le dépouillement de nos votes à une entreprise privée, qui opère derrière des portes closes. Cette entreprise collabore qui plus est avec une firme espagnole financée par des capitaux américains! Cela pose un sérieux problème de souveraineté. On ne parle pas de n’importe quelle prestation de l’État mais du cœur même de la démocratie. Rien que sur ce point, les signaux d’alarme devraient être au rouge. Dans des domaines aussi sensibles, les services secrets américains ne sont jamais très loin.

Et le deuxième problème de principe?
Avec le vote électronique, on prive les simples citoyens du pouvoir de contrôler le système électoral. Aujourd’hui, vous et moi pouvons participer à un dépouillement, à un comptage, à l’observation d’un scrutin. Au fond, la confiance dans le système de vote repose notamment sur le fait qu’on peut le faire soi-même. Avec le vote électronique on délègue totalement cette compétence à quelques informaticiens. Le système développé par le canton de Genève prévoyait au moins de la transparence. Mais pour qui? Même avec un système open source, sans connaissance très pointue, on n’y comprend rien! Et c’est pour cela que notre initiative dit que tant qu’il ne repose pas sur un système vérifiable pour des gens sans connaissances informatiques particulières, le vote électronique doit être interdit.

Le risque de manipulation est le même sur papier ou sur internet, rétorque la Chancellerie fédérale.
Mais les cas de captations de vote ou de bulletins remplis par la même personne, sur papier, ça se voit tout de suite! Sur l’électronique, c’est beaucoup plus compliqué. Par ailleurs, un seul hacker ou une seule organisation de hackers – je pense par là surtout à des États – peuvent falsifier l’ensemble d’un vote. Elle n’a pas besoin d’être sur place. En revanche pour une fraude massive sur un scrutin ordinaire, vous avez besoin de complices dans plusieurs bureaux de vote, au sein de plusieurs communes, dans plusieurs cantons.

C’est votre parole contre celle des experts de la Confédération. Vous ne les croyez pas?
La question n’est pas de les croire ou pas. La question est de ne plus avoir que le choix de les croire!

Pour les Suisses de l’étranger, il n’y a guère d’alternative plus pratique…
C’est embêtant de ne pas pouvoir voter quand on veut, c’est sûr. Mais lorsqu’ils s’expatrient, les Suisses de l’étranger savent qu’ils courent le risque de ne pas pouvoir voter dans les délais. Et le vote des Suisses de l’étranger ne justifie pas que l’on mette notre démocratie en danger. D’autant plus que l’Organisation des Suisses de l’étranger veut le vote électronique à tout prix. Elle se fiche de savoir si les citoyens y comprennent quelque chose, si le système est privatisé, et se moque du fait que cela soit sûr ou pas. À mes yeux, cette posture n’est pas du tout raisonnable.

Créé: 25.01.2019, 10h05

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