«Il est insoutenable qu'un système de santé porte les coûts des dispositifs défectueux»

Implant filesRebecca Ruiz, présidente de la Fédération suisse des patients et conseillère nationale, réagit aux enquêtes des Implants Files.

Rebecca Ruiz, présidente de la Fédération des patients.

Rebecca Ruiz, présidente de la Fédération des patients.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Est-il normal que les assurances paient pour les dispositifs défectueux? La priorité, c'est que les factures soient remboursées. Mais il est clair qu'à long terme, il est insoutenable qu'un système de santé fasse porter les coûts des dispositifs défectueux sur les patients , les assurances et les cantons, et non sur les fabricants. L'idéal serait que les appareils défectueux soient annoncés aux assurances par les médecins et que la responsabilité des fabricants soit renforcée. Nous pourrions aussi réfléchir, par exemple, à la création d’un fonds financé par les medtechs pour couvrir les frais médicaux liés aux défauts des appareils.

Est-il possible pour la Suisse d’adopter une loi plus exigeante que celle de l’Europe dans le domaine de medtechs? Cela ne sera pas possible au niveau du système d’homologation des dispositifs puisqu’il a été décidé au niveau européen de le laisser aux mains des privés. Mais il y a beaucoup d’autres choses que l’on peut faire au sein des frontières suisses. Nous pouvons nous assurer que l’autorité a les moyens de faire des contrôles serrés des entreprises de certification. Nous pouvons aussi renforcer le système d’annonce des accidents liés à des dispositifs défectueux, en augmentant le poids des sanctions possibles à l’encontre des prestataires de soins du corps médical lorsqu’il ne les signale pas et accentuant la prévention dans ce domaine.

Comment pourrait-on mieux défendre les patients? Il faudrait d’abord être absolument certains que les personnes utilisant un appareil problématique en ont été informées et qu’elles ont été correctement suivies. Pour cela, il faudrait rapidement un registre des dispositifs vendus et implantés en Suisse.

Il existe une clause de confidentialité qui interdit aux autorités de communiquer les mesures prises à l’encontre d’un fabricant, y compris à l’égard des patients concernés. Cela vous paraît-il juste? Cette disposition protège avant tout la réputation des fabricants et non le patient qui a besoin d’information. Une liste des incidents survenus avec les dispositifs, comme cela existe aux Etats-Unis, cela serait aussi utile pour les patients. En effet, ils sont les premiers concernés par leur santé et les seuls à percevoir leurs symptômes. On parle beaucoup de renforcer leur pouvoir dans leur propre prise en charge, cela va de pair avec une information transparente. Dans l’affaire de Ranier Technology révélée lundi, le médecin qui a servi de conseil à l’entreprise y avait aussi des actions et implantait lui-même ce dispositif en Suisse. Est-ce que ce type de conflit d’intérêt vous paraît acceptable dans le monde médical? Les médecins qui ont des liens d’intérêt avec les medtechs devraient en informer leurs patients de manière absolument transparente. Cela devrait être une obligation légale lorsqu’il s’agit d’un intérêt directement lié aux ventes comme dans le cas que vous citez.

Pourquoi laisse-t-on, en Suisse, les médecins et les medtechs entretenir des relations personnelles et financières sans aucune réglementation? En Suisse, la perception et l’exercice de la profession médicale est fondamentalement libérale. C’est de cette philosophie que découle le fait, par exemple, qu’un médecin qui travaille dans un hôpital public peut avoir en parallèle une pratique privée. On part aussi du principe que le médecin fait toujours des choix dans l’intérêt de ses patients. C’est ce qui explique à mon avis le fait qu’on ne surveille pas, qu’on n’encadre pas les liens potentiels qui peuvent exister entre médecins et certaines industries. (24 heures)

Créé: 30.11.2018, 07h17

Articles en relation

Un déchet aurait pu être homologué comme dispositif médical vendu en Suisse

Implant Files Trois organismes officiels de certification étaient prêts à homologuer un filet de mandarines comme implant médical. L'affaire a été le point de départ d’une enquête à l'échelle mondiale. Plus...

Deux Suisses impliqués dans un scandale d'implant

Implant Files Un chirurgien star et un professeur de l'université de Zurich ont contribué au développement d'un disque intervertébral catastrophique. Au moins sept patients suisses l'ont reçu. Plus...

«C'est tout simplement un désastre»

Implant Files Le chirurgien allemand Karsten Ritter-Lang a dû retirer de nombreuses prothèses Cadisc-L du dos des patients. Plus...

La base de données qui vous renseigne sur votre dispositif médical

Implant Files 250 journalistes ont compilé des documents dans de nombreux pays. Ils ont créé la première base de données au monde permettant aux patients de se renseigner sur leur dispositif. Plus...

L’un des orthopédistes suisses évoque des pressions

Implant Files Deux Suisses siégeaient au conseil médical du fabricant. Des experts confirment que les premières études montraient des problèmes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 11 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...