L’interdiction de la burqa tombe à pic avant les fédérales

Initiative populaireBien que le parlement fédéral y travaille déjà, un comité veut que le peuple se prononce sur l’interdiction de se cacher le visage.

Porté par l’UDC Oskar Freysinger, le Comité d’Egerkingen a présenté son initiative.

Porté par l’UDC Oskar Freysinger, le Comité d’Egerkingen a présenté son initiative. Image: Keystone

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Après le débat antiminaret, place au débat antivoile intégral. Le Comité d’Egerkingen n’a pas boudé son plaisir, mardi, en présentant son nouveau bébé, une initiative populaire fédérale visant à interdire de se dissimuler le visage dans l’espace public. L’intention était connue de longue date, le texte n’est pas encore dans la Feuille officielle – donc la récolte de signatures ne peut pas commencer – mais le calendrier médiatique des initiants, à trois semaines des élections, n’aura échappé à personne. «L’approche des élections peut peser dans la balance, bien sûr. Mais je n’ai pas vu les médias s’offusquer lorsque les Verts ont fait le coup avec Fukushima il y a quatre ans!» affirme Oskar Freysinger (UDC/VS), membre du comité d’initiative.

Cela étant, pourquoi ne pas attendre que le parlement poursuive ses travaux, lui qui a donné suite à une proposition de l’UDC Walter Wobmann pour une interdiction nationale de se dissimuler le visage dans l’espace public? Il s’agirait de faire pression. Et puis, «là, on pose la question au peuple, qui a le dernier mot dans ce pays», affirme ce même Walter Wobmann (UDC/SO).

Le débat permettra surtout au Comité d’Egerkingen de placer ses arguments sur la place publique. Des arguments sécuritaires d’abord: l’initiative vise les hooligans d’une part mais doit aussi servir à «prévenir des attaques terroristes». Identitaires ensuite. «Avec la nouvelle vague d’immigration que nous connaissons actuellement, le risque de voir se répandre le voile intégral est grand. Nous avons une augmentation des visages couverts sur la place publique», assure Oskar Freysinger.

«Question de principe»

Combien de personnes seraient donc concernées par un interdit en Suisse? «Je ne le sais pas, admet quelques minutes plus tard le Valaisan. Plusieurs centaines peut-être. Ce n’est pas une question de nombre, mais de principe. Depuis quand ne se bat-on plus pour les droits de la femme dans ce pays?!» tonne celui qui, récemment, craignait que le «règne de l’œstrogène» ne domine la politique suisse.

Dans leur argumentaire, les initiants plaident aussi pour une solution nationale, plutôt que de laisser le Tessin, qui a déjà accepté d’interdire le voile intégral, légiférer tout seul. D’ailleurs, l'initiative populaire fédérale reprend le texte tessinois sauf sur un point. Elle liste les exceptions à l’interdiction de se dissimuler le visage dans l’espace public: coutumes locales (carnaval, etc.), raisons sanitaires (masque médical), de sécurité (casque de moto), climatique (cagoule de ski). Elle ne fait toutefois pas mention d’une exception pour les touristes, ce qui pourrait devenir l’une de ses principales faiblesses au moment du passage dans les urnes.

Pour le reste, aucun parti n’est dupe. Le combat est presque perdu d’avance, tant le débat demanderait de la finesse là où le bazooka est prêt à tirer. Ainsi le conseiller national Gerhard Pfister (PDC/ZG) rejoint à titre personnel les initiants sur la conviction que «le port de la burka est difficilement compatible avec la dignité d’une femme et se dissimuler le visage n’est pas un droit». Mais il rejette vivement le texte pour son côté antifédéraliste: «Ce genre d’interdictions doit être du ressort des cantons. Les réalités sont différentes selon les régions du pays.» Hugues Hiltpold (PLR/GE) ne saisit pas «l’intérêt de faire voter le peuple sur un problème quasi inexistant en Suisse. En inventant un problème de toutes pièces, comme avec la précédente initiative contre les minarets, on risque d’aviver des tensions inutiles. Et de décourager des touristes qui iront voir ailleurs», estime le conseiller national, invoquant notamment le cas des Fêtes de Genève. «Une interdiction de la burqa n’améliorera en rien la condition des femmes», ajoute la Vaudoise Cesla Amarelle, vice-présidente des Femmes socialistes suisses. «Au contraire, les femmes concernées se trouveront encore plus isolées.»

Créé: 29.09.2015, 21h24

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Pas d’exception pour les touristes, mais…

Si la statistique du nombre des femmes intégralement voilées en Suisse manque, les statistiques touristiques sont en revanche implacables. Les hôtes arabes sont ceux qui dépensent le plus en Suisse, soit 430 francs par jour. Jusqu’à juillet de cette année, les touristes des pays du Golfe ont généré 384'112 nuitées, en hausse de 37% par rapport à la même période de l’an dernier. Au Tessin, qui s’apprête à légiférer sur l’interdiction de se dissimuler le visage, un reportage montrant cette facette du tourisme a mis dernièrement le canton en émoi. La problématique se répétera lors du vote fédéral. Pourquoi ne pas avoir inscrit les touristes dans les exceptions à l’interdiction de se dissimuler le visage? Les initiants n’ont pas répondu à la question hier. Mais Oskar Freysinger assure que cela ne freinera pas le tourisme: «J’ai vu comment ça se passe avec ces touristes-là. Ils viennent avec une énorme voiture où il y a un troupeau de femmes voilées, ils entrent dans un magasin puis repartent avec le troupeau (sic). On ne les voit pas! L’interdit concerne ceux qui sont établis et doivent respecter les règles locales.» Son collègue tessinois Giorgio Ghiringhelli, lui, serait carrément pour rompre tout lien commercial avec les pays où des femmes sont intégralement voilées. La conseillère nationale Céline Amaudruz (UDC/GE) aurait, elle, préféré que l’exception figure noir sur blanc dans le texte. «Je regrette qu’il ne soit pas précisé que les touristes forment une exception à l’interdiction de se dissimuler le visage. Mais, sur le fond, l’initiative est nécessaire.»

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