Des interprètes de la Croix-Rouge mis sur la touche

ConflitLes HUG testent un nouveau prestataire. Les traducteurs historiques, interdits de travailler pour la concurrence, sont en colère

Depuis le début d’avril, le département de médecine communautaire, de premier recours et des urgences des HUG – celui qui fait principalement appel aux interprètes – ne recourt plus à la Croix-Rouge.

Depuis le début d’avril, le département de médecine communautaire, de premier recours et des urgences des HUG – celui qui fait principalement appel aux interprètes – ne recourt plus à la Croix-Rouge. Image: L. Fortunati

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L’arrivée d’un nouvel acteur chez les interprètes communautaires crée un petit séisme dans le milieu. Jusqu’à l’an dernier, la Croix-Rouge genevoise (CRG) était la seule à proposer ici ce type de service, avec comme principal client, depuis une vingtaine d’années, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) – 30 000 heures d’intervention en 2015 pour la CRG sur un total de 45 000.

Depuis le début d’avril, le département de médecine communautaire, de premier recours et des urgences des HUG – celui qui fait principalement appel aux interprètes, notamment pour les communautés roms et de migrants – ne recourt plus à la Croix-Rouge. Il s’est tourné pour une phase test de six mois vers ce nouvel acteur privé, Connexxion, basé à Lausanne. Etant soumis aux marchés publics, les HUG vont lancer un appel d’offres avant de procéder à un choix définitif. L’ensemble des 125 interprètes est potentiellement concerné, à des degrés divers. Selon deux de ces personnes qui souhaitent rester anonymes, «cela crée beaucoup d’inquiétudes. Et nous n’avons été prévenus de ce manque à gagner qu’à la fin de février.»

Mais ces interprètes se plaignent surtout de n’avoir pas le droit de travailler à la fois pour la Croix-Rouge genevoise et pour Connexxion, créée par un ancien de la CRG il y a un an. Une situation qui leur semble incorrecte, étant donné leur rémunération à l’heure et sans garantie de travail. «Il s’agit d’une tentative de tuer la concurrence, s’exclame un responsable de Connexxion. Malgré cette interdiction, depuis quinze jours, nous avons honoré les 130 demandes des HUG. La CRG ne réfléchit qu’à court terme, sans se préoccuper de ses interprètes.» Un responsable explique avoir donc dû «faire entrer de nouveaux acteurs sur le marché, alors qu’il y a d’excellents professionnels, qui pratiquent parfois depuis dix ou quinze ans, et qui se retrouvent sur la touche. La Croix-Rouge demande de la flexibilité à ses interprètes en les employant à l’heure, sans garantie de travail, mais elle ne leur offre pas cette flexibilité en retour. Je suis d’autant plus attristé que des patients et des docteurs nous ont demandé de faire appel à ces personnes qu’ils connaissent bien.»

«Il est logique que l’on ne puisse pas travailler pour le même client dans une entreprise et chez son concurrent», se défend Pascal Bonzon, adjoint de direction à la Croix-Rouge genevoise, en assurant chercher «des solutions pour compenser cette perte».

En 2014, les tarifs de l’interprétariat de la CRG ont augmenté de 23%, «afin de permettre au service d’atteindre l’équilibre financier, selon une exigence du Canton, qui le subventionne», précise Pascal Bonzon. Selon les HUG, ce n’est pas la raison qui les a conduits vers ce nouveau prestataire. «Connexxion a mis en place un système de réservation des interprètes par le biais d’Internet, qui nous permet d’accéder directement à leur agenda. C’est un énorme avantage quand vous faites recours à 30 000 heures de services par an, explique Nicolas de Saussure, responsable médias aux HUG. Il n’y avait qu’un seul prestataire sur le marché jusqu’à présent. Il est donc important pour nous de tester les qualités d’un nouvel arrivé.»

Créé: 18.04.2016, 07h54

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