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Isabelle Moret: «Ce qui me distingue? La maîtrise des dossiers»

A 46 ans, la conseillère nationale vaudoise Isabelle Moret se lance dans la course au Conseil fédéral. En prenant soin de ne pas attaquer ses concurrents, elle assume ses ambitions.

Chantal Dervey

«Clairement, mon objectif, c’est d’être élue au Conseil fédéral.» Isabelle Moret le sait bien, pour avoir, depuis onze ans qu’elle est conseillère nationale, participé à l’élection de tous les membres du gouvernement actuel, Doris Leuthard exceptée: les circonstances du vote de l’Assemblée fédérale dépendent parfois de critères insondables. Mais c’est peut-être justement pour cette raison que la Vaudoise – la Romande, même! – la mieux élue de la Chambre du peuple, qui met en avant les succès électoraux du PLR vaudois, tient fermement à se lancer dans la course à la succession de Didier Burkhalter. Interview.

Quels sont vos atouts?

En onze ans, mes collègues parlementaires ont appris à me connaître. Je me suis engagée dans de nombreuses commissions, j’ai des amis et des soutiens dans tous les partis. Les gens savent à la fois ma capacité à défendre mes idées et mon ouverture au dialogue et au compromis. Tant avec l’UDC, sur l’accélération des procédures d’asile, qu’avec la gauche sur la conciliation vie professionnelle–vie familiale, par exemple. Je suis libérale au sens économique comme au sens sociétal. Au sein de mon propre parti, dont j’ai été vice-présidente pendant huit ans, la force de mon engagement est bien connue. J’ai notamment réussi à instaurer une culture de groupe chez les PLR romands, ce qui n’était pas évident il y a neuf ans…

Quel est votre poids auprès de vos collègues alémaniques?

Je parle le dialecte et c’est fondamental. Parce que la politique se fait, plus encore qu’en plénum ou en commission, dans les discussions informelles. Je me lie facilement avec tout le monde. La vraie jauge, c’est quand on vous écoute en silence même quand vous parlez français! Et ça m’arrive souvent.

Depuis l’annonce du départ de Didier Burkhalter, «l’heure du Tessin» est revenue comme un leitmotiv. Qu’en dites-vous?

Il faut juger les gens sur leurs qualités. D’autres considérations ne viennent qu’en second lieu.

Mais qu’est-ce qui vous distingue?

Ma maîtrise des dossiers, mon implication dans de nombreuses commissions. Je ne travaille pas que sur la santé. Sur la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration de masse, dans des circonstances difficiles, j’ai construit un compromis avec mon collègue Kurt Fluri et avec Cesla Amarelle. J’ai aussi participé à la commission de surveillance des secrets d’Etat, lors de la crise UBS et des otages en Libye, une expérience qui m’a permis de voir de près le fonctionnement du Conseil fédéral. C’était très intéressant. Par ailleurs, alors que la présidente du PLR Petra Gössi a appelé à un ticket à deux, le fait que les Tessinois ne présentent qu’un seul candidat sonnait comme une invitation…

… à une candidate? Peut-on imaginer un ticket PLR à deux hommes?

Souvenez-vous, en 2009, Didier Burkhalter s’était présenté aux côtés de Christian Lüscher, et pas de Martine Brunschwig Graf. Au PLR, le genre n’est ni un avantage ni un désavantage.

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Quelle vision d’avenir pour le pays voulez-vous amener?

Elle est basée sur deux axes. D’abord, le numérique. Cette révolution touche toute l’économie, jusqu’à l’agriculture. Il faut y investir, modifier le cadre législatif, faciliter la souplesse administrative et fiscale des start-up – un changement qui serait très favorable au canton de Vaud, où l’EPFL sert de moteur à toute la région! La Confédération peut donner des impulsions, tant en matière d’investissements que de protection de la vie privée ou de modification des assurances sociales. La Suisse n’est pas encore en retard, mais si elle ne prend pas le bon train, elle le sera. Alors que nous avons tout pour réussir. Nous devons combattre la frilosité de nos investissements et de notre mentalité, rétive aux risques et à l’échec. N’oublions pas que certaines start-up d’hier sont les géants d’aujourd’hui.

L’autre axe, c’est l’Europe?

C’est le plus grand défi du département qui se libère. La question n’est pas «si» mais «comment» nous réactivons nos relations avec l’Union européenne. Nous sommes au milieu de l’Europe et tout pays doit dialoguer avec ses voisins. Là aussi, il faut avoir une vision à long terme et faire davantage participer la population aux décisions.

Comment?

Actuellement, on ne propose qu’un plan A, l’accord institutionnel. Or, les Suisses sont habitués à avoir une alternative. Il faut mettre sans tabou toutes les options sur la table, de la proposition de l’UDC de résilier l’accord sur la libre circulation, jusqu’à l’idée socialiste d’une adhésion. Personnellement, je suis favorable à des accords bilatéraux renouvelés.

En clair, le Conseil fédéral doit reprendre la main.

Exactement. J’ai été très surprise de la position attentiste du Conseil fédéral, qui a laissé le parlement se débrouiller avec la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration de masse. Il doit se ressaisir du dossier européen en consultant le peuple, c’est ce que je ressens en parcourant le pays.

Mais pas question, comme le propose Pierre Maudet, d’un arbitrage juridique sur la question des juges étrangers?

Non. Si l’analyse, en cas de litige sur un accord international, doit être faite par des experts juridiques, la décision doit rester au politique.

Et sur les questions migratoires?

La réponse doit être européenne. Si les accords Dublin, qui ne sont pas équitables pour les pays de premier accueil, sont renégociés, alors la Suisse devra jouer un rôle leader dans cette négociation.

Pour convaincre vos pairs, quelle campagne allez-vous mener? Qui sont vos soutiens? Comment vous organiserez-vous?

Je connais très bien mes collègues. Avec Ignazio Cassis, nous avons été assis quatre ans côte à côte au parlement. Nous sommes dans la même commission. J’ai milité pour qu’il devienne chef de groupe. Nous nous apprécions. Je connais moins Pierre Maudet, puisque nous travaillons moins avec les gouvernements cantonaux, mais je l’apprécie beaucoup. Je ne crois pas qu’il y ait de véritable combat.

Vraiment? Et les petites phrases de Pierre Maudet?

Chacun a une personnalité différente. J’aime le dialogue et la capacité de compromis. Je ne compte pas «faire campagne», comme vous dites. Mes 245 collègues parlementaires me connaissent, ils savent comment je travaille. ils savent comment j’ai voté, et pourquoi je l’ai fait, je leur ai expliqué lorsque je ne pouvais pas les soutenir. Ils vont me découvrir sous une autre facette, je vais aborder avec eux d’autres thèmes que ceux que nous avions l’habitude d’aborder ensemble. Ce qui est nouveau, c’est la médiatisation importante qui va accompagner ce processus, et le rôle des réseaux sociaux. En particulier l’accès immédiat au répertoire de tous les votes que nous avons faits – en onze ans de Conseil national, j’ai dû voter plus de 700 fois par an et je ne me souviens sans doute pas, à l’improviste, de tout ce que j’ai décidé ou dit.

Peut-il y avoir deux Vaudois au Conseil fédéral?

Mais ça s’est déjà produit! Pierre Graber, devenu Neuchâtelois pour être élu au Conseil fédéral en 1970, était syndic de Lausanne, et avait fait sa fête d’élection dans le canton de Vaud! Avec cette clause-là, j’aurais été Bâloise! On voit que cela n’a posé de problème à personne à l’époque, et que ces éléments sont secondaires. Tout comme la question du genre. Il n’y a jamais eu de femme latine de droite ou du centre au Conseil fédéral…

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