Les Italiens reviennent s’installer en Suisse

ImmigrationLes Italiens s’exilent à nouveau en masse. Leur profil est différent de la première génération d’immigrés.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’immigration italienne a repris le chemin de la Suisse. Selon les chiffres publiés fin décembre 2015 par l’Office fédéral de la statistique (OFS), les Italiens représentent aujourd’hui la plus grande communauté étrangère de Suisse, avec 313 725 résidents permanents. Soit près de 4% de la population du pays, et quelques dizaines de milliers de plus que les Allemands (301 548) et les Portugais (268 067). Alors que la population allemande baisse (lire encadré), la communauté italienne a triplé depuis 2009, souligne l’hebdomadaire Schweiz am Sonntag, qui a mis en lumière ces chiffres. La communauté est répartie dans toute la Suisse, avec une préférence pour le Tessin, Zurich, Genève et Vaud.

En 1950, environ 400 000 Italiens résidaient en Suisse. En 1970, leur nombre frôlait les 600 000. Dans les années 1990-2000, beaucoup ont disparu des statistiques, soit parce qu’ils se sont naturalisés, soit parce qu’ils sont rentrés. «L’immigration italienne a connu de nombreux mouvements différents. Nous assistons à une nouvelle inversion du sens de la route», confirme Gianni D’Amato, professeur et directeur du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population de l’Université de Neuchâtel.

Profil différent

Cette nouvelle vague de ressortissants de la Botte ne s’installe pas pour rejouer le film Pane e cioccolata: alors que leurs grands-parents ont surtout occupé les métiers de la construction et du service, la nouvelle génération est composée d’architectes, d’ingénieurs ou de banquiers. La majorité est jeune – 60% sont âgés entre 20 et 39 ans, 19% entre 40 et 59 ans – et possède un diplôme universitaire. Leur but? Faire une carrière dans un pays qui présente des perspectives que l’Italie est aujourd’hui bien en peine d’offrir.

Giangi Cretti, directeur de la communication de la Chambre de commerce italienne en Suisse, parle de cervelli in fuga dans l’hebdomadaire alémanique. «La presse italienne thématise effectivement le phénomène comme une fuite de cerveaux, commente Gianni D’Amato. Ces universitaires, formés par le système éducatif italien, sont obligés de partir de leur pays soit pour faire un post-doc, soit pour trouver du travail.» Le chercheur précise que le phénomène ne s’observe pas uniquement en Suisse. «La Suisse est la 3e destination des Italiens, après l’Allemagne et la Grande-Bretagne, Londres en particulier.»

«En Italie, il n’y a pas de travail»

Arrivé en Suisse en 2007, Francesco Arese Visconti confirme. «Il y a des différences entre les générations d’immigrés italiens. Mais ils ont tous en commun la recherche du travail. L’Italie connaît une situation de crise économique, culturelle et politique incroyable qui touche toutes les générations. Il n’y a simplement pas de travail.» Selon Francesco Arese Visconti, si la vague qui arrive depuis quelques années présente effectivement un profil socioculturel plus élevé, l’exode s’étend aujourd’hui aux autres couches sociales. «Désormais, le pizzaiolo vient lui aussi tenter sa chance.»

A son arrivée à Genève, Francesco Arese Visconti a lui-même peiné à trouver un emploi à temps plein. Aujourd’hui, il est chercheur à la Webster University de Genève et photographe. L’an passé, il a lancé GENUS, un projet qui s’est donné pour ambition de tirer le portrait, via des photographies et des témoignages, de l’immigration italienne en Suisse. Le résultat a été présenté à l’Expo Milan 2015. Mais le phénomène intéresse tant qu’il poursuit son étude via un doctorat. «Mon but est de réaliser une étude anthropologique sur quatre générations d’immigrés italiens», souligne ce Florentin de 45 ans.

Les témoignages qu’il a déjà récoltés confirment sa propre expérience en Suisse romande: les Italiens se sentent bien chez nous. «A part le Tessin, où la situation du marché de l’emploi est tendue, nous sommes plus ou moins à la maison en Suisse», sourit Francesco Arese Visconti. Il faut dire qu’à Genève les Italiens représentent presque 15% de la population. La communauté possède même sa propre émission hebdomadaire sur Radio Cité, diffusée intégralement en italien.

L’œuvre des premiers arrivés

«La première génération d’immigrés a accompli un énorme travail d’intégration, notamment en créant une quantité d’associations italiennes», raconte Francesco Arese Visconti. Celles-ci remplissent non seulement une fonction de préservation des racines culturelles de la communauté, nécessaires au bien-être des exilés italiens, mais servent également à créer des liens avec la population indigène. Pourtant, même si les nouveaux arrivés se tournent toujours vers la communauté, ils participent de moins en moins. «Ils sont devenus plus individualistes, observe le chercheur. Cela tient du fait qu’ils viennent désormais de l’ensemble de l’Italie. Avant, ils venaient tous de la même région. Ils partaient à 60, 80 du même village et restaient ensemble. Cela ne fonctionne plus comme ça aujourd’hui.» Francesco Arese Visconti y voit aussi la preuve d’une bonne intégration. «Je n’ai jamais rencontré de jeune qui avait honte de parler italien dans la rue, comme ça a pu arriver pour la première génération. C’est une belle réussite pour la Suisse.»

L’augmentation de l’immigration italienne ne risque-t-elle pas de mettre fin à cette belle idylle? Le ressenti des Tessinois ne risque-t-il pas de s’étendre à l’ensemble de la Suisse? Gianni D’Amato refuse de glisser dans le pessimisme, mais il prévient: nul ne sait de quoi demain sera fait. «Les Italiens n’ont pas toujours été bien accueillis. Dans les années 50 ils étaient très mal perçus, dans les années 70 on faisait la distinction entre Italiens du Nord et du Sud, puis dès les années 80 leur séjour est devenu plus agréable. On ne peut pas exclure un retour à des sentiments négatifs de la part de la population indigène. L’évolution de la situation sera dépendante de celle en Italie. Et cela ne se fera pas l’an prochain.» (24 heures)

Créé: 17.05.2016, 06h58

La communauté allemande fait le chemin dans l’autre sens

Alors que toujours plus d’Italiens et de Français s’installent sur nos terres, les Allemands rentrent chez eux. Rien que l’année passée, 15'000 d’entre eux ont quitté la Suisse. L’Allemagne se porte mieux, son taux de chômage diminue. A tel point que l’Etat de Bavière a lancé, il y a quatre ans, une opération séduction pour faire revenir ses ressortissants au pays, ou du moins ses professionnels hautement qualifiés. Depuis 2012, l’initiative «Retour à la Bavière» met à disposition des travailleurs immigrés un bureau spécialisé qui œuvre à rendre leur retour le plus agréable possible: informations, démarches administratives facilitées, mais aussi ateliers sur l’évolution de carrière et coaching individuel.

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Des dizaines d'automobilistes ont été bloqués dans le Chablais, pendant plusieurs heures pour certains. La situation était également chaotique sur les routes secondaires parsemées de congères.
(Image: Bénédicte) Plus...