«J’ai la force et le courage pour me lancer à nouveau»

Succession Schneider-Ammann Karin Keller-Sutter met fin au suspens depuis son fief de Wil (SG). La grande favorite du PLR se lance dans la course au Conseil fédéral.

Karin Keller-Sutter se lance dans la course au Conseil fédéral.

Karin Keller-Sutter se lance dans la course au Conseil fédéral. Image: Keystone

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Il y a un petit coté Hollywood à la scène, bien qu’on soit dans une bourgade saint-galloise. Imaginez: une cinquantaine de journalistes patientent dans la salle des congrès de Wil. Quand Karin Keller-Sutter fait son apparition, photographes et cameramen se jettent sur elle. Elle rayonne. À cet instant son sourire ne laisse plus planer le moindre doute: elle est en lice pour succéder à Johann Schneider-Ammann.

«Après avoir consulté mon mari, ma famille, mes amis et mes amis politiques, j’ai décidé de me mettre à la disposition de mon parti pour une candidature», déclare Karin Keller-Sutter. La réflexion a été longuement mûrie; elle est tombée ce week-end.

L’actuelle présidente du Conseil des États est citée depuis si longtemps comme favorite que l’on sent un soulagement dans sa voix. «Ce serait un honneur et une joie de représenter mon canton et la Suisse orientale au Conseil fédéral. J’ai un grand respect pour cette fonction et je sais qu’elle est astreignante tant physiquement que psychologiquement. Mais je ressens une responsabilité à donner quelque chose en retour à mon pays.»

La dame de fer a changé

Âgée de 54 ans, Karin Keller-Sutter siège à la Chambre des cantons depuis sept ans. Auparavant, elle avait été ministre saint-galloise de la Sécurité de 2000 à 2012. C’est à ce titre qu'elle avait déjà fait acte de candidature une première fois au Conseil fédéral en 2010. Alors qu’elle aurait pu briser la malédiction des femmes PLR, qui n’ont plus eu de représentantes au gouvernement depuis la démission forcée d’Elisabeth Kopp, elle se fait doubler par Johann Schneider-Ammann. La gauche n’avait pas voulu de celle que l’on considérait alors comme une «Blocher en jupon».

Mais la dame de fer a changé. Elle dit avoir énormément appris durant ces sept dernières années. «Au Conseil des États, j’ai montré ma capacité à tisser des compromis. Je me vois comme une bâtisseuse de ponts.» Elle change aussi de registre en intégrant la puissante commission de l’économie, ainsi que celles des assurances sociales et de la politique extérieure. Elle renforce encore sa stature au niveau national en devenant la présidente de la Chambre des cantons.

Karin Keller-Sutter a même cette déclaration étonnante de franchise. «Aujourd’hui, si je regarde la situation d’en haut, j’aurais conseillé à la Karin de 2010 de ne pas se lancer. Non pas que je regrette de l’avoir fait, mais je ne me rendais pas compte de l’importance d’être à Berne pour une telle élection.»

Cette fois, la sénatrice saint-galloise a acquis ce qui lui manquait: un réseau. «Mon profil est plus complet, et j’ai davantage confiance. J’ai parlé et demandé conseil à plusieurs collègues, notamment du Conseil des États, et de tous les partis. Ce sentiment d’être portée m’a donné la force et le courage de me lancer à nouveau dans l’aventure.» Et de glisser avec un clin d’œil: «Si tant est qu’on peut croire la parole des politiciens lors d’une élection au Conseil fédéral.»

Durant ce discours très formel, Karin Keller-Sutter se fait tout à coup très personnelle. Malgré son parcours de surdouée politique, elle confie que la vie n’a pas toujours été linéaire. «Je n’ai pas eu la chance d’avoir des enfants et j’ai trébuché dans la course au Conseil fédéral.» Elle évoque ainsi ouvertement ses fausses couches. «Si j’avais eu des enfants, ma vie aurait été différente. Ce sont des moments qui marquent une vie. J’ai surmonté ces échecs, et suis prête à ouvrir un nouveau chapitre.»

Un moment de sincérité, au milieu de déclarations bien rodées. Pour ce lancement de campagne, Karin Keller-Sutter s’était entourée du président du PLR saint-gallois, Raphael Frei, et des deux conseillers nationaux de son canton – Walter Müller et Marcel Dobler – qui ont dit ce qu’il fallait afin de mieux profiler encore la candidate, mais aussi pour corriger certaines critiques que l’on entend parfois à son sujet. Comme une réponse à ceux qui la trouvent froide, Raphael Frei a souligné sa fierté d’avoir une candidate «aussi bien profilée et pleine d’humour».

Walter Muller rappelle qu’après le Tessin et l’élection d’Ignazio Cassis, il est temps qu’un conseiller fédéral apporte le pragmatisme de la Suisse orientale. Marcel Dobler ajoute qu’avec le départ de Johann Schneider-Ammann, les représentants de l’économie sont rares à Berne, et que le bon réseau de Karin Keller-Sutter dans ce domaine est un plus évident. Cette fille de restaurateur préside en effet la faîtière du commerce de détail et est membre du comité de l’Union patronale suisse.

Une candidature unique?

Dans les autres partis aussi, les réactions restent à ce stade majoritairement positives. «C’est une bonne chose qu’elle ait le courage de se lancer, se réjouit le conseiller aux États Hannes Germann (UDC/SH). Pour moi, elle est nettement la meilleure des candidatures possibles.» La sénatrice Géraldine Savary (PS/VD) parle d’une annonce attendue, mais pas seulement. «Cette candidature solide s’impose, même si pour nous à gauche, elle reste une femme très à droite et proche de l’économie. Mais il est possible de discuter avec elle.»

Une femme très à droite? À l’UDC, on reproche parfois l’inverse à Karin Keller-Sutter. Elle se serait rapprochée de la gauche depuis 2010. Hannes Germann balaie ce reproche: «À Berne, elle représente son canton avec le socialiste Paul Rechsteiner. Elle se doit de bien collaborer avec lui. Mais à la fin, c’est une politicienne bourgeoise: que veut-on de plus?»

La route de Karin Keller-Sutter vers le Conseil fédéral semble à ce point balisée que l’opportunité d’une candidature unique fait débat. «Peut-être que le PLR pourrait se le permettre», estime à titre personnel Géraldine Savary. La Vaudoise explique son raisonnement: «Cela montrerait aussi le sérieux de l’exercice plutôt que de chercher à tout prix d’autres noms et de faire une tournée un peu artificielle à travers le pays. Une élection au Conseil fédéral n’est pas un jeu!»

Pour ce parlementaire du camp bourgeois au contraire, les dés ne sont pas encore jetés. «Karin Keller-Sutter est totalement surestimée, juge-t-il. Mais à la fin, il y a 246 élus fédéraux qui votent. Il ne lui suffit pas d’être la chouchou des médias pour être élue. Des personnes qui la soutiennent aujourd’hui ne le feront pas dans le secret du vote.»

Créé: 09.10.2018, 21h32

Au PLR, le bal des prétendants peut commencer

La décision de Karin Keller-Sutter a le mérite de clarifier la donne dans cette course au Conseil fédéral.

Mais qui prendra le risque d’accompagner la grandissime favorite? En tout cas pas le sénateur Joseph Dittli (UR). Pressenti pour le poste, il renonce à se porter candidat. «La constellation parle en faveur d’une femme et Karin Keller-Sutter a toutes les qualités requises pour la fonction.»

Quatre autres papables sont toujours en phase de réflexion. Le concurrent le plus sérieux de la Saint-Galloise, le conseiller aux États Martin Schmid (GR), n’a pas encore arrêté sa décision, mais «la communiquera dans le délai imparti».

Son collègue Hans Wicki (NW) est plus précis: «J’informerai cette semaine encore.» Le conseiller national Hans-Peter Portmann (ZH) répond pour sa part «que la porte est toujours ouverte», mais il veut voir si son éventuelle candidature est compatible avec la stratégie du parti.

Quant à la conseillère nationale Regine Sauter (ZH), elle n’a pas non plus tranché la question. «Il me reste du temps pour répondre, je ne veux pas me presser.»

Les choses se décanteront d’elles-mêmes d’ici au 24 octobre, date limite pour faire l’annonce de candidature. Ceux qui seront alors en course participeront à une tournée dans plusieurs cantons.

Le 9 novembre, le comité directeur du PLR fera ses recommandations à l’intention du groupe parlementaire, qui détient le dernier mot. Retiendra-t-il un ticket uniquement féminin? Y aura-t-il un, deux voire trois noms? La réponse tombera le 16 novembre à l’issue de l’audition des candidats d’ores et déjà prévue à Berne. L’Assemblée fédérale élira le remplaçant de Johann Schneider-Ammann au gouvernement le 5 décembre. Ce jour-là, elle choisira aussi le successeur de la conseillère fédérale PDC Doris Leuthard. Le Parti démocrate-chrétien a fixé de son côté au 25 octobre le délai d’annonce des candidatures.

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