«J’ai mis le bien-être des vaches dans la conscience des gens»

Vaches à cornesMalgré la défaite, Armin Capaul triomphe. Parti de rien, ce paysan a convaincu près d’un citoyen sur deux de voter oui à son initiative.

Armin Capaul, paysan grison devenu en quelques mois une «star» mondial, n’a pas l’intention d’abandonner son combat.

Armin Capaul, paysan grison devenu en quelques mois une «star» mondial, n’a pas l’intention d’abandonner son combat. Image: Keystone

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Il a perdu, mais il sourit. Affublé de son indécrottable bonnet et vêtu d’un de ces pulls en laine dont lui seul a le secret, Armin Capaul est l’homme sans qui la votation sur les vaches à cornes n’aurait jamais vu le jour. «J’ai juste fait mon devoir», explique ce paysan de montagne grison établi dans le Jura bernois. Malgré la défaite – son initiative a été rejetée par 54,7% des voix –, il estime avoir beaucoup gagné dans l’aventure. «J’ai réussi à mettre le bien-être des vaches dans la conscience des gens. Ici en Suisse, mais aussi un peu partout dans le monde.»

Le combat d’Armin Capaul pour sauver les cornes des vaches – en versant des subventions aux paysans qui les conservent – est devenu en quelques mois une véritable attraction. «Cent huitante-neuf journalistes sont venus dans ma ferme située à Perrefitte», raconte-t-il, un brin de fierté dans la voix. Parmi eux, beaucoup de médias suisses, mais aussi certains venus de l’étranger. «La semaine passée, c’était un journaliste suédois. Avant lui, j’ai eu la visite d’un Brésilien, et ce matin encore je répondais à un mail envoyé depuis le Kenya.» Même CNN a parlé de lui. Deux chiffres pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène: 5000 articles ont été publiés au sujet de cette votation, dont une vidéo de la «NZZ» vue plus d’un million de fois sur Facebook.

À grand renfort de cloches

À l’Hôtel de la Gare, à Moutier, où des dizaines de partisans de l’initiative s’étaient donné rendez-vous, règne une ambiance festive. Et pourtant les résultats négatifs s’enchaînent. Les rejets les plus massifs viennent des cantons ruraux: Fribourg (66,2%), Appenzell (66%), le Jura (65,2%). Le non est aussi fort en terre vaudoise, avec 58,8%. Seuls six cantons acceptent le texte, dont Genève et Bâle-Ville, les champions du oui avec 59,8% et 56,8%. «Les gens des villes ont voté avec le cœur, analyse Armin Capaul. Ceux des campagnes avec le porte-monnaie. Les paysans ont eu peur qu’on leur prenne des subventions. Surtout les gros exploitants, qui ne veulent pas partager.»

«Quand je voyais une vache sans cornes, ça me mettait mal à l’aise. Mais je balayais cette idée de ma tête. Je lui suis reconnaissante d’avoir lancé cette initiative. Ce qu’il a fait est incroyable.»

Reste que ce score serré est plus que respectable pour des initiants apolitiques. Du coup, chaque canton qui s’affiche en vert sur le tableau des résultats est ovationné à grand renfort de cloches. «Rien ne sera plus comme avant, s’enthousiasme Edith, venue de Zurich. Le thème est désormais inscrit à l’agenda politique. Ceux qui fermaient les yeux ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas. C’est ça notre victoire.» Elle-même ne connaissait pas Armin Capaul, mais s’est rapidement retrouvée embarquée dans la campagne. «Quand je voyais une vache sans cornes, ça me mettait mal à l’aise. Mais je balayais cette idée de ma tête. Je lui suis reconnaissante d’avoir lancé cette initiative. Ce qu’il a fait est incroyable.»

Son combat n’aurait pas été possible sans sa femme, Claudia, à ses côtés depuis le début. «Quand nous allions à l’alpage dans les années 1980 et qu’Armin voyait des vaches sans cornes, ça lui faisait mal. Il y a neuf ans, lorsqu’il a appris que seuls 10% avaient encore des cornes, il s’est décidé à agir.» Un véritable parcours du combattant jusqu’à la votation de dimanche. Armin Capaul n’a pas pour autant la prétention d’être un exemple pour la démocratie. «Je n’ai jamais voulu en arriver là. J’ai tenté de faire passer mes idées autrement. Mais je me suis heurté au refus du Conseil fédéral et du parlement. On m’a dit que je n’avais qu’à lancer une initiative. C’est ce que j’ai fait.»

Subventions agricoles

Malgré ce nouveau revers, Armin Capaul n’a pas l’intention de baisser les bras. «Aujourd’hui, les vaches ont perdu. Pas nous. Si on enlève ceux qui ont dit non parce qu’ils estimaient que cette question n’avait pas sa place dans la Constitution, alors il existe une majorité prête à nous soutenir. Nous allons nous battre. Les vaches ont le droit de garder leurs cornes.»

«Si on enlève ceux qui ont dit non parce qu’ils estimaient que cette question n’avait pas sa place dans la Constitution, alors il existe une majorité prête à nous soutenir.»

Claudia regarde son mari de loin. Est-elle fière de lui? «Je suis surtout fière que son combat soit allé aussi loin. Nous avons relevé tant de défis, ne serait-ce que pour récolter les 100'000 signatures. Avec ce petit non, ce serait incompréhensible que le Conseil fédéral – ou le parlement – n’intègre pas cette question dans les prochaines subventions agricoles.»

Alors qu’il commentait les résultats du jour, le conseiller fédéral chargé du dossier, Johann Schneider-Ammann, n’a rien promis, mais à l’égard du combat d’Armin Capaul il a tout de même lancé: «Chapeau!»

Créé: 25.11.2018, 21h52

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C’est le nombre de cantons à avoir dit oui à l’initiative (GE, BS, BL, SH, GL et TI).

58,8%


Le canton de Vaud a largement rejeté le texte.

59,8%


Le canton de Genève a largement accepté le texte.

L’initiative vue du Japon

Pourquoi avez-vous décidé de parler de cette votation à vos lecteurs?
Parce qu’il s’agit d’une histoire fascinante. C’est très intéressant de voir comment une telle votation a pu voir le jour dans votre pays. Au Japon, nous ne connaissons pas ce type de démocratie, où un seul homme peut faire voter tout un pays sur ce qu’il considère comme un problème, à savoir le maintien des cornes aux vaches.

Le fait qu’on parle de vaches a-t-il été déterminant?

Bien sûr, le thème est vraiment très spécial. La vache, c’est un symbole de la Suisse. Mais c’est aussi le fonctionnement de votre système politique qui m’a beaucoup intéressé.

Vos articles ont-ils fait réagir?

Nos lecteurs se sont montrés très intéressés. Il y a eu de nombreux commentaires. Au Japon aussi on enlève les cornes aux vaches. Mais cela ne fait pas vraiment polémique. C’est aussi cela qui interpelle avec cette initiative: pourquoi et comment autant de gens en Suisse ont pu se sentir concernés par une question qui peut sembler anecdotique.

Le résultat vous surprend-il?

Oui, je n’aurais jamais pensé que ce serait si serré. Ça signifie que M. Capaul a réussi à convaincre près de la moitié de la population avec ses préoccupations. C’est d’autant plus incroyable qu’il a réussi à le faire avec son propre agenda.

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