«Le jeûne ne peut pas affecter le travail diplomatique»

Genève internationaleLe représentant de Doha auprès de l’ONU dénonce les clichés qui circulent sur l'islam et appelle à renforcer le dialogue au sein du Conseil des droits de l’homme.

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Non, ce n’est pas parce que c’est le mois du Ramadan que les diplomates arabes arrêtent de travailler. Dans une interview accordée à la Tribune de Genève le représentant du Qatar auprès de l’ONU, Faisal bin Abdullah Al-Henzab, rejette tous les clichés qui peuvent circuler sur l'islam. Durant les quatre prochains mois, son pays, va présider le groupe des pays arabes au Conseil des droits de l’homme, une occasion qu’a voulu saisir ce jeune diplomate pour défendre une certaine idée du dialogue et appeler à «la compréhension mutuelle».

Votre pays vient de prendre la présidence du groupe des pays arabes au Conseil des droits de l’homme. Ce Conseil vient de fêter ses dix ans. Quel bilan tirez-vous de ces dix années passées?

Depuis sa création, le Conseil a fait des efforts fructueux pour remplir son mandat, mais l’émergence de nouvelles formes de défis, tels que l’augmentation de la fréquence des conflits armés, les actes de terrorisme, l’extrémisme, la violence et les discriminations qui en découlent représentent un défi sans précédent. Pour réussir, il doit éviter la politisation et les doubles standards. Son rôle doit consister à aider les pays membres par l’élaboration de programmes d’assistance technique sur la base de la volonté des Etats et de leurs priorités.

Y a-t-il des sujets que vous comptez mettre en avant au cours de votre mandat?

Il y a un certain nombre de thèmes qui constituent une priorité pour notre pays comme la prévention de l’intolérance, la discrimination et la diffamation des religions et de leurs adeptes, la promotion du dialogue et la coexistence pacifique mais aussi d’autres thèmes comme l’éducation, la santé et le développement durable. Evidemment, en parallèle, nous continuerons à insister sur la nécessité de maintenir le point 7 sur la situation des droits de l’homme dans les territoires arabes occupés à l’ordre du jour du Conseil. Il s’agit de défendre le droit du peuple palestinien à rétablir son Etat indépendant et à mettre fin à l’occupation israélienne. Et nous continuerons à faire en sorte que les crimes commis par Israël contre le peuple palestinien soient poursuivis et punis. Aussi, nous allons continuer à accorder notre attention aux aspirations légitimes du peuple syrien dans cette épreuve de plus de cinq ans et condamner activement les violations des droits de l’homme en Syrie. En outre, nous allons continuer à travailler avec les pays aux vues similaires afin de renforcer le rôle du Conseil des droits de l’homme pour qui ‘il puisse remplir son mandat consistant à promouvoir le respect universel des droits de l’homme de manière plus efficace, objective, transparente et intègre.

Pensez-vous qu’il faut rouvrir le débat sur le blasphème et la diffamation des religions?

Ce sujet est discuté chaque année au sein du Conseil. La controverse porte principalement sur la relation entre liberté de religion et de croyance et la liberté d’opinion et d’expression. Certains pensent que la liberté d’opinion et d’expression ne peut pas être restreinte au nom de la protection des religions et de leurs adeptes. Nous pensons le contraire. Ces deux droits peuvent se renforcer mutuellement s’ils sont pratiqués positivement. En 2011, le Conseil a adopté une résolution sur la «lutte contre l’intolérance, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation, la discrimination, l’incitation à la violence et la violence visant certaines personnes en raison de leur religion ou de leurs convictions». Cela a été un progrès. Grâce au Processus d’Istanbul, cette résolution est l’une des rares qui a un mécanisme de mise en œuvre et de suivi. La relation entre la liberté de religion ou de conviction et la liberté d’opinion et d’expression doit être traitée par le dialogue et la compréhension mutuelle. Nous devons privilégier un échange de point de vue libre et objectif, éloignée de toute vision étroite ou superficielle.

Quel rôle peut jouer le Conseil des droits de l’homme dans la crise syrienne?

La crise syrienne, c’est la crise du siècle après l’occupation israélienne. Plus de 300 000 personnes ont trouvé la mort et plus de 11 millions ont été déplacées jusqu’à présent. Pour la plupart, ce sont des femmes, des enfants et des personnes âgées. Le régime syrien a fait usage d’une force excessive contre son propre peuple. Il a employé des armes et des méthodes de guerre incompatibles avec les règles du droit international humanitaire. Malheureusement, à ce jour aucune solution n’est en vue pour ramener la paix. Le Conseil a établi une «Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie» en août 2011. Il examine les rapports périodiques présentés par ce comité. Mon pays insiste pour que, sur leur base, les auteurs de ces crimes soient traduits devant la justice.

On oppose souvent l’Occident au Monde musulman notamment sur la question des valeurs universelles comme celle des droits de l’homme. Que vous inspire ce débat?

Les droits de l’homme et toutes les valeurs humaines de tolérance sont tirés des enseignements des religions divines. La codification des conventions modernes sur les droits de l’homme ne remonte pas à plus d’un siècle. Les origines des religions divines, elles, remontent à plusieurs milliers d’années. Et à ce jour, la référence religieuse constitue pour de nombreux pays la principale référence dans la promulgation des lois et la détermination de leurs obligations internationales. Nous pensons que les normes actuelles des droits de l’homme sont une partie intégrante de l’enseignement de la religion islamique. Elles ne se contredisent pas. Il y a, en revanche, une différence d’interprétation et une pratique qui diffère. Le Prophète Muhammad, que la paix et le salut soient sur lui, a également appelé à l’inviolabilité du sang, de l’honneur et des propriétés. Il a défendu la non-violence et a exhorté à l’interdépendance entre les personnes, a appelé à accorder une attention aux plus démunis et à protéger leurs droits et s’est intéressé à la liberté d’expression et d’opinion. En ce qui concerne la différence entre le monde islamique et l’Occident, le concept lui-même est sujet à discussion. S’agit-il d’une différence culturelle, politique, idéologique ou religieuse? Au Qatar, nous accordons une grande importance au dialogue des civilisations, des cultures et des religions pour bannir les stéréotypes. A cet effet, nous avons créé «le Centre international de Doha pour le dialogue interreligieux».

Le mois du Ramadan vient de démarrer. Quand on est le représentant d’un pays musulman, qu’est-ce que la pratique du Ramadan change dans l’exercice quotidien de ses responsabilités?

L’islam est une religion de travail, de production et de vigueur. Notre religion nous incite à la maîtrise du travail et à sa perfection. Que ce soit pendant le mois du Ramadan ou pas. Le mois du Ramadan incite plutôt à élever la motivation, à apprendre la patience, l’obéissance à Dieu et à se rapprocher de Dieu. Le vrai culte pendant cette période ne se limite pas à l’accomplissement de rites religieux. Il nous pousse aussi à œuvrer au profit du peuple et de la société. Le jeûne ne peut pas affecter le travail diplomatique qui constitue une occasion qui peut former un pont pour échanger des connaissances et voir de près les différentes affiliations religieuses et culturelles d’autres diplomates.

Créé: 12.06.2016, 14h42

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