Les jeunes élus font face au défi de la reconversion

TémoignageTrentenaires ou quadras, ils ont été élus très tôt à Berne. Comment voient-ils leur futur retour à la vie professionnelle?

A 40 ans, Pascale Bruderer (PS/AG) va quitter la politique pour se reconvertir professionnellement.

A 40 ans, Pascale Bruderer (PS/AG) va quitter la politique pour se reconvertir professionnellement. Image: Keystone

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Servir et disparaître. Longtemps, cette devise fut celle des parlementaires fédéraux qui débarquaient sous la Coupole avec une vie professionnelle ou politique déjà bien remplie. Depuis une vingtaine d’années, le parlement a toutefois pris un coup de jeune. Pour ceux qui ont débarqué dans la Berne fédérale à 20 ou 30 ans, une question se pose: après avoir servi, comment pourrai-je rebondir?

Cette réalité, Pascale Bruderer l’a rappelée jeudi soir. À 40 ans, la sénatrice socialiste a pris tout le monde de court en annonçant son retrait de la politique. Celle qui a permis à la gauche argovienne un retour historique au Conseil des États ne briguera pas un nouveau mandat en 2019. Étonnant pour celle que d’aucuns imaginaient succéder à Simonetta Sommaruga au Conseil fédéral. Élue au Conseil national à 24 ans, elle fut aussi la plus jeune présidente du parlement de l’histoire. Si elle tourne le dos à la politique, c’est pour donner une nouvelle orientation à sa carrière. Entre les lignes, on devine: avant qu’il ne soit trop tard.

Les places sont rares

Se reconvertir après son passage sous la Coupole, voilà qui n’est pas évident. Avant qu’il n’accède au Conseil d’État valaisan, Christophe Darbellay (PDC) avait reconnu qu’il était difficile pour cette génération de jeunes politiciens de s’imaginer un avenir après son mandat à Berne. Le temps leur a manqué pour se forger un parcours professionnel. Quant aux places politiques, elles sont chères, et se résument au Conseil des États, ou plus souvent à un siège dans un Exécutif cantonal ou communal.

Plusieurs conseillers nationaux ont d’ailleurs suivi cette voie. Élu à 30 ans, Antonio Hodgers (Verts) a bifurqué six ans plus tard au Conseil d’État genevois. Mais il y a aussi Laurent Favre (PLR) à Neuchâtel. Après avoir poussé les portes du Palais fédéral à 25 ans, Evi Allemann (PS) tentera de pousser celles du gouvernement bernois ce printemps.

Par contre, on ne sait toujours pas ce que deviendra le Saint-Gallois Toni Brunner (44 ans), qui fut président de l’UDC et qui aura bientôt 25 ans de carrière à Berne. La même question se pose pour Christian Levrat (47 ans), qui pourrait quitter la tête du PS en 2019, et qui a décliné la course au Conseil d’État fribourgeois.

Dans ce parlement de milice qui est souvent occupé par des politiciens professionnels, plusieurs trentenaires et quadras s’interrogent sur la suite. Quatre élus racontent leur expérience.


Natalie Rickli, 41 ans

Arrivée en 2007 sous la Coupole, la Zurichoise n’avait alors que 30 ans. Quatre ans plus tard, l’UDC était la parlementaire la mieux élue du pays. À 41 ans, elle n’a pas l’intention de raccrocher. «J’ai encore le virus de la politique, mais il est possible que je me dise un jour que ça suffit. L’avenir ne me fait pas peur, car j’ai toujours travaillé à côté de mon mandat. J’ai été employée durant dix ans chez Goldbach Group avant de me mettre à mon propre compte, comme indépendante. Si vous êtes un politicien de milice, vous avez la possibilité de rebondir dans le monde du travail. C’est d’ailleurs la force de notre parlement, et c’est ce qui me gêne aussi dans l’évolution de la situation actuelle. Le parlement est de plus en plus composé de politiciens professionnels. Ils ont sans doute plus de temps que moi à consacrer à leur mandat, mais je peux m’imaginer qu’il sera plus difficile pour eux de se reconvertir. Certains aimeraient faire reconnaître leur travail de parlementaire comme expérience professionnelle, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Pour moi, mon mandat politique n’est pas un travail, je le considère plutôt comme un honneur.»


Mathias Reynard, 30 ans

À la différence de nombreux autres jeunes élus socialistes, le Valaisan est un des rares «vrais» miliciens de son parti. «Poursuivre mon métier d’enseignant, c’était essentiel pour moi. Pour deux raisons. Tout d’abord, cela permet de garder les pieds sur terre. Quand vous passez d’un discours au parlement à une classe d’adolescents de 15 ans, vous revenez très vite à la réalité. Et c’est très bien! Ayant été élu à 24 ans, je sais aussi que je ne ferai pas une éternité à Berne, et j’imagine que j’aurai une vie diversifiée. Enseigner me permet donc d’assurer la suite. Il y a un élément que les gens ne savent pas, c’est que nous n’avons pas de retraite comme conseillers nationaux. Je suis content d’avoir réussi à boucler mes études, alors que je siégeais déjà au Conseil national. Certains de mes collègues hésitent. Selon moi, c’est une erreur. Il ne faut pas tout miser sur la politique. Sinon, c’est le risque de vouloir s’accrocher à son siège pour des raisons financières. Je peux comprendre qu’il y ait une lassitude liée à la fonction, mais toute ma vie je pense que je poursuivrai mes idéaux et que je voudrai donner de mon temps pour la collectivité. Je me vois très bien plus tard œuvrer dans le monde associatif.»


Adèle Thorens, 46 ans

Avec Antonio Hodgers (GE) et Bastien Girod (ZH), la Vaudoise faisait partie de cette nouvelle génération de jeunes Verts élus au Conseil national en 2007. Elle fut quelques années plus tard coprésidente du parti. «C’est sain de ne pas faire toute sa vie au parlement. Pour soi, car c’est un engagement intense, éprouvant, pour lequel il faut pouvoir tout donner. Mais c’est sain aussi pour les institutions et la démocratie; cela permet un renouvellement. Le rajeunissement du parlement pose effectivement un nouveau défi en matière de réinsertion professionnelle. Avec un taux d’activité moyen de plus de 80% selon une récente étude, difficile de garder un travail à côté du parlement, surtout si on a encore des responsabilités familiales: le parlement de milice est un mythe. Lorsque j’ai été élue, j’ai rapidement dû renoncer à ma carrière tant professionnelle qu’académique. Le futur, j’y pense bien sûr. À l’image des sportifs professionnels, vous devez anticiper la suite, alors que vous êtes encore en compétition, tout en sachant qu’un politicien est une personne publique, au profil parfois atypique. Si l’on se prépare mal, il peut être délicat de se reconvertir.»


Christian Wasserfallen, 36 ans

Étoile montant du PLR, le Bernois siège depuis 2007 au Conseil national. L’an passé, il était toutefois éjecté de la course au gouvernement cantonal. Il compte désormais sur ses réseaux politiques pour construire son avenir professionnel. «Je comprends Pascale Bruderer. Après vingt ans de politique, c’est normal de penser à une reconversion. En Suisse, le parlement n’a pas été pensé pour les jeunes, mais pour des politiciens qui ont déjà eu une carrière derrière eux. Les élus siègent dans des organisations ou des conseils d’administration. J’ai toujours voulu garder un pied dans l’économie privée. Ce n’est pas évident, surtout quand vous êtes élu juste après avoir terminé vos études. On vous reproche de ne pas avoir d’expérience. Mais je voulais assurer mes arrières, si je n’étais pas réélu. J’ai finalement réussi à trouver des mandats, par exemple dans mon domaine: l’ingénierie des machines. Lorsque j’ai renoncé à me présenter à la présidence du PLR suisse, d’aucuns ont dit que je préférais attendre le gouvernement bernois. C’est faux, mon premier argument était un choix de vie. Si vous acceptez un tel poste, vous devenez un politicien professionnel. Je ne voulais pas suivre cette voie aussi jeune.» (24 heures)

Créé: 27.01.2018, 09h04

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