Non, les jeunes de Nidwald ne détestent pas le français

Débat sur les languesUn élève nidwaldien a traduit une partie d’un livre romand. Le collège du canton multiplie les idées pour enseigner le français.

La classe lors de la rencontre avec Cornélia de Preux et Hendrik Rogner (au centre).

La classe lors de la rencontre avec Cornélia de Preux et Hendrik Rogner (au centre). Image: RETO MELCHIOR

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Reto Melchior ne parle à ses élèves qu’en français. «Bonjour Mesdames, bonjour Messieurs, chers amis, nous allons commencer la leçon.» La discussion s’engage sur le livre récemment étudié par la classe de maturité du Collège Saint-Fidelis, à Stans, l’Aquarium, de l’auteure lausannoise Cornélia de Preux. «J’aime les personnages et le style d’écriture», déclare Sophie Abry. «Je n’aime pas les fins ouvertes, j’ai donc eu un peu de peine avec ce livre», raconte, pour sa part, Jonas Niederberger. Tous ont entre 17 et 18 ans. Bien sûr, ils font quelques fautes, mais ils peuvent tenir une conversation pendant une heure durant. Un niveau bien loin d’être mauvais, et qui étonne! C’est en effet à cause du taux d’échec trop élevé des élèves que le gouvernement nidwaldien veut supprimer le français à l’école primaire.

Unique école gymnasiale du canton, le Collège Saint-Fidelis est très actif dans l’enseignement du français. L’année passée, l’un de ses élèves, Hendrik Rogner, s’est même donné pour mission de traduire une partie de l’Aquarium pour son travail de maturité, et il a remporté le Prix Oertli, de la fondation.ch. Son diplôme en poche, il projette désormais de traduire le roman en entier. Cette année, trois classes ont lu le livre et rencontré Cornélia de Preux, qui s’est déplacée à Stans pour leur parler de son ouvrage.

Stromae en classe

Les initiatives pour donner le goût du français ne s’arrêtent pas là. Le professeur de français Reto Melchior invite régulièrement des auteurs francophones à rencontrer ses élèves. Deux fois par an, le collège organise des voyages à Paris et à Strasbourg. «Nous faisons aussi des séjours plus courts en Suisse romande, à Genève, à Neuchâtel ou à Fribourg», détaille l’enseignant. Les élèves sont également tenus de faire des séjours linguistiques avant leur maturité. En classe, il leur a fait découvrir le chanteur belge Stromae.

Efficace? Lorsqu’on demande aux étudiants s’ils aiment la langue de Molière, des non fusent à travers les gloussements gênés. Reto Melchior leur a posé la question par écrit pour leur permettre de réfléchir sans la pression des camardes. «Je trouve important que nous l’apprenions car il s’agit d’une langue de notre pays», écrivent ainsi une dizaine d’élèves. D’autres sont un peu dégoûtés par la difficulté de la grammaire mais reconnaissent que la langue est jolie.

Manque de contact

Surtout, beaucoup regrettent le manque de contact entre les deux parties du pays. D’ailleurs, ils ont bien de la peine à dresser un portrait des Romands. «Vous êtes plus conviviaux, affirme Dominic Bergsma. Pourquoi? Je ne sais pas, c’est l’impression que j’ai. Peut-être parce que vous buvez plus, ajoute le jeune homme, sous les rires. Surtout du vin, nous, de la bière. Mais ça, c’est des clichés.» Difficile, effectivement, de s’éloigner des stéréotypes. Dans les vallées de Nidwald, la Suisse romande est bien loin. Mais les élèves ont retrouvé des repères dans le livre lausannois. «Les personnages mangent des chipolatas et lisent le livre du poisson Arc-en-ciel, fait remarquer Lukas Nick. Il y a beaucoup de références à la Suisse!» L’essence nationale se cache peut-être dans les détails.

Une décision incomprise

Cet été, le Conseil d’Etat de Nidwald a suivi une initiative de l’UDC exigeant l’enseignement d’une seule langue étrangère en primaire. Le Conseil d’Etat veut donner la priorité à l’anglais. Pour compenser, l’enseignement du français devrait être renforcé à l’école secondaire. Pour Reto Melchior, la position du Conseil d’Etat est «incompréhensible». «Renforcer le français au secondaire, c’est tout bonnement impossible. Cela devrait se faire au détriment d’une matière, mais laquelle? Les mathématiques? L’allemand? Certainement pas.»

Fait étonnant, les professeurs constatent une amélioration du niveau depuis une dizaine d’années. «Depuis l’introduction du français en primaire, l’acceptation est meilleure chez les élèves, constate Regula Elisabeth Stämpfli. Ils se sont fait l’oreille, les blocages sont moins nombreux.» Cette enseignante raconte qu’elle et ses collègues ont été consultés par le gouvernement via un formulaire Internet, sans jamais recevoir de retour. «Ce qui m’énerve le plus, c’est le fait que l’on ne tienne pas compte du fait que les exigences sont trop élevées pour un tiers des élèves seulement. Pour les deux autres tiers, elles sont même trop basses! Il y a d’autres solutions que le nivellement par le bas.»

De l'argent pour faire mieux

Les enseignants reconnaissent toutefois un certain malaise. Marianne Ammann a autant enseigné le français que l’allemand. «Il y a une perte de rigueur au niveau de l’écriture. Les élèves ne comprennent plus, que ce soit dans une langue ou dans une autre, pourquoi ils doivent écrire correctement. Or la grammaire française est très rigoureuse et ne tolère pas les écarts. Le français est donc considéré comme très difficile.» Les trois professeurs débordent cependant d’idées: prolonger les séjours linguistiques, couper les classes en deux, donner des cours moins longs mais plus réguliers… «Mais, pour cela, il faut des finances. Et personne ne veut l’entendre», regrette Reto Melchior. (24 heures)

Créé: 15.12.2014, 09h55

Les professeurs de français déplorent la décision du gouvernement nidwalien d'abolir le français en primaire

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