Les jeunes transgenres sont de plus en plus pris en compte

IntégrationBrochure pour le personnel scolaire, groupes pour les parents… La prise de conscience est générale, avec plusieurs projets

Dans le canton de Vaud, les jeunes trans* peuvent participer aux réunions de Vogay, destinées également aux homosexuels ou bisexuels.

Dans le canton de Vaud, les jeunes trans* peuvent participer aux réunions de Vogay, destinées également aux homosexuels ou bisexuels. Image: Odile Meylan

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Un garçon qui se sent au fond de lui une fille, ou l’inverse. On estime qu’environ un ado sur 100 est dans cette situation. S’ils ne tiennent pas de statistiques, les professionnels romands ont de plus en plus affaire à des enfants transgenres. Et cette question fait l’objet d’une attention croissante.

«L’augmentation que nous constatons n’est pas un effet de mode. Comme le sujet est plus souvent abordé dans notre société, les jeunes osent se dévoiler», souligne Adèle Zufferey, psychologue à la Fondation Agnodice, qui soutient les personnes à l’identité de genre atypique. Depuis un an, Agnodice concentre ses activités sur les moins de 16 ans. Le travail était devenu trop important: leurs aînés, dont la prise en charge est différente, trouvent désormais conseil auprès du Checkpoint de Profa ou de centres de santé sexuelle.

Face à ces enfants, la prise de conscience est générale. Comme l’a révélé la RTS, une brochure d’Agnodice est actuellement distribuée par les écoles vaudoises et genevoises pour expliquer au personnel comment agir si une fille se découvre garçon ou vice versa. Le but est d’expliquer, dédramatiser… Éviter, aussi, une surfocalisation. «La première chose à faire est d’écouter. Il ne s’agit pas de pousser un jeune à faire un coming out ou à entamer une transition. Mais il faut laisser la porte ouverte.» Cette brochure rappelle aussi la marche à suivre dans de telles situations. Celle-ci peut passer par une information aux parents ou à la classe, si l’élève le souhaite. Dans le canton de Vaud, une dizaine de situations ont été signalées à l’Unité de promotion de la santé et de prévention en milieu scolaire (PSPS) depuis cinq ans. Ces enfants ont pu bénéficier d’un accompagnement d’Agnodice. Une première brochure a été distribuée dans les écoles il y a deux ans, qui traitait de la diversité de genre et de l’orientation sexuelle en général (et abordait aussi les questions des gays et des lesbiennes). Avant cela, des formations ont été dispensées.

«Des gens peuvent blesser ces enfants par maladresse», souligne Olivier Duperrex, responsable de l’Unité PSPS. Le pédiatre donne un exemple. Un médiateur ou un infirmier qui demande à une élève quelle est sa vie amoureuse devrait utiliser une question du type «Et tes amours?» plutôt que «As-tu un copain?» L’élève comprendra ainsi qu’elle peut parler de diversité avec ce professionnel.

Choisir son nom
Les cycles et les collèges genevois, eux, accueillent une trentaine d’enfants trans*. Des actions à leur intention ont débuté depuis mars. «Suite à un échange avec des parents concernés, j’ai réalisé que nous mettions ces questions sous le tapis, explique Franceline Dupenloup, secrétaire adjointe au Département genevois de l’instruction publique, en charge de l’égalité. Cette ignorance entraînait des souffrances et des dysfonctionnements institutionnels.»

En plus de la brochure d’Agnodice, les autorités genevoises ont envoyé un protocole aux enseignants, les priant de repérer les situations difficiles et d’accompagner ces jeunes. Des formations ont été dispensées, notamment aux conseillers sociaux des écoles. Depuis la rentrée 2017, et sur décision de la direction des affaires juridiques, les établissements sont en outre tenus de respecter le prénom choisi par l’enfant – ce qui se faisait déjà dans le canton de Vaud.

Des enfants très jeunes
Franceline Dupenloup compte poursuivre ce travail de sensibilisation, en particulier au sein des écoles primaires. «Ces questions peuvent surgir très tôt», souligne-t-elle. Olivier Duperrex se souvient d’un garçon de 4 ans qui se sentait fille. Les choses sont-elles aussi claires dès cet âge-là? «Il y a de nombreuses réalités. Et si un garçon veut porter une robe, il ne faut pas en déduire qu’il est transgenre», répond le pédiatre. Selon la littérature scientifique, le sentiment d’appartenir à un genre apparaît dès l’âge de 2-3 ans. Et la conscience d’un éventuel décalage entre le corps et l’esprit vers 7-8 ans, ou même avant.

Les raisons de cette mobilisation? Une personne transgenre sur trois fait une tentative de suicide avant 25 ans. Une étude canadienne a montré que 68,2% de ces jeunes (de 12 à 18 ans) sont victimes de harcèlement verbal, 25% de harcèlement physique et sexuel. «Si la question est bien réglée, un enfant a toutes les chances d’avoir une vie aussi sereine que ses camarades», assure Franceline Dupenloup, en se référant à des études américaines et néerlandaises.

Les professionnels le savent, ces questions engendrent des craintes. «L’idée qu’on naît garçon ou fille est ancrée dans notre société», résume Olivier Duperrex. Pour dépasser ces peurs, et pour échanger, des groupes destinés aux parents d’enfants trans* ont justement été mis sur pied ces derniers mois. Un signe supplémentaire de la mobilisation actuelle. Parmi toutes les inquiétudes, Olivier Duperrex en réfute particulièrement une: «Parler de ce sujet ne va pas pousser des enfants qui ne le sont pas à se déclarer transgenres. Il s’agit d’une question d’identité, pas d’adhésion à un parti politique.»

Créé: 15.11.2017, 06h48

Suivi médical sur l'arc lémanique

Adèle Zufferey, de la Fondation Agnodice, se réjouit des évolutions actuelles. À ses yeux, il faudrait toutefois former davantage les pédiatres à ces questions. Et si la prise en charge médicale est assurée sur l’arc lémanique, elle espère que le reste de la Suisse romande va suivre.

Depuis deux ans, une structure multidisciplinaire du CHUV et des HUG prend en effet en charge les jeunes transgenres, en collaboration avec des pédopsychiatres de ville et du personnel scolaire. Là aussi, le nombre de consultations augmente et les patients rajeunissent.

Cette structure accueille les enfants – parfois au tout début de l’école primaire ou, plus souvent, quand ils sont jeunes adolescents – et leurs familles. Elle les informe sur la base des connaissances disponibles.

Les intervenants cherchent ensemble une stratégie pour lutter contre les souffrances, adaptée à la situation et au développement de l’enfant. Celle-ci peut inclure plusieurs spécialistes et un suivi au long cours.

Parfois, les médecins peuvent proposer de bloquer la puberté. «Cela réduit la détresse et laisse un peu de temps aux jeunes, explique Valérie Schwitzgebel, endocrinologue pédiatre aux HUG. Si les changements physiques n’ont pas lieu, une éventuelle transition sera aussi plus facile par la suite.» Une étude menée depuis dix ans à Amsterdam montre que la santé mentale de ces enfants est meilleure.
Le traitement retardant la puberté est réversible. Les hormonothérapies, qui sont en général proposées dès 16 ans, ne le sont que partiellement. Quant à d’éventuelles opérations, elles ne sont pas réalisées avant la majorité. Arnaud Merglen, pédiatre aux HUG, insiste sur le fait que la prise en charge est individualisée. «Seule une partie de nos patients sont sous traitements hormonaux. Ces enfants et leurs familles sont dans leur parcours propre, que nous accompagnons. Nous proposons une médecine centrée sur l’individu, pas uniquement un suivi médicamenteux.»

Les deux médecins genevois saluent de leur côté la sensibilisation effectuée dans les écoles: le harcèlement scolaire a un impact important sur la santé mentale future, en particulier pour les jeunes transgenres. L’autre point essentiel est la famille. «Quand les parents arrivent à soutenir leur enfant, les tentatives de suicide baissent de plus de 90%», conclut Arnaud Merglen.

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