Les Jeux olympiques n’ont plus leur place en Suisse

Sion 2026Avant le Valais, les Grisons avaient déjà dit non. Partisans et opposants demandent désormais un moratoire sur les candidatures.

Les opposants à Sion 2026 fêtent la victoire.

Les opposants à Sion 2026 fêtent la victoire. Image: Keystone/Keystone

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Les Suisses ne veulent plus entendre parler de Jeux olympiques. Les Valaisans ont dit «non», dimanche, à Sion 2026. Un rejet à hauteur de 54% qui signe l’arrêt de mort du projet. Un résultat qui fait écho à celui des votations de 2013 et de 2017 aux Grisons. Dans cet autre grand canton de sports d’hiver, les dernières candidatures ont aussi toutes mordu la poussière.

«Innsbruck en Autriche, Munich en Allemagne. Partout où la population a l’occasion de se prononcer, elle dit «non», réagit Silva Semadeni (PS/GR). Les seuls endroits où le Comité international olympique (CIO) peut encore organiser des Jeux, c’est là où il peut imposer ses règles, sans débat démocratique.» Selon elle, le vote du jour est aussi un désaveu pour le Conseil fédéral, qui a trop facilement accepté de débourser 1 milliard pour ce projet.


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La conseillère nationale passe pour la fossoyeuse des Jeux olympiques en Suisse. Après s’être engagée dans les Grisons, c’est elle qui a réussi à convaincre le Conseil national d’exiger un vote national sur Sion 2026, une façon de torpiller le projet si le Valais avait dit oui. Aujourd’hui, elle estime que la Suisse doit stopper toute candidature «pendant une génération au moins». Le temps que le CIO change vraiment. «Il doit devenir un partenaire fiable, stopper la démesure, et s’engager dans de vraies réformes. Pas juste faire des recommandations.»

Un électrochoc

Adolf Ogi, lui, a toujours soutenu avec enthousiasme les projets olympiques. Le Bernois partage toutefois ces critiques. «Le CIO doit sérieusement se remettre en question, lâche-t-il. Son image est catastrophique. Que des régions de montagne comme l’Autriche ou la Suisse ne veuillent plus de Jeux olympiques, ça devrait servir d’électrochoc.»

Pour l’ancien conseiller fédéral chargé des Sports, c’est la peur qui a gagné ce week-end. «Pour répondre aux critiques et aux inquiétudes, il aurait fallu de l’enthousiasme et une forte mobilisation.» Et de tacler les membres suisses du CIO: «Vous les avez vus? Moi pas.» Le Conseil fédéral en prend aussi pour son grade. Alors qu’il s’était engagé corps et âme pour Sion 2006, Adolf Ogi regrette la tiédeur du collège lors de la campagne. La Suisse organisera-t-elle à nouveau des Jeux olympiques? «Personne ne peut le dire. Mais une pause est nécessaire.»

Acculé, le CIO ne fait pas vraiment dans l’autocritique. Dans un communiqué laconique, il dit prendre note du rejet du Valais et regretter que «les réformes fondamentales qu’il a entreprises récemment n’aient pas été prises en considération». À peine plus prolixe, le Conseil fédéral, par la voix de son porte-parole André Simonazzi, prend note du résultat.

Au-delà du refus d’une nouvelle région de montagne, l’aventure Sion 2026 a aussi montré le scepticisme latent des milieux politiques face aux Jeux. Au parlement, le projet a été aussi bien critiqué par la gauche que par l’UDC.

Est-ce la fin du rêve olympique en Suisse? «Est-ce vraiment un rêve? rétorque Lisa Mazzone (Verts/GE). Je ne crois pas ceux qui disent qu’il s’agit d’un vote de repli. C’est plutôt une décision réfléchie. Les Suisses n’acceptent pas qu’on investisse autant d’argent pour deux semaines de compétition. D’autant plus pour des Jeux d’hiver, alors que le réchauffement climatique exige de vrais questionnements sur l’avenir du tourisme dans les Alpes.» Pour elle, les gens ont cessé de croire à un projet durable le jour où les partisans de Sion 2026 ont brûlé un bidon de fuel sur le Cervin.

Pilule amère

Pour le président de l’UDC, Albert Rösti (BE), ce vote n’est pas un refus d’organiser de grands événements. «Regardez la Fête fédérale de lutte à Estavayer (ndlr: en 2016), il y a eu un énorme enthousiasme, et tout cela grâce à des sponsors privés.» Pour lui, la population n’a pas cru aux promesses de Jeux à taille humaine. «Comment le croire alors que les JO de Sotchi ont coûté 50 milliards à la Russie. Et ceux de PyeongChang, 12 milliards à la Corée du Sud? On ne peut pas répéter qu’il manque de l’argent pour l’AVS ou pour un nouvel avion de combat et dégager 1 milliard d’un claquement de doigts.»

Du côté de ceux qui soutenaient Sion 2026, la pilule est amère. «Une majorité de la population et des politiques réfléchissent à court terme, regrette Christian Wasserfallen (BE), vice-président du PLR. Dommage, car Sion 2026 était un projet d’avenir. Ce sera aux générations futures de se demander si la Suisse doit retenter sa chance olympique. Nous avons les compétences. Nous l’avons déjà montré en organisant l’Eurofoot 2008.»

Six projets en course

La candidature suisse étant désormais retirée, la procédure se poursuit avec les six autres projets encore en lice pour l’édition 2026. Il s’agit de l’Autriche, du Canada, de l’Italie, du Japon, de la Suède et de la Turquie. Le choix de la ville hôte tombera en septembre 2019 lors de la session du CIO qui se tiendra à Milan. Le prochain rendez-vous olympique d’hiver aura lieu en 2022, à Pékin.


«Déception» de Vaud jusqu’à Berne

D’aucuns ont eu tendance à (un peu) l’oublier, mais Sion 2026 n’était pas qu’un projet valaisan. Avec des épreuves prévues à Lausanne (short track et patinage artistique), à Aigle (patinage de vitesse) à Leysin (snowboard) et aux Diablerets (biathlon), il était également vaudois. À l’origine, le Canton avait d’ailleurs son propre projet, porté par le secteur privé. Un dossier qui a ensuite fusionné avec celui de Christian Constantin sous pression du monde politique. Bernard Rüeger, un de ses principaux artisans par la suite écarté du dossier, ne cache pas sa déception. «La campagne valaisanne, qui a tout misé sur le politique en oubliant les milieux économiques et touristiques, a été terne: sans imagination, sans originalité, sans innovation. À aucun moment elle n’a proposé du rêve», dénonce l’entrepreneur, «affligé mais pas surpris».

Dans des prises de paroles

plus diplomatiques, les élus vaudois dont les localités auraient pu connaître un destin olympique affichent eux aussi une grande déception, mais insistent: «Il s’agit surtout de respecter le résultat du vote des électeurs valaisans.» «On s’attendait à cette issue, mais la déception est tout de même là. Ce projet nous aurait permis de projeter la Suisse dans le futur», soupire le conseiller d’État vaudois en charge des Sports, Philippe Leuba. Refusant de voir dans ce «niet» un non directement adressé au CIO, il préfère insister sur la poursuite des réformes antigigantisme entreprises par son président, Thomas Bach. Sans oublier les grands événements sportifs qui, eux, auront lieu en terre vaudoise. À commencer par les Jeux olympiques de la jeunesse en 2020.

Berne aussi compte parmi les victimes collatérales du vote de dimanche. Berne, Bienne et Kandersteg auraient dû accueillir des épreuves. Le village d’Adolf Ogi venait d’ailleurs de se prononcer en faveur d’un crédit de 1,2 million pour développer des installations en vue des joutes. «Cette décision perd sa validité, tout le projet s’arrête pour nous. À Berne, Sion 2026, c’est du passé. Nous sommes déçus, mais il faut accepter», indique Christoph Ammann, conseiller d’État bernois en charge de l’Économie publique. Et l’élu de clore définitivement le chapitre JO en glissant deux points qui ont pesé dans la balance selon lui: «La mauvaise réputation du CIO et le manque de temps pour expliquer le dossier en détail.» (24 heures)

Créé: 10.06.2018, 21h41

Souvenirs

1948: Saint-Moritz accueille les 5es Jeux olympiques d’hiver. La Suisse n’a plus jamais eu cet honneur depuis lors.

1999: Le 19 juin, le CIO annonce avoir choisi Turin pour les Jeux d’hiver de 2006. Torrent de larmes à Sion. KEYSTONE/PATRICK

2017: Le 12 février, les citoyens des Grisons disent non à une candidature pour les JO de 2026.

Réactions

Nicolas Bideau, Directeur de Présence Suisse



«Bon ben le puck #Sion2026 a raté le but. Dommage, mais respect pour le verdict des urnes. Et pour continuer à vivre la passion olympique, rendez-vous à @Tokyo2020 dans notre Maison suisse!»

Sergei Aschwanden Ancien judoka, directeur de la station de Villars



«Je regrette vivement ce résultat. Notre pays avait la chance de pouvoir organiser le renouveau des Jeux olympiques, c’est très dommage»

Fanny Smith, Médaillée olympique de bronze à PyeongChang



«Je suis déçue d’un point de vue sportif, mais également d’un point de vue humain. Ce projet était l’opportunité d’organiser un événement fédérateur. Humainement, ça aurait été fabuleux pour la Suisse»


Christian Levrat, Président du Parti socialiste suisse



«Ce sera non aux JO… Personne n’a démérité. Mais le modèle de financement des jeux est inique. Le comité Sion 2026 n’y peut rien. Les coûts aux collectivités publiques et les bénéfices au CIO… c’est du vol»

Mathias Reynard, Conseiller national(VS/PS)



«Après le NON clair du peuple valaisan aux JO, ma proposition au parlement: utilisons au moins 1/10 du budget (soit 100 millions) pour un soutien de la Confédération aux camps de ski des écoles. Bon pour le tourisme, le sport et les jeunes!»

Grégoire Junod, Syndic de Lausanne



«Ce projet était l’occasion de valoriser des infrastructures existantes, notamment à Lausanne, et de permettre à la Suisse de porter des Jeux enfin durables»

Laurent Wehrli, Conseiller national (PLR/VD) et syndic de Montreux



«Le démarrage de la campagne et ses couacs n’ont pas aidé. Ceux qui étaient inquiets n’ont pas été rassurés»

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