Johann Schneider-Ammann s’enlise dans le bourbier agricole

EconomieAlors qu’il tente de signer un accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud, le Ministre braque les paysans dans l’affaire Agroscope.

Johann Schneider-Ammann, ministre de l'Economie

Johann Schneider-Ammann, ministre de l'Economie Image: Keystone

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Pas facile d’être un conseiller fédéral pétri de libéralisme et de devoir gérer un secteur agricole ultraréglementé. Johann Schneider-Ammann n’a pourtant pas le choix. S’il veut parvenir à un accord de libre-échange avec le Mercosur (ndlr: une communauté économique qui regroupe plusieurs pays de l’Amérique du Sud), le ministre de l’Économie doit avoir les paysans derrière lui.

Le Bernois ne ménage pas ses efforts pour convaincre. Il s’est entretenu avec les membres des commissions de l’Économie et des Affaires étrangères pour les prévenir de l’urgence de la situation. L’Union européenne serait sur le point de signer, pas question de laisser les entreprises suisses sur le carreau. Les conséquences seraient minimes pour l’agriculture, rassure le Département de l’économie. Même l’Union suisse des paysans (USP) serait désormais prête à entrer en matière. De quoi augurer de belles avancées lors du voyage fin avril de Schneider-Ammann au Brésil, Paraguay, Uruguay et Argentine.

«Politique contradictoire»

Mais la lune de miel n’est peut-être pas aussi idyllique que cela. De nouveaux nuages pointent déjà à l’horizon. Ils prennent la forme de la réorganisation d’Agroscope, le centre fédéral de compétence pour l’agriculture. Pour répondre au programme d’économie de la Confédération, Johann Schneider-Ammann propose des coupes et veut centraliser le tout à Posieux (FR). Malgré les promesses de faire mieux avec moins, le projet passe très mal à Berne.

«On veut réduire le budget de 20%», s’étrangle Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l’USP. Il vient de déposer une intervention parlementaire. «Je veux connaître l’impact de ce démantèlement sur le fonctionnement et les prestations. Trois réformes en cinq ans, ça tue la motivation des collaborateurs.»

Cette annonce a fait l’effet d’un choc à l’USP. Peut-elle avoir une influence sur le dossier du Mercosur? «Nous ne sommes pas contre le libre-échange, tant que nos intérêts sont pris en considération, répond Jacques Bourgeois. Je veux savoir ce qu’il y a dans l’accord. Je refuse de signer un chèque en blanc.» Alors que Johann Schneider-Ammann prône le dialogue, le Fribourgeois rappelle cet épisode. «Nous avons sollicité à deux reprises un entretien avec lui. Après notre deuxième lettre, il a dit qu’il était prêt à nous rencontrer. Nos démarches ont débuté mi-décembre. Trois mois plus tard, je n’ai toujours pas reçu de date.»

Mercosur et Agroscope, pour Géraldine Savary (PS/VD), présidente de l’Association des AOP-IGP, voilà la preuve que la politique de Johann Schneider-Ammann est totalement contradictoire en matière d’agriculture. «Il prône le libre-échange et la conquête de marchés de niche avec des produits de haute qualité. Or, c’est justement ce que développe Agroscope avec ses sites attachés à différents terroirs. En concentrant toute la recherche dans un seul lieu, on perdra des chercheurs et avec eux un savoir et une innovation.» Dans une motion, elle veut pousser le Conseil fédéral à faire marche arrière. Cette nouvelle affaire donne du grain à moudre à tous ceux qui estiment que Johann Schneider-Ammann manque de sensibilité sur le dossier agricole. L’influence de son secrétaire général, le très libéral Stefan Brupbacher, est aussi pointé du doigt.

Volée de bois vert

«L’agriculture n’est pas une branche économique comme les autres, rappelle Adèle Thorens (Verts/VD). Elle a une grande importance sociale et environnementale, appréciée par les consommateurs, que Johann Schneider-Ammann ne voit pas. Son dogmatisme libéral le coupe de cette réalité.» Et de prévenir. «S’il s’entête dans cette voie, il ne peut que perdre. Il suffit de voir le plébiscite enregistré le 24 septembre sur la sécurité alimentaire.»

Le Bernois n’en est d’ailleurs pas à sa première volée de bois vert de la part des paysans. Début novembre, sa volonté de réduire les barrières douanières lui avait valu une salve de critiques. L’affaire n’est pas close, puisque la commission de l’économie se penchera sur cet objet dans deux semaines. «Ce texte doit être revu à la lumière de la votation du 24 septembre, ajoute Jacques Bourgeois. De plus, je ne comprends pas pourquoi on n’a pas fait un bilan de la politique agricole 2014-2017 avant de réfléchir à la suite.»

Car, ce qui énerve aussi les paysans, c’est la vitesse à laquelle les réformes s’enchaînent. Actuellement, le Conseil fédéral mise sur le potentiel de l’e-commerce et de la digitalisation. «Les agriculteurs ont besoin de stabilité, rétorque Géraldine Savary. On ne peut pas leur demander tous les quatre ans d’investir massivement pour se positionner dans un nouveau secteur.» (24 heures)

Créé: 15.03.2018, 18h39

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