Johann Schneider-Ammann: «Les vaches à cornes ne sont pas plus naturelles»

Votations 25 novembreLe Bernois mène sa dernière campagne de votation comme conseiller fédéral. Il plaide le non aux deux initiatives populaires soumises au vote.

Image: Patrick Martin

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Avant de faire ses cartons en décembre, Johann Schneider-Ammann aimerait bien encore afficher deux votations à son tableau de chasse. Le ministre PLR s’engage contre l’initiative «pour les vaches à cornes», créditée de 51% de votes favorables, selon le dernier sondage de Tamedia (ndlr: éditeur de ce journal). Mais il plaide aussi un non à l’initiative «pour l’autodétermination» de l’UDC. Interview d’un ministre qui cumule les vécus de fils de vétérinaire et d’entrepreneur-exportateur.

Une vache avec des cornes, c’est la nature. Pourquoi ne pas l’encourager?
J’aime beaucoup les vaches avec des cornes, particulièrement si ce sont des simmentals. Mais nous cherchons systématiquement en Suisse à améliorer le bien-être animal. Et celui-ci passe, pour les animaux de rente, par la possibilité de se mouvoir librement. Le fait de couper les cornes afin d’éviter les accidents est une conséquence logique de cette amélioration. Il y a toujours eu des vaches sans cornes, les vaches à cornes ne sont pas plus naturelles. Les éleveurs ont ensuite fait des croisements afin de favoriser les cornes pour pouvoir les utiliser comme des animaux de traits.

Mais l’écornage est-il une pratique si anodine que cela?
Mon père qui était vétérinaire en a pratiqué beaucoup chez de petits veaux. C’était toujours la même procédure: il désinfectait, puis préparait l’endroit où il avait prévu d’intervenir. L’intervention en tant que telle était relativement brève. Je ne me souviens pas d’avoir vu des vaches, des veaux ou des chèvres souffrir. Et seuls des spécialistes formés ont le droit de le pratiquer.

Une étude brandie par les initiants dit que 20% des veaux écornés souffrent de douleurs chroniques.
Je ne suis malheureusement pas devenu vétérinaire. Je ne suis pas un spécialiste. Une étude dit qu’une sensibilité au toucher persiste. Mais il est généralement admis que cette intervention ne suscite pas de douleurs durables.

Pour les initiants, ce n’est pas aux vaches de s’adapter à la taille des exploitations, mais l’inverse…
Les initiants cherchent des subventions. Il y a entre eux et mon département une longue histoire. Ils ont d’abord cherché à toucher des subventions pour les bêtes à cornes via l’adaptation d’une ordonnance. Nous avons refusé une telle proposition pour deux raisons: nous sommes persuadés que le bien-être animal, avec un espace libre pour se mouvoir toute la journée, s’inscrit beaucoup plus dans l’intérêt des bêtes que le fait de garder leurs cornes. Deuxièmement, nous avons refusé d’établir une nouvelle activité subventionnée. D’ailleurs, personne ne nous a dit où compenser cette somme qui pourrait quand même s’élever jusqu’à 30 millions de francs par an.

C’est une paille dans un budget agricole de 3,7 milliards par an. Vous allez bien trouver.
C’est facile à dire. Chaque fois que j’ai cherché 1 million pour compenser un détail ici où là, cela a presque provoqué une révolution de palais! Personne n’est prêt à se sacrifier. Maintenant, les initiants essaient de recevoir cet argent par la Constitution. Je me demande vraiment si on veut utiliser ce texte qui définit les règles de base du pays pour des intérêts aussi particularistes.

Dans notre Constitution, il y a le vélo ou les minarets. Pourquoi pas une place pour la vache, animal symbole de la Suisse?
Inscrire les vaches à cornes dans la Constitution créerait un précédent. Et à la fin, cela nous coûterait bien plus que les 30 millions que l’on évoque ici. Nous devons être très prudents.

Les sondages prédisent un fossé entre le vote des milieux urbains et le vote des campagnes. Cela vous inquiète?
Il y a des différences. Mais ce qui unit citadins et urbains, c’est la demande des consommateurs d’avoir une viande de la meilleure qualité possible, venant d’animaux qui ont été élevés dans le respect de leurs besoins spécifiques, notamment celui de pouvoir bouger…

Vous allez faire hurler les antispécistes…
C’est très simple. Mon papa m’a appris ceci à l’époque: la vache, le veau, le cheval et le porc sont des animaux à respecter, mais ce sont des animaux de rente. Il faut les élever dans les meilleures conditions possibles. Et le moment venu, on les accompagne à l’abattoir. J’attends du peuple suisse qu’il rejette cette initiative «pour des vaches à cornes» par respect vis-à-vis de l’animal, et non dans une volonté de le sanctifier.

L’initiative dite «d’autodétermination» récolte 44% de oui dans notre dernier sondage. Vous êtes confiant?
J’ai participé l’autre jour à un débat dans le canton de Bâle-Campagne. Au début de l’événement, huit personnes sur dix étaient plutôt favorables à l’initiative de l’UDC. J’ai alors donné l’exemple d’un accord de libre-échange, s’appuyant sur des normes de l’OMC. J’ai décrit les risques et les conséquences négatives qu’engendrerait un oui à l’initiative. Plus l’incertitude est grande, plus les investissements sont risqués. Et la compétitivité et l’innovation en souffrent immédiatement. À la fin du débat, nous avons fait un petit vote consultatif dans le public: 75% étaient alors contre l’initiative.

Créé: 31.10.2018, 06h49

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