Des raisons d'espérer en matière de dons d'organes

SantéLe nombre de donneurs est en forte hausse au premier semestre. Swisstransplant s’emploie à confirmer la courbe

Le président du Conseil d’État vaudois, Pierre-Yves Maillard,est à la tête de la fondation Swisstransplant depuis 18 mois.

Le président du Conseil d’État vaudois, Pierre-Yves Maillard,est à la tête de la fondation Swisstransplant depuis 18 mois. Image: Marius Affolter

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D’abord la mauvaise nouvelle. La Suisse reste à la traîne en matière de dons d’organes en comparaison européenne. L’an dernier, elle affichait un taux de 14,2 donneurs effectifs pour 1 million d’habitants, contre 25,5 en France par exemple. Or, «en moyenne, deux personnes meurent chaque semaine en Suisse, faute d’avoir reçu un organe à temps», regrette Franz Immer, directeur de Swisstransplant.

Maintenant, la bonne nouvelle: le plan d’action lancé par la Confédération et les cantons en 2013 pour lutter contre cette pénurie de dons d’organes commence à porter ses fruits, s’est réjouie hier Swisstransplant. On recense 73 donneurs au seul premier semestre de l’année, contre 96 pour l’ensemble de 2012. «Il est trop tôt pour être satisfait, mais il s’agit d’un signal encourageant», estime le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard, président de Swisstransplant.

Le but est désormais de confirmer la tendance. En s’appuyant d’une part sur le plan d’action national et d’autre part sur la loi sur la transplantation que les Chambres fédérales viennent de réviser. S’il n’est pas prévu de passer au régime du consentement présumé, où chacun devient un donneur à moins d’exprimer clairement le contraire – au regret de Swisstransplant, d’ailleurs –, cette révision devrait quand même donner un coup de pouce aux acteurs de la santé. Elle engage la Confédération à mieux informer sur l’utilité du don d’organes.

«Dites-le à vos proches»

Des bouts de ficelle pour les 1370 personnes en attente d’un don en Suisse? Non, la communication joue un grand rôle, estime le Dr Markus Béchir, président du Comité national du don d’organes. Médecin-chef des soins intensifs, il constate: «Souvent, les proches ne connaissent pas les dernières volontés du défunt. Et lorsque le personnel soignant pose la question du don d’organes, il suffit qu’un seul des proches estime que ce n’était pas la volonté du défunt pour que le non l’emporte au sein de la famille.»

Un potentiel d’amélioration existe. La prochaine campagne d’information portera sur cet aspect délicat. «Il importe non seulement que les gens décident pour eux-mêmes, mais aussi qu’ils le communiquent à leurs proches!» résume Franz Immer.

A côté de l’information, il s’agira aussi d’intensifier la formation du personnel soignant et d’harmoniser les pratiques au niveau suisse. Là encore, un point essentiel, explique Pierre-Yves Maillard: «Les taux de refus sont monitorés. On constate de grandes différences entre les hôpitaux. Il suffit souvent d’une prise de conscience pour inverser la tendance.»

Moyens dans les régions

Swisstransplant se félicite ainsi du contrat conclu entre les assureurs et la faîtière des hôpitaux, H +. Un peu plus de 2 millions de francs permettront de dédommager les centres hospitaliers régionaux qui investissent dans la formation de leur personnel.

Au niveau des centres universitaires, Genève et Lausanne lanceront cet automne un programme consacré aux dons d’organes à la suite d’une mort cardiaque (voir graphique ci-dessus), alors que la majorité des dons se font suite à une mort cérébrale. Zurich est déjà à la pointe de cette nouvelle pratique, qui permet des dons d’organes à «cœur arrêté», résume Pierre-Yves Maillard.

Autant de mesures qui doivent créer des conditions optimales pour atteindre l’objectif national: «Augmenter de 60% le taux de donneurs de 2012 à 2018, soit passer de 12,2 donneurs par million d’habitants à 20», résume Andrea Arz de Falco, vice-directrice de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Créé: 23.06.2015, 12h34

La moitié du chemin parcouru

Le conseiller d'Etat vaudois Pierre-Yves Maillard préside Swisstransplant depuis dix-huit mois. Interview.

La Suisse reste mauvaise élève en matière de dons d’organes. Qu’est-ce qui vous fait positiver aujourd’hui?

Les chiffres tout d’abord. L’an passé a déjà été une bonne année avec 117 donneurs, alors que nous étions à 96 en 2012. C’est une augmentation de 20%. Au premier semestre de cette année, nous sommes déjà à 73 donneurs. Cela veut dire que nous pourrions approcher les 130 à 140 donneurs en fin d’année. Cette tendance nous paraît suffisamment bien engagée pour désormais l’annoncer. L’objectif au niveau fédéral est d’arriver à 160 donneurs en 2018. Et nous avons déjà fait la moitié du chemin à peine le plan d’action national signé. C’est positif.

Il semblerait plus simple de passer au consentement présumé. Les Chambres fédérales s’y refusent. Vous le regrettez?

Oui, à titre personnel. Le conseil de fondation de Swisstransplant était aussi plutôt favorable à cette solution, c’est vrai. Mais je crois qu’on ne doit pas considérer que tout se joue sur cela.Au fond, l’organisation dans les hôpitaux, le contact avec
les proches et la diffusion d’un message positif auprès de la population jouent un rôle essentiel. Souvent les proches d’un défunt n’osent pas dire oui parce qu’ils n’ont pas parlé avec la personne concernée et ne connaissent pas sa volonté. Par le débat public, nous aimerions encourager ce dialogue, même s’il est difficile.

La numérisation des données médicales peut-elle vous aider à atteindre votre but?

Grâce à un génial inventeur des urgences du CHUV, M. Corniche, nous avons maintenant une application pour téléphone portable, que Swisstransplant diffuse. Plus de 90 000 personnes l’ont déjà installée en quelques mois. Cette application, Echo112, permet d’inscrire dans son téléphone le fait qu’on est donneur et elle le signale même automatiquement lors d’une arrivée aux urgences, en cas d’inconscience. Son succès montre en effet que les nouveaux outils de communication peuvent nous aider.

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