La justice se penche sur les selfies nus du maire

ProcèsUn conseiller en communication zurichois est accusé d’avoir voulu précipiter la chute de l’ancien conseiller national Geri Müller.

Geri Müller était conseiller national Vert.

Geri Müller était conseiller national Vert. Image: Keystone

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«Des selfies nus depuis la mairie.»Au creux de l’été 2014, la «Schweiz am Sonntag» déclenche une tempête médiatique en publiant un article sur les photos que Geri Müller, alors conseiller national Vert et maire de Baden (AG), a envoyées de lui, dans le plus simple appareil, à une trentenaire bernoise. Le «Gerigate» avait coûté sa carrière politique à l’Argovien et alimenté un vif débat sur les frontières entre vie privée et publique.

Cinq ans après les faits, les zones d’ombre de ce scandale médiatique à multiples rebondissements continuent d’occuper la justice. En 2016, le politicien déchu a obtenu une première victoire: la jeune femme avec qui il entretenait une relation virtuelle et qui avait livré les images compromettantes a été condamnée par ordonnance pénale pour chantage.

Comment les photos intimes ont-elles trouvé leur chemin jusque dans la presse? C’est l’objet du procès de deux jours qui s’est ouvert mardi à Bienne devant le Tribunal régional du Jura bernois-Seeland. La procédure marque une première: l’affaire n’avait encore jamais connu une audience judiciaire publique.

Au cœur des interrogations figure le rôle de Sacha Wigdorovits. Le Ministère public bernois le soupçonne d’avoir joué les intermédiaires avec plusieurs médias alémaniques et d’avoir contacté la «Schweiz am Sonntag». Il est prévenu de tentative de contrainte et de possession d'enregistrement non autorisé. La procureure requiert une peine pécuniaire avec sursis de 30 jours-amendes.

Âgé de 67 ans, Sacha Wigdorovits est une figure du paysage médiatique alémanique. Ce conseiller en communication zurichois a notamment dirigé le «Blick». En 2014, il était aussi un adversaire politique de Geri Müller: les deux hommes défendaient des opinions opposées sur le conflit israélo-palestinien. Wigdorovits est actif au sein d’une fondation qui s’engage pour une «information équilibrée» sur le Proche-Orient. Müller est une voix critique de la politique israélienne.

Homme de l’ombre

Dans cette affaire, l’acte d’accusation dépeint Sacha Wigdorovits comme un homme de l’ombre ayant tenté de précipiter la chute de l’Argovien. Le Ministère public lui reproche de s’être servi de la liaison entre Geri Müller et une jeune femme «instable psychiquement» pour le pousser à quitter ses mandats politiques.

Face à la Cour, le prévenu nie en bloc. Pourquoi, lui, le Zurichois, se préoccuperait-il d’un politicien de Baden? «J’habite Zollikon, ça ne m’intéresse pas.» Il assure nejamais avoirtenté d’influencer la partenairede chat deGeri Müller ni lui avoir prodigué des conseils. Il se serait montré sur ses gardes dès le moment où la Bernoise a pris contact avec lui, alors que la relation virtuelle entre la jeune femme et l’ancien maire touchait à sa fin.

Au juge, Geri Müller livre une tout autre version des faits. Au printemps 2014, sa partenaire l’aurait prévenu d’une «explosion» s’il mettait un terme à leurs échanges. Selon l’Argovien, elle affirmait être mise sous pression par une «organisation» dont Sacha Wigdorovits faisait partie. Elle aurait exigé qu’il quitte toutes ses fonctions politiques, ce qu’il s’est toujours refusé de faire.

Le procès se poursuit ce mercredi avec l’audition d’un autre protagoniste: Patrik Müller, ancien rédacteur en chef de la «Schweiz am Sonntag». En juillet 2016, le Conseil suisse de la presse s’était prononcé sur une plainte de 18 parlementaires fédéraux; il avait conclu que l’hebdomadaire avait violé le code de déontologie et n’aurait pas dû publier l’article. Le journal accusait Geri Müller d’abus d’autorité, laissant entendre qu’il avait demandé l’aide de la police pour sécuriser le matériel compromettant. Une version des faits qui ne se vérifiera pas.

Geri Müller a déposé une plainte contre Patrik Müller, mais celle-ci a été classée: les deux hommes ont trouvé un accord extra-judiciaire. Même scénario pour sa plainte contre Josef Bollag, ancien président de la communauté israélite de Baden. Les détails des accords ne sont pas connus.

Créé: 19.11.2019, 22h14



Sacha Wigdorovits, ex-rédacteur en chef du «Blick».

En dates

Février 2014 Geri Müller noue sur WhatsApp une relation érotique avec une Bernoise. Deux mois plus tard, alors qu’il souhaite mettre fin aux échanges, elle menace de tout révéler.


Août 2014 La «Schweiz am Sonntag» publie un article sur la liaison et les images du maire nu.


2015 L’Ecologiste renonce à défendre son siège au National.


2016 Son ex-partenaire virtuelle est reconnue coupable de tentative de contrainte et de diffamation, entre autres.


2017 En 2017, il n’est pas réélu à l’Exécutif de Baden.


2018 Il devient président de Société Suisse-Palestine.

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