«La justification d'expression ne justifie pas les appels à la haine»

Campagne politiqueLes milieux LGBT lancent la campagne pour étendre la norme anti-racisme à l’homophobie.

Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des déclarations telles que «les lesbiennes sont des malades et elles doivent se faire soigner de force» ou «les gays méritent tous de crever» ont-elles leur place dans l’espace public? Les mots sont crus. Ce sont ceux utilisés ce jeudi par le comité contre les discriminations qui s’engage pour un oui le 9 février prochain. Ce jour-là, les Suisses devront dire s’ils acceptent d’étendre la norme pénale «antiracisme» aux insultes proférées contre les minorités sexuelles.

Un référendum a en effet été lancé contre cette nouvelle loi pourtant largement acceptée par le parlement. Les opposants, issus de l’UDF et de l’UDC, dénoncent une forme de censure. Des arguments balayés par la sénatrice Anne Seydoux (PDC/JU). «La liberté d’expression ne justifie pas les appels à la haine. Seules les déclarations discriminatoires qui sont faites publiquement et qui rabaissent les personnes auxquelles elles s’adressent seront punies. L’État de droit doit protéger les minorités.»

Matthias Erhardt, coprésident de la Fédération genevoise des associations LGBT, précise aussi que la nouvelle loi n’empêchera personne d’exprimer son opinion, même si elle est critique à l’égard des homosexuels. «Il sera toujours possible de s’opposer au «mariage pour tous», à l’adoption des couples de même sexe ou au don de sperme pour les couples de lesbiennes. Mais il ne sera plus possible d’appeler à la discrimination ou à la violence. La haine n’est pas une opinion.»

Responsabilité de l’Église

Matthias Erhardt rappelle que le taux de suicides des jeunes homosexuels est cinq fois plus élevé et qu’agir au niveau de la loi peut avoir des effets concrets. «Une étude publiée récemment établit une corrélation entre la reconnaissance du «mariage pour tous» et une baisse de ce taux de suicides. Certes, on ne parle pas ici de «mariage», mais ce genre de lois qui reconnaissent les droits pour les personnes LGBT peuvent avoir un effet similaire.» Reto Rufer, d’Amnesty International, ajoute que la Suisse est un des rares pays d’Europe à ne pas punir ces propos.

Les milieux LGBT ont aussi invité un représentant des Églises. «La Bible contient des passages qui, mal commentés, sont des appels à la violence contre les homosexuels, reconnaît Michel Müller, président du Conseil paroissial de l’Église réformée de Zurich. Mais les Évangiles disent aussi «tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi». Il est également de la responsabilité de l’Église de protéger les personnes menacées.»

Dans ce panel de personnalités, l’absence de Mathias Reynard (PS/VS) interpelle. Le conseiller national est en effet à l’origine de cette loi. «Il a été invité, mais était retenu par son travail parlementaire, explique Muriel Waeger, directrice romande des principales organisations homosexuelles du pays. L’objectif de cette première conférence de presse était toutefois aussi de faire entendre la voix des personnes directement concernées et pas seulement des élus.»

Des élus qui se sont déjà manifestés pour soutenir le texte. À l’initiative de Mathias Reynard justement, un comité politique a été constitué cet été, regroupant la moitié du parlement. «Un si large soutien, c’est inédit», déclarait alors le Valaisan.

Créé: 28.11.2019, 21h20

Articles en relation

Le soutien d’une championne pour lutter contre l’homophobie

Combat Anita Protti veut faire en sorte que le coureur camerounais Thierry Essamba participe à des épreuves internationales. Plus...

«Ils veulent garder le droit d’insulter des homosexuels»

Discrimination Au nom de la liberté d’expression, l’UDF lance le référendum contre l’extension de la norme pénale antiraciste à l’homophobie. Plus...

«Souligner que l’homophobie n’est pas tolérée est un geste fort»

24 heures Les Etats ont accepté d’étendre la norme pénale antiraciste aux discriminations basées sur l’orientation sexuelle. Mathias Reynard, qui est à l’origine du projet, réagit. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.