Karin Keller-Sutter reste la meilleure amie de l’UDC

Course au Conseil fédéralLa favorite saint-galloise, qui séduit à gauche comme à droite, est une libérale allergique à l’État social et à l’écologie.

Avec le glissement à droite du parlement, Karin Keller-Sutter apparaît désormais au centre droite alors qu’elle était vue très à droite en 2010.

Avec le glissement à droite du parlement, Karin Keller-Sutter apparaît désormais au centre droite alors qu’elle était vue très à droite en 2010. Image: GIAN EHRENZELLER/Keystone

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Cette fois-ci, cela semble évident. La gauche, qui avait écarté la candidature de Karin Keller-Sutter en 2010, ne répétera pas son coup. Elle la plébiscite aujourd’hui ouvertement pour la succession de Johann Schneider-Ammann au Conseil fédéral. «Cette candidature solide s’impose, même si pour nous à gauche, Karin Keller-Sutter reste une femme très à droite et proche de l’économie, a ainsi déclaré la vice-présidente du PS, Géraldine Savary. Il est possible de discuter avec elle.»

Du côté des écologistes, même discours. Les Verts veulent des femmes au Conseil fédéral. Et leur présidente, Regula Rytz, est optimiste: «Pensez notamment au congé paternité ou à la loi sur l’égalité. Je peux imaginer qu’une femme moderne comme Karin Keller-Sutter sera plus ouverte sur ces dossiers qu’un patron un peu old school comme Johann Schneider-Ammann.»

Vraiment? Au-delà de sa manière de faire de la politique et de ses compétences, quelles idées et quelles valeurs défend Karin Keller-Sutter? Nous avons passé au crible le questionnaire qu’elle a rempli sur la plateforme internet Smartvote en 2015, ainsi que ses interventions au Conseil des États, ses votes depuis le début de cette législature et ses classements parlementaires.

Résultat: la Saint-Galloise est une libérale pur sucre, teintée d’un certain conservatisme. Elle se revendique certes francophile et amoureuse de la Suisse romande, mais la sensibilité politique correspondante n’y est pas. Entre un Raphaël Comte (NE) ou un Laurent Wehrli (VD) et une Karin Keller-Sutter, il n’y a pas un papier de cigarette mais un classeur fédéral.

Sceptique face à Strasbourg

Exemples concrets: Karin Keller-Sutter se prononce contre le soutien fédéral à la création de places de crèches. Elle s’oppose à un congé paternité payé de plusieurs semaines. L’obligation générale de servir, cette idée des Genevois Hugues Hiltpold et Pierre Maudet? Elle la balaie. De même, elle est contre la naturalisation facilitée des étrangers de 3e génération et contre la légalisation des sans-papiers. Elle s’est aussi opposée en 2016 au renforcement des mesures d’accompagnement et en 2017 à la révision de la loi sur le travail au noir.

Face à l’étranger, c’est d’abord le scepticisme qui domine. Interrogée en 2015 sur le pouvoir des juges de la Cour européenne des droits de l’homme, elle avoue un malaise qui touche une corde sensible dans le camp UDC: «Strasbourg a tendance à élargir son activité. Il devrait plutôt se concentrer sur ses points centraux», commente-t-elle sur Smartvote. Elle est par ailleurs plutôt défavorable à l’idée d’accueillir davantage de réfugiés par l’entremise du HCR.

L’écologie n’est pas non plus la tasse de thé de Karin Keller-Sutter, favorable à l’assouplissement de la protection des grands prédateurs, comme le loup. Et lorsqu’on lui demande quels budgets pourraient être réduits au niveau fédéral, elle répond: l’environnement, l’aménagement du territoire et l’aide au développement.

Ultralibérale assumée

Si Karin Keller-Sutter n’est plus aujourd’hui le diable dépeint par la gauche en 2010, c’est sans doute grâce à son entente avec le patron des syndicalistes, Paul Rechsteiner, et avec le président du PS, Christian Levrat, avec qui elle aime tisser des compromis. Les liens humains sous la Coupole lui sont favorables. Mais du point de vue des idées, Karin Keller-Sutter reste libérale jusqu’au bout des ongles: elle se prononce pour les baisses d’impôts, pour le maintien du secret bancaire en Suisse. Elle est plutôt favorable à une libéralisation complète des heures d’ouverture des magasins. Son intervention parlementaire la plus remarquée porte d’ailleurs sur l’exemption de la saisie du temps de travail pour les cadres, contre laquelle les syndicats hurlent. Sur un seul point, elle vient conforter la gauche de Christian Levrat: elle est plutôt défavorable à une retraite pour tous à 67 ans.

Et l’argument femmes? Aujourd’hui, les Femmes socialistes aspirent plus que tout à avoir une conseillère fédérale. En 2010, elles avaient renoncé à émettre une recommandation de vote après avoir entendu Karin Keller-Sutter sur les questions d’égalité. La Saint-Galloise reste hostile aux quotas de femmes à la tête des sociétés cotées en Bourse, par exemple. Mais à l’époque, l’engagement de la libérale-radicale en faveur de la protection des victimes de violence domestique lui avait valu des voix à gauche. Elle y est restée fidèle. Elle rassure aussi les représentants des régions périphériques, en soutenant l’agriculture, les infrastructures ou l’apprentissage des langues nationales à l’école.

Fidèle à elle-même

C’est peut-être sa principale force: les faits montrent qu’en huit ans les convictions de Karin Keller-Sutter n’ont pas changé. Elle n’a pas suivi le sens du vent. En revanche, le parlement, lui, a viré à droite sur l’échiquier politique. Ce qui explique que la Saint-Galloise, vue très à droite en 2010, est passée au centre droite (+2 sur une échelle, de gauche à droite, de – 10 à +10) dans les classements parlementaires du «Temps» et de la «NZZ». Elle trône désormais au milieu de son groupe PLR. Avec, à sa gauche, les élus latins.

Créé: 12.10.2018, 17h47

Sérieux rival, Martin Schmid renonce

Le boulevard s’élargit pour l’archifavorite Karin Keller-Sutter. Vendredi, les sénateurs Ruedi Noser (PLR/ZH) et surtout Martin Schmid (PLR/GR) ont annoncé qu’ils renonçaient à briguer la succession de Johann Schneider-Ammann au Conseil fédéral. Considéré comme le rival le plus redoutable de la Saint-Galloise, Martin Schmid souligne qu’il se serait volontiers porté candidat afin de s’engager pour les intérêts de l’économie et des régions de montagne. Mais il ne veut pas être un obstacle à l’accession d’une femme PLR au gouvernement.

Ces défections s’ajoutent à celle des conseillers aux États Andrea Caroni (AR) et Josef Dittli (UR), qui s’étaient déjà effacés devant Karin Keller-Sutter, qui a officialisé son intention de se porter candidate mardi. La ministre zurichoise Carmen Walker Späh et la présidente du PLR Petra Gössi (SZ) ont elles aussi jeté l’éponge.

Qui pourrait encore barrer la route de la Saint-Galloise? Certains papables réfléchissent encore, à l’image du conseiller aux États Hans Wicki (NW) et de la conseillère nationale Regine Sauter (ZH). Il n’est pas exclu non plus qu’une candidature vienne des cantons. Le nom de Christian Amsler, actuel président de l’Exécutif schaffhousois, circule à Berne. Le groupe PLR des Chambres fédérales fera son choix le 16 novembre, l’élection étant agendée au 5 décembre. F.QZ

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