KKS remporte la victoire sur les armes

Relations Suisse-UELe peuple fait un plébiscite de la loi sur les armes. La ministre PLR doit désormais s’atteler au sauvetage des bilatérales.

Karin Keller-Sutter signe sa première victoire en votation en tant que conseillère fédérale.

Karin Keller-Sutter signe sa première victoire en votation en tant que conseillère fédérale. Image: Keystone

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Malgré une campagne virulente sur un thème explosif, mêlant traditions et relations avec l’Union européenne, la loi sur les armes a été largement acceptée dimanche par près de deux tiers des Suisses. À l’exception du Tessin, tous les cantons ont dit oui. Genève à 73% et Vaud à 72%! La netteté du score cache toutefois des poches de résistance dans certaines régions rurales.

Cette victoire, c’est celle de la coalition allant de la gauche au centre droit, qui craignait les conséquences économiques et sécuritaires d’une sortie de Schengen/Dublin, dont le destin était lié à ce durcissement des conditions de détention de certaines armes. Mais cette victoire, c’est aussi celle de Karin Keller-Sutter, qui a dû reprendre ce dossier des mains de Simonetta Sommaruga après avoir hérité du Département de justice et police. La Saint-Galloise s’est félicitée de ce résultat. «Cette décision permet à la Suisse de rester fidèle à la tradition du tir tout en améliorant la sécurité de sa population.» Elle a aussi tenu à rassurer les détenteurs d’armes – «l’ordonnance devrait apporter des solutions pragmatiques» – et confirmé que le permis pour les armes semi-automatiques coûtera 50 francs, au lieu des 100 francs envisagés au départ.

Un moment clé

Pas de triomphalisme dans son discours, et pourtant Karin Keller-Sutter a mené une campagne combative, multipliant les interventions dans tout le pays. Surtout, elle signe son premier succès en votation en tant que conseillère fédérale. «Sa personnalité et son expérience ont joué un rôle, c’est évident, réagit Laurent Wehrli (PLR/VD). Ce n’est pas une critique contre Simonetta Sommaruga, mais quand vous avez été conseillère d’État en charge de la Sécurité dans un canton frontalier, vous avez une crédibilité sur ce thème.» Pour lui, «KKS» a fait la différence auprès des indécis.

Jean-Luc Addor (UDC/VS), président de Pro Tell et porte-parole du non en Romandie, partage cet avis. «Simonetta Sommaruga était une adversaire historique des armes. Son remplacement par Karin Keller-Sutter a été un moment clé dans la campagne. Considérée comme crédible sur ce dossier, elle a accrédité l’idée fausse que Schengen était en jeu et que la tradition du tir était respectée.»


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Cette vision, Céline Amaudruz, vice-présidente de l’UDC, également opposée à la loi, la relativise. «Le conseiller fédéral en charge du dossier doit défendre la position du collège, relève la Genevoise. Une ministre de droite a peut-être changé la perception des citoyens, mais je ne pense pas que cela ait été déterminant. Le PLR était de toute façon en faveur de la loi. Nous étions dans une configuration classique: l’UDC seule contre tous.»

Ce dernier point, c’est ce qui réjouit Charles Juillard, vice-président du PDC. «Ce qu’il faut retenir, c’est la baffe qu’a prise l’UDC. Votation après votation, les Suisses se rendent compte de son jeu. Ils n’en peuvent plus de la rengaine qui dit que tout ce qui va mal, c’est de la faute de l’Europe.» Pour le sénateur Olivier Français (PLR/VD), les perdants du jour se sont trompés «en faisant de ce scrutin un vote pour ou contre l’UE, alors qu’il était question d’une meilleure traçabilité des armes à l’impact limité».

«Bon signal» face à l’Europe

Roger Nordmann (PS/VD), lui, fait le lien entre les deux dossiers. «Le résultat du jour est un bon signal par rapport à l’Europe. Entre la loi sur les armes et la RFFA, on résout deux problèmes d’un coup. La Suisse d’aujourd’hui l’a emporté sur la Suisse d’hier. Ça ne préjuge pas encore de la suite, mais ça montre au moins qu’on peut trouver des solutions.»

La suite? C’est d’abord l’initiative de limitation de l’UDC, qui veut en finir avec la libre circulation, et du coup menace les accords bilatéraux. C’est encore Karin Keller-Sutter qui sera au front. Mercredi, elle a déjà marqué des points auprès de la gauche en renforçant la protection des travailleurs âgés – de quoi renouveler la grande alliance en faveur des bilatérales.


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La défaite du jour est-elle annonciatrice d’un nouvel échec pour l’UDC? «Pour nous, la loi sur les armes était un diktat de l’UE, répond Céline Amaudruz. Et la population a cru à ces menaces. Le oui du jour n’est pas un oui à l’Europe. Je ne pense donc pas que ce résultat aura une influence sur les prochains scrutins. Ce qui m’inquiète, c’est que les partis europhiles vont profiter de cette victoire pour imposer une reprise automatique du droit européen. Ce qui nous guette avec l’accord-cadre. L’UDC continuera de lutter, car il est question de la survie de notre démocratie directe.»

Opération Libero fait l’analyse inverse. «L’acceptation de la révision de la loi sur les armes est un oui à Schengen, un oui à une Europe qui fonctionne et un oui à une politique européenne tournée vers l’avenir, écrit le mouvement. Ce résultat clair intervient après de nombreux autres votes, tous en faveur d’une Suisse ouverte.» Pour Opération Libero, le temps est donc venu pour une politique européenne «volontariste plutôt qu’attentiste». (24 heures)

Créé: 19.05.2019, 21h40

«Non, ce n’est pas la défaite de l’UDC»

L’UDC se trouve à nouveau du côté des perdants. Mais son président, Albert Rösti, refuse de parler de déconvenue.

L’UDC a encore perdu?

Non. L’UDC était le seul parti qui recommandait le non, mais nous étions surtout engagés pour soutenir la Communauté d’intérêts du tir suisse. Ce sont eux qui ont mené la campagne. On ne peut pas nous faire porter cet échec, alors que ce sont les autres partis bourgeois qui ont abandonné les tireurs.


Mais vous vous étiez engagés contre le texte au parlement!

Oui, car nous n’étions pas d’accord avec ce durcissement de la loi, qui était contraire aux traditions suisses et qui n’apportait rien dans la lutte contre le terrorisme. Mais très rapidement le discours a changé. Il n’était pratiquement plus question de sécurité, mais uniquement de menaces de Bruxelles, avec la crainte que la Suisse soit exclue de Schengen/Dublin en cas de non. Du coup, je ne suis pas étonné du score. J’avais misé sur un oui à 60%.


Le diktat de l’UE mis en avant dans la campagne n’a pas convaincu. Est-ce que ça complique la donne pour votre initiative contre la libre circulation des personnes?

Cette votation sera un vrai challenge. Et ça ne date pas d’aujourd’hui. Mais le résultat de ce scrutin peut aussi nous aider. Je connais beaucoup de citoyens qui ont voté en faveur de cette loi car ils avaient peur de perdre l’accord Schengen/Dublin. Ils ont donc dit oui à contrecœur. Je pense que cette pression inadmissible mise sur la Suisse par Bruxelles pourra pousser les citoyens à se rebeller. Ça peut être en votant oui à notre initiative pour limiter la libre circulation des personnes, ou plus tard pour contrer l’accord-cadre, qui revient à une adhésion à l’UE.

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