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Leuthard contre-attaque sur «No Billag» en six points

À trois mois d’un vote sensible sur la fin de la redevance radio-TV, la conseillère fédérale réplique point par point aux arguments des initiants.

«Je n’ai pas envie de laisser tout le terrain aux initiants.» C’est une Doris Leuthard combative qui a lancé officiellement lundi la campagne du Conseil fédéral contre «No Billag». Et si la ministre PDC est sortie du bois si tôt – l’initiative ne sera soumise au vote que le 4 mars prochain – c’est parce que les choses ont déjà commencé à bouger. Le thème occupe régulièrement la presse, et un sondage sorti il y a dix jours laissait même présager un oui à 57%. «Ce n’est pas dans mon tempérament de rester passive. Il est temps de faire entendre nos arguments.»

Doris Leuthard n’en est pas à son coup d’essai. Il y a deux ans, elle avait déjà dû cravacher ferme pour imposer d’un cheveu la nouvelle loi radio-TV. Mi-octobre, c’est elle aussi qui marquait les esprits en annonçant une baisse de la redevance à 365 francs, soit 1 franc par jour pour tous les programmes de la SSR. Bien qu’elle se soit à l’époque défendue de lancer une première charge contre «No Billag», les opposants à l’initiative s’étaient réjouis d’un joli coup marketing. Elle passe désormais à la vitesse supérieure. Devant les médias, Doris Leuthard a détaillé plusieurs des arguments des initiants pour mieux les torpiller les uns après les autres. Le point en six exemples.

1) «Non, la SSR n’a pas de plan B»

«Un oui signifierait la liquidation de la SSR.» Pour Doris Leuthard, il n’y a pas d’alternative en cas d’acceptation du texte. La conseillère fédérale répète le credo des opposants: «Le 4 mars, il en va de l’existence de la SSR et de nombreuses radios et télévisions locales qui dépendent de la redevance. Des milliers d’emplois sont directement concernés.» Des déclarations qui sonnent comme une réponse à tous ceux qui parlent ces jours de l’existence d’un plan B, par le biais d’abonnements, de participation des cantons ou de subventionnements pour une offre sur Internet.

Et Doris Leuthard de rappeler que pour recevoir l’argent de la redevance, il faut répondre à certaines obligations (encouragement de la culture, formation de l’opinion, production de divertissements helvétique). «Si l’initiative passe, la Suisse serait le premier pays européen à abolir le mandat de service public pour la radio et la télévision», martèle-t-elle.

2) «Non, la publicité ne peut pas assurer seule le budget»

Doris Leuthard prévient également des conséquences d’un système purement commercial. «Beaucoup de programmes ne pourraient plus être diffusés, ou alors dans une qualité moindre, parce qu’ils ne sont pas rentables.» Elle donne l’exemple de la couverture des Championnats du monde de ski de Saint-Moritz, qui dépend à plus de 90% de la redevance. «Les sous-titrages pour les malentendants et le recours à la langue des signes risquent aussi de disparaître.» Et d’imaginer des émissions de radio constamment entrecoupées de publicité. «Est-ce vraiment ce que veut l’auditeur?»

Doris Leuthard rappelle encore que compte tenu de sa taille et de ses quatre langues nationales, la Suisse est un petit marché. Les recettes publicitaires y sont donc limitées. Pour elle, une offre purement commerciale n’est concevable que dans les grands pôles urbains comme Zurich. «Plus un bassin d’audience est petit, plus il est irréaliste d’imaginer un financement exclusivement par le marché.» Sans oublier le risque que les recettes publicitaires quittent le pays, cannibalisées par de grands groupes étrangers, faute de diffuseur suisse ayant une audience suffisante.

3) «Non, la télévision payante n’est pas une solution»

Pour Doris Leuthard, la télévision payante n’est pas vraiment une option. Pour deux raisons. La première est que, là aussi, les programmes doivent être rentables. «Ce modèle est-il possible pour la diffusion d’émissions sur la culture suisse, de retransmission d’épreuves sportives suisses ou de cinéma suisse?» Elle en doute. La deuxième raison est liée au prix que coûterait ce service. Selon la ministre, le montant sera de toute façon plus cher que les 365 francs que coûtera la redevance dès 2019. «Les familles ou les bas revenus peuvent-ils se le permettre?»

4) «Non, les cantons ne viendront pas à la rescousse du service public»

Un autre argument apparu durant la campagne est que les cantons pourraient se substituer à la Confédération. «Ce n’est pas réaliste, estime Doris Leuthard. La compétence reste au niveau de la Confédération, et je ne connais pas de cantons qui ont suffisamment d’argent à disposition pour cela.» Elle y voit aussi une forme de discrimination. «Le Tessin se retrouverait seul à assurer la charge de l’offre en langue italienne, et les Grisons celle en romanche. C’est une inégalité de traitement.»

Avec «No Billag», la SSR ne pourrait plus financer des programmes pour la Suisse romande avec l’argent d’outre-Sarine. Pour Doris Leuthard, cette péréquation permet de ne laisser aucune région sur le carreau. C’est la raison pour laquelle elle considère l’initiative comme un danger pour la cohésion du pays.

5) «Les autorités ne pourront pas détourner l’initiative en cas de oui»

«Initiative des Alpes», «initiative contre l’immigration de masse», «initiative Weber» sur les résidences secondaires… On ne compte plus les textes adoptés par le peuple, mais qui n’ont pas été appliqués à la lettre par le parlement. L’«initiative No Billag» serait-elle la prochaine sur la liste? «Pas du tout, répond Doris Leuthard. On ne peut pas imaginer réduire la redevance de moitié ou imaginer d’autres formes de subventions.» A la différence d’autres initiatives qui ne comportent pas de chiffres précis ou d’exigences contraignantes, le texte de «No Billag» est clair. «Il n’y a pas d’alternative.»

Pour Doris Leuthard, le seul répit serait de décaler par voie d’ordonnance les effets de l’initiative d’une année. «Et encore, ce serait difficile juridiquement.» Une situation qui ne reviendrait qu’à «préparer» la faillite de la SSR.

6) «La Confédération ne pérennise pas un système obsolète»

«Il y a de la part de la SSR (voir l'infographie ci-dessous) une forme d’arrogance.» Doris Leuthard comprend les critiques. «La SSR ne fait pas tout juste.» Elle se défend toutefois de rester les mains croisées. «Nous devons imaginer la scène médiatique de demain. Le Conseil fédéral a fait plusieurs rapports et une loi sur les médias électroniques est en discussion.» Et la ministre de rappeler que des cautèles ont été mises à la SSR. «Il y a des restrictions en termes de publicité. Le Conseil fédéral a également demandé à la SSR de se différencier davantage de l’offre des privés avec plus de productions suisses, et un accent plus fort sur l’information. Dès 2019, le budget sera aussi plafonné à 1,2 milliard.»

Et la conseillère fédérale de lancer d’autres pistes pour le futur: «Le numérique nous pose de nouveaux défis. Il faut une chaîne nationale et des chaînes régionales pour garantir le service public. Cela doit-il se passer sur Internet, à la radio, à la télé?» Elle laisse la question ouverte. Pour elle, l’important est que l’information passe.

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