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Liliane Maury Pasquier atteint un sommet européen

La Genevoise a été élue présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

Liliane Maury Pasquier reçoit de son prédécesseur, Michele Nicoletti, le marteau pour mener les séances.
Liliane Maury Pasquier reçoit de son prédécesseur, Michele Nicoletti, le marteau pour mener les séances.
SANDRO WELTIN/COUNCIL OF EUROPE

«Les Suisses, et en particulier les Genevois, peuvent être fiers!» s’exclame la conseillère nationale Doris Fiala (PLR/ZH), membre de la délégation helvétique auprès du Conseil de l’Europe. La Zurichoise salue en ces termes l’élection de la conseillère aux États Liliane Maury Pasquier (PS/GE) à la présidence de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), lundi matin à Strasbourg. Peu importe si les deux élues ne sont pas du même bord politique. «Je suis très satisfaite qu’une femme accède à ce poste respecté. Aujourd’hui, l’important n’est pas le parti mais le pays», poursuit Doris Fiala.

«Pour Liliane, c’est le couronnement de sa carrière!» renchérit Manuel Tornare (PS/GE). On sent la Genevoise émue même s’il y a peu de place pour les sentiments. À peine a-t-elle reçu le marteau pour mener les séances qu’elle disparaît dans les couloirs du Conseil de l’Europe. Le bâtiment tout en rondeurs est un labyrinthe pour le visiteur non aguerri. Liliane Maury Pasquier, elle, siège ici depuis 2008, d’abord comme suppléante puis comme représentante à part entière de la Suisse. Son prédécesseur, Michele Nicoletti, a échoué aux élections parlementaires italiennes, ce qui lui fermait la porte de l’APCE. Comme cheffe du groupe socialiste, elle avait droit à la présidence, en vertu d’un accord entre les groupes politiques.

«Comme d’autres pays, nous devons faire face à une tentation de repli nationaliste. Mais les petits États profitent des organisations multilatérales, nous passer du Conseil de l’Europe serait un affaiblissement majeur»

La règle n’a donc pas été remise en cause. Mais pas le temps de fêter! Dès la mi-journée, Liliane Maury Pasquier rencontre la ministre des Affaires étrangères de Croatie, le pays qui dirige actuellement le Conseil de l’Europe. Une telle représentation fait partie de sa nouvelle fonction. Surtout, la socialiste devra présider les débats de l’APCE et organiser les sessions. Ce lundi, elle trouve déjà sa place à la tribune face à une assemblée clairsemée, où se mélangent les langues des parlementaires des 47 États membres.

Quelles seront ses priorités? Celle qui est la quatrième femme à accéder à cette fonction mentionne l’égalité hommes-femmes. Elle veut aussi redonner à l’institution un fonctionnement serein et sa crédibilité. Il faut dire que le Conseil de l’Europe traverse une crise. Une douzaine de membres de l’APCE ont été mis en cause pour des soupçons de corruption en lien avec l’Azerbaïdjan. Et l’ancien président de l’Assemblée Pedro Agramunt a été poussé à la démission en octobre 2017 après avoir rencontré Bachar el-Assad en Syrie. «Nos valeurs ne sont pas à vendre», s’exclame Liliane Maury Pasquier, en allusion à ces récentes polémiques. Désormais, elle compte montrer à l’extérieur que le travail a repris. «Elle pourra apporter une stabilité dans les discussions», assure Jean-Pierre Grin (UDC/VD).

Du pain sur la planche

La présidente a du pain sur la planche, car les difficultés du Conseil de l’Europe sont aussi financières. La Russie, mécontente d’avoir vu sa délégation pénalisée après l’invasion de la Crimée, n’a payé que le tiers de sa contribution l’an dernier, rien cette année. Et Ankara, fâchée de la remise d’un prix à un militant turc, a réduit sa participation. Ce n’est pas tout! Dans plusieurs pays, le Conseil de l’Europe et sa Cour européenne des droits de l’homme (CEDH, voir les explications en encadré) sont remis en question.

En Suisse aussi, l’initiative UDC pour l’autodétermination, qui demande la primauté du droit helvétique sur les normes internationales, attaque la CEDH. Liliane Maury Pasquier compte profiter de sa visibilité pour se battre contre ce texte et faire «rayonner le Conseil de l’Europe en Suisse». Elle se lance sans attendre: «Comme d’autres pays, nous devons faire face à une tentation de repli nationaliste. Mais les petits États profitent des organisations multilatérales, nous passer du Conseil de l’Europe serait un affaiblissement majeur.»

Avant tout des valeurs

Celle qui avait déjà été présidente du Conseil national en 2002 rappelle que le Conseil de l’Europe, ce sont avant tout des valeurs. Élections en Turquie, prisonniers en Ukraine, protection des vies en mer… Il est question de tout cela dans cette organisation créée après la Seconde Guerre mondiale pour promouvoir les droits humains sur le continent. Ces principes, souligne Liliane Maury Pasquier, sont aussi très ancrés dans notre pays.

«Cette élection est une bonne occasion pour expliquer l’importance de notre travail en Suisse, renchérit le conseiller aux États Filippo Lombardi (PDC/TI), président de la délégation helvétique à Strasbourg. Et, dans l’autre sens, nous avons l’occasion de promouvoir les valeurs de notre pays à l’extérieur.»

La Suisse a bonne réputation à Strasbourg. Elle a aussi largement participé à l’institution. Entre 1969 et 1972, un autre Genevois, Olivier Reverdin, avait présidé l’institution. Aujourd’hui, Doris Fiala dirige une commission qui s’occupe des questions migratoires, alors qu’Alfred Heer (UDC/ZH) est l’un des vice-présidents de l’APCE. «Notre délégation a été la première à demander une enquête sur les affaires de corruption», ajoute Filippo Lombardi.

Quant à Liliane Maury Pasquier, elle compte se battre: «Le développement des droits humains est une lutte permanente. Même quand on échoue, il faut continuer. Sinon nous risquons de retourner au chacun pour soi qui a conduit à la Seconde Guerre mondiale.»

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