L'initiative sur les logements abordables refusée à 57%

Votations 9 février Le peuple suisse a rejeté à 57,1 % l'initiative sur les logements abordables, et ce malgré le soutien des Romands. Les initiants, déçus, veulent davantage de moyens.


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La Confédération et les cantons ne seront pas obligés de construire plus d'habitations à loyer modéré. Les Suisses ont refusé dimanche à 57,1% l'initiative de l'Association suisse des locataires lors d'un scrutin marqué par un röstigraben et un fossé ville-campagne.

Seuls cinq cantons dont quatre romands ont soutenu le texte pour davantage de logements abordables. Le canton urbain de Bâle-Ville s'est montré le plus enthousiaste avec 60,2% de «oui». Genève suit avec 60,1% devant Neuchâtel (56,2%), le Jura (53,2%) et Vaud (53,2%).

Les cantons bilingues de Fribourg (53,1% de «non») , de Berne (58,3%) et du Valais (67,1%) comptent parmi les opposants à l'initiative. Dans ce camp, Appenzell Rhodes-Intérieures est le canton le plus virulent avec 76% de rejet devant Obwald (72,3%) et Schwyz (72,3%).

Guy Parmelin satisfait

Le rejet de l'initiative montre que le marché du logement fonctionne globalement et que la grande majorité de la population dispose de possibilités de logement raisonnables, s'est félicité le ministre de l'économie Guy Parmelin. Selon lui, il y a des problèmes dans certaines villes et régions, mais il faudra les résoudre de manière régionale, par des mesures complémentaires au marché.

Et le conseiller fédéral de rappeler que le «non» ouvre la voie à un renflouement de 250 millions de francs sur dix ans pour le fonds de roulement qui octroie des prêts en faveur de la construction de logements d'utilité publique. Quelque 21 millions seront utilisables dès cette année et avec les amortissements des prêts en cours, ce sont au total 50 millions qui seront disponibles cette année.

Déjà réclamé par les initiants, un coup de pouce supplémentaire au fond n'est pas exclu, a précisé Guy Parmelin. Mais selon lui, le vote a été clair, il ne serait pas correct par rapport aux électeurs de doubler tout de suite les sommes. «Ce sera déjà un défi de trouver de bons projets dès 2020.»

Le conseiller fédéral a chargé l'Office fédéral du logement de procéder à une analyse détaillée du vote qui sera prise en compte dans le dialogue en matière de politique de logement. Des solutions appropriées devront être y trouvées en concertation avec les milieux concernés.

Villes favorables

Dans les deux camps, les citoyens des grandes villes où il est généralement plus difficile de trouver un logement bon marché ont soutenu le texte. Cela vaut pour Lausanne et Genève, mais aussi pour Fribourg, Berne, Lucerne ou St-Gall par exemple. Ou encore Zurich qui compte pourtant déjà une forte part de logements coopératifs.

Au total, un peu plus de 963'000 électeurs ont glissé un bulletin favorable au texte de l'Association suisse des locataires. Le camp du «non» a réuni quelque 1,28 million de personnes.

L'initiative exigeait 10% de logements d'utilité publique dans le parc immobilier suisse. Pour y parvenir, cantons et communes auraient pu faire valoir un droit de préemption pour acquérir en particulier des immeubles de la Confédération ou d'entreprises comme les CFF ou La Poste. Les autorités auraient dû encourager des assainissements n'entraînant pas la perte de logements modérés.

Stop à la spéculation

Pour les défenseurs des locataires et la gauche, c'était le seul moyen de stopper la spéculation immobilière qui voit les locataires payer toujours plus cher et les investisseurs engranger des bénéfices record. Le texte devait permettre une répartition équitable des coûts de la transition énergétique.

Les propriétaires risquent de renoncer à des travaux nécessaires, ont rétorqué les opposants. Ils ont convaincu la majorité qu'il était de toute façon superflu d'intervenir sur un marché qui fonctionne via un quota rigide ne permettant pas de coller aux réalités locales. L'objectif irréaliste risque de coûter très cher à la Confédération et aux cantons, avaient aussi averti le gouvernement et le Parlement.

Le «non» ouvre la voie à l'entrée en vigueur d'un contre-projet indirect misant sur les instruments actuels. Les autorités vont renflouer de 250 millions de francs en dix ans le fonds de roulement qui octroie des prêts en faveur de la construction de logements d'utilité publique.

Les initiants déçus veulent davantage de moyens

Les partisans de l'initiative pour des logements abordables sont déçus du résultat de la votation de dimanche. Les 45% de oui montrent toutefois que les difficultés des villes sont prises au sérieux. La gauche va continuer à faire pression pour demander plus d'argent.

Il était clair que l'initiative partait avec un lourd handicap, le texte devant réunir la double majorité du peuple et des cantons, a relevé sur les ondes de la RTS Carlo Sommaruga, président de l'Association suisse des locataires (ASLOCA). Or le texte a nettement moins bien passé en Suisse alémanique où une majorité de cantons non urbains ont fait la différence.

Pour le comité d'initiative, il s'agit dès maintenant d'agir sur le fonds de roulement qui octroie des prêts en faveur de la construction de logements abordables. Pour le conseiller national socialiste genevois, «il faut doubler la mise». Le Parlementa a déjà donné son feu vert à un crédit-cadre de 250 millions de francs. Ces prêts seront disponibles dès lundi et s'ajouteront aux 510 millions déjà alloués aux coopératives d'habitation.

Campagne trompeuse de la droite

La municipale Natacha Litzistorf (Verts) en charge du logement à Lausanne, est également bien décidée à exiger une augmentation de ce fonds. Mais il faudra aussi agir par les incitations financières et poursuivre avec des solutions locales, via des instruments comme le droit de préemption.

L'élue verte regrette la campagne déraisonnable menée par les adversaires de l'initiative. «Ils ont surfé sur les peurs des citoyens», a-t-elle déclaré. Carlo Sommaruga a également rappelé que la campagne avait été beaucoup plus dure en Suisse alémanique, notamment sur la question controversée du coût qu'aurait occasionné le texte de l'ASLOCA.

Problèmes locaux

Dans le camp opposé, la satisfaction est de mise. «La question du logement ne peut pas être résolue au moyen de quotas», s'est réjoui Olivier Feller (PLR/VD) secrétaire général de la Fédération immobilière romande. Les résultats très variables illustrent bien les différences entre le Valais et la ville de Genève.

Pour le conseiller national PLR vaudois, il faut des solutions locales et régionales. Questionné sur une éventuelle augmentation du fonds de roulement, il préfère s'en tenir pour le moment aux 250 millions qui seront immédiatement débloqués pour les logements d'utilité publique.

Jean-François Rime, président sortant de l'union suisse des arts et métiers (usam) s'est également dit satisfait du résultat. «Le marché du logement doit rester en mains privées». Le problème de logements abordables concerne surtout des grandes villes comme Genève ou Bâle. Il n'était pas nécessaire pour cela de faire une loi pour toute la Suisse.

Aux cantons d'agir

L'Union des villes suisses (UVS), qui avait prôné la liberté de vote, voit dans le résultat la confirmation de son pronostic: campagne, agglomérations et villes ont des intérêts très divergents. Dans bien des villes, la part des coopératives d'habitation dépasse bien souvent les 10% que demandait l'initiative. Le texte ne leur aurait servi à rien, a estimé Kurt Fluri, président de l'UVS.

Le conseiller national PLR soleurois souhaite que cantons et communes prennent désormais l'initiative et fixent des quotas ou des droits de préemption pour les coopératives de logement en fonction de leurs besoins spécifiques. Il faut désormais exploiter pleinement le fonds de roulement, a lancé Kurt Fluri. (ats/nxp)

Créé: 09.02.2020, 17h28

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