La longévité de nos centrales dépendra de leur sécurité

Point FortLes Suisses ont rejeté à 54,2% l’initiative des Verts, qui voulait limiter à 45 ans la vie des centrales nucléaires. Seuls six cantons et demi-cantons, dont Vaud et Genève, ont dit oui.

Doris LeuthardLa ministre en charge de l’Energie s’est réjouie devant la presse d’avoir été suivie par la population.

Doris LeuthardLa ministre en charge de l’Energie s’est réjouie devant la presse d’avoir été suivie par la population. Image: Reuters

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Pas question de débrancher les centrales. Les Suisses se sont opposés à l’initiative qui demandait une sortie du nucléaire. Le score est sans appel: 54,2% des votants ont rejeté le texte des Verts. Seuls six cantons et demi-cantons l’ont accepté, dont Genève, champion du oui en Suisse romande, à 59% et Vaud à 54,6%.

Soulagée par ces résultats, c’est tout sourire que Doris Leuthard est venue les commenter. «C’est un signe de confiance du peuple. Les centrales doivent être arrêtées lorsque la sécurité n’est plus assurée, et pas de façon précipitée.» Très rapidement, la ministre a évoqué le prochain défi, celui de sa Stratégie énergétique 2050, «qui assure le temps nécessaire pour une sortie de l’atome sans dommage».

Le choc des chiffres

Pour les initiants, la fête aura été de courte durée. Galvanisés par les derniers sondages qui leur prédisaient un oui à portée de main, ils s’étaient réunis en masse dans un restaurant au-dessus de la gare de Berne. Les mines se sont rapidement déconfites dès les premiers résultats tombés. Un après-midi ponctué de quelques applaudissements, venus saluer les cantons qui glissaient un oui dans l’urne. «Baignée par les commentaires en Suisse romande, je m’étais dit que c’était possible», avoue Isabelle Chevalley (PVL/VD).

C’était compter sans le non massif venu de l’autre côté de la Sarine. Comment l’expliquer? «En Suisse alémanique, les gens font confiance aux autorités. Si elles disent que les centrales sont sûres, on les croit. Il n’y a qu’un accident qui pourrait les faire changer d’avis.» Pour beaucoup, les demandes de dédommagements astronomiques avancées par les exploitants ont aussi joué un rôle. Le fait que peu d’élus bourgeois alémaniques se soient engagés en faveur du texte a fini par creuser ce Röstigraben.

Pas de sinistrose

Passé la déception du résultat, les réactions ne sont pourtant pas teintées de sinistrose. Au contraire. «On fait un résultat auquel personne ne croyait», analyse Florian Kasser, expert nucléaire au sein de Greenpeace. «Le débat autour de cette initiative aura permis de mettre en évidence les questions de sécurité, de financement et de rentabilité des centrales. C’est de bon aloi pour la suite», ajoute Roger Nordmann (PS/VD).

La suite, c’est la Stratégie énergétique 2050. Pour les opposants à l’atome, ce scrutin est vu comme une répétition générale. «L’initiative a permis d’obtenir d’importantes concessions», estime Balthasar Glättli (Les Verts/ZH). «Avec plus de 45%, on est au-delà d’un oui confidentiel, analyse Daniel Brélaz (Les Verts/VD). Si on ajoute le PDC, la majorité du PLR et les paysans, il devrait y avoir une large majorité pour cette stratégie. Mais attention à ne pas sous-estimer l’enjeu.»

Un vote de raison

Dans le hall très luxueux de l’Hôtel Bellevue, à quelques pas du Palais fédéral, les opposants fêtent la victoire. Timidement. Ici seule une poignée d’élus a fait le déplacement. «Les Suisses ne se sont pas laissé embarquer par des arguments émotionnels, commente Jacques Bourgeois (PLR/FR). Ils ont compris que, même si nos centrales sont vieilles, elles sont sûres.» Ce qui a fait la différence? «Le délai, répond de suite le sénateur Beat Vonlanthen (PDC/FR). Les gens ont compris qu’on ne pouvait pas remplacer l’énergie atomique du jour au lendemain.» Le Fribourgeois voit – lui aussi – dans ce résultat un signe encourageant en faveur de la Stratégie énergétique 2050. «Je conseille à mes amis de l’UDC de retirer le référendum. Ils auront beau lutter comme des lions, ils ne pourront pas le gagner.»

L’UDC en ordre de bataille

Il y avait en effet dans le camp du non deux sortes d’opposants. Ceux qui ne voulaient pas de l’initiative, car ils misent sur la Stratégie énergétique 2050, et ceux qui ne veulent ni de l’une ni de l’autre. Le président de l’UDC, Albert Rösti (BE), appartient à cette deuxième catégorie. Et il n’a pas du tout l’intention de renoncer au référendum. «Les Suisses ont dit qu’ils ne voulaient pas d’une sortie précipitée du nucléaire. Ils se sont prononcés sur un seul point de la Stratégie énergétique. Mais il y en a plein d’autres! La réduction de la consommation ou les taxes supplémentaires sur l’énergie. Il s’agit d’enjeux différents qu’on ne peut pas comparer.» Et de souligner que Bâle-Campagne a dit oui à l’initiative, mais que le canton a en même temps refusé un projet pour taxer davantage l’énergie.

Prêts à payer davantage?

«Le vote d’hier ne préfigure en rien celui sur la Stratégie énergétique 2050, acquiesce Benoît Genecand (GE), un des frondeurs PLR à avoir rejoint le camp du référendum. Lorsqu’il faudra voter sur le projet de Leuthard, trois questions seront soumises au peuple. Quelle autonomie énergétique veut-on? Les Suisses sont-ils prêts à réduire massivement leur consommation? La population acceptera-t-elle d’être taxée sur sa consommation d’énergie? Car la suite de la Stratégie énergétique, c’est bien la fiscalité écologique. Si on veut être honnête, il faudra aussi aborder ce point-là.»


Ce que signifie ce vote pour la Stratégie énergétique 2050

Sitôt les résultats de l’initiative connus, elle était sur toutes les lèvres: la Stratégie énergétique 2050 sera le prochain grand combat qui va animer la politique énergétique du pays. Elaboré par Doris Leuthard et adopté par le parlement cet automne, ce vaste projet doit accompagner la sortie par étapes de l’atome en dopant les énergies renouvelables. Mais l’UDC, soutenue par une poignée d’élus PLR et quelques organisations économiques, a décidé de lancer le référendum. Cet objet devra passer l’épreuve des urnes.

Les résultats de la votation d’hier sont-ils de bon augure en vue de ce nouveau scrutin? Beaucoup y croient au centre et à gauche de l’échiquier, mais pour des raisons différentes. C’est assez amusant d’ailleurs. C’est dans le bon score du oui à la sortie du nucléaire que les Verts et le PS voient un signe encourageant en faveur de la Stratégie énergétique 2050. Du côté du PDC, en revanche, on voit dans le non à l’initiative une confirmation explicite de cette même stratégie!

Une double lecture des résultats qui n’est pas si contradictoire que cela lorsqu’on sait que les adversaires d’hier seront les alliés de demain. C’est en effet au centre et à gauche que se trouvent les plus grands défenseurs du projet de Doris Leuthard.

Plus délicate sera la position du PLR, divisé sur le dossier. Officiellement, le parti soutient la Stratégie énergétique 2050. Lors du vote final aux Chambres, c’est par deux tiers des voix que cette position a été prise au sein du groupe. Minorisés, plusieurs élus ont toutefois décidé de soutenir le référendum, et ils ne désespèrent pas de retourner l’ensemble du parti.

Comment? Pour ces frondeurs, si le référendum aboutit, il faudra que les délégués se prononcent sur le mot d’ordre à donner. Et, pour eux, le vote sur l’initiative des Verts n’est en rien une répétition générale du scrutin à venir. Le débat ne portera plus sur les délais de fermeture des centrales, mais sur l’approvisionnement énergétique, les subventions et la fiscalité écologique. Ils ne désespèrent pas de rallier à leur opposition l’assemblée des délégués. Virage à 180 degrés ou retour aux sources? Ces élus rappellent qu’au départ le PLR était opposé à cette stratégie gourmande en taxes.

A l’UDC, les choses ne seront pas aisées non plus. Si le parti est à l’origine du référendum, il devra faire face à son aile agrarienne, en porte-à-faux. En soutenant les projets d’énergie solaire, la stratégie énergétique offre en effet de réelles possibilités aux agriculteurs de diversifier leurs revenus. Cela risque de peser sur les débats lorsque les délégués devront se prononcer.

Dernière inconnue à pimenter encore un peu les mois à venir: la position des entreprises. En annonçant très tôt qu’elle soutenait la Stratégie énergétique, EconomieSuisse a pris beaucoup de monde de court. D’autres organisations, comme l’USAM, n’ont pas encore arrêté leur position. Hier, ses responsables laissaient planer le suspense, en indiquant qu’une décision serait prise une fois le référendum abouti. Un soutien de la faîtière des PME pèserait lourd dans la balance. Doris Leuthard a indiqué hier se réjouir des prochains combats. Elle ne croit pas si bien dire. (24 heures)

Créé: 27.11.2016, 21h56

Seule la Suisse de l’Ouest s’est unie sous la bannière des Verts

La carte est verte tout le long de son bord ouest: seuls les cantons de Genève, de Vaud, de Neuchâtel, du Jura et les deux Bâles ont accepté l’initiative des Verts. Et c’est à Genève et à Bâle-Ville que le vote en faveur de la sortie du nucléaire a été le plus massif, avec respectivement 59% et 60,5% de oui.
Difficile pourtant de parler d’un véritable Röstigraben: outre la présence dans le camp du oui des Bâlois, traditionnellement opposés à l’atome, ni Fribourg ni le Valais ne font partie des déçus du dimanche. Dans ces deux cantons, le vote n’est pas unanime. Les citoyens de la ville de Fribourg ont nettement adopté le texte, avec 63% de oui. Même constat, dans une moindre mesure, dans les villes francophones valaisannes de Sion, de Martigny et de Sierre (entre 51 et 52%).

«On ne peut pas parler de Röstigraben classique. Mais il est évident qu’il y a eu un effet de campagne dans les régions linguistiques», confirme Lukas Golder, politologue à l’institut GfS.bern. En Suisse romande, les arguments des initiants ont fait mouche, tandis qu’outre-Sarine les discours des opposants, notamment sur les effets immédiats de l’initiative, l’ont emporté. «La culture médiatique a aussi joué, poursuit Lukas Golder. Les médias romands se sont clairement positionnés en faveur de la sortie du nucléaire, à l’inverse des Alémaniques.»

Les précédentes votations avaient déjà montré une différence linguistique sur le nucléaire. Le clivage était encore plus net lors de la première initiative en 1979, rejetée à 51%. En 1984, la carte du vote était la même qu’aujourd’hui: les cantons latins, sauf Fribourg et le Valais, avaient soutenu l’initiative perdante «Pour un avenir sans nouvelles centrales nucléaires». Seul le vote de 2003 sur la prolongation du moratoire et une sortie du nucléaire avait échappé à ce clivage, avec un non dans tous les cantons.

Au clivage linguistique s’ajoute le clivage ville-campagne: tout comme à Fribourg, les villes de Zurich et Berne ont plébiscité l’initiative (59,9% et 62,9% de oui), tandis que leurs cantons respectifs l’ont rejetée à 52,87% et à 56,2%. A l’inverse, c’est dans les cantons ruraux que le non est le plus clair. Schwytz arrive en tête (68%), suivi par Appenzell Rhodes-Intérieures (66%) et Nidwald (65%). «Le clivage ville-campagne s’accentue car les villes sont bien plus à gauche qu’auparavant, explique Lukas Golder. D’ailleurs, les opposants n’ont pratiquement pas mené campagne dans les grands centres urbains.»

La sortie du nucléaire est donc identifiée comme une idée de gauche… et de femmes! Selon les premières analyses de GfS.bern, l’écart entre les deux sexes est marqué: 56% des femmes soutiennent l’initiative alors que 56% hommes y sont opposés. «Les femmes sont plus sensibles aux arguments de sécurité. Elles sont plus constantes dans leurs opinions sur certains sujets. Et le nucléaire en fait partie.»

«Notre campagne a été payante en Suisse romande»

Christian van Singer (Les Verts/VD) Porte-parole du comité d’initiative «Sortir du nucléaire»

Le refus de l’initiative lancée par les Verts est assez net. Vous y attendiez-vous?

Disons que j’ai connu des jours meilleurs. Ce que je constate avant tout, c’est que nous avons gagné dans toute la Suisse francophone, autant dans cantons que dans les villes, à l’instar de Fribourg, de Sion ou de Martigny. Si nous avons perdu les cantons de Fribourg et du Valais, c’est à cause de leur partie germanophone. En Suisse alémanique, non seulement moins de moyens ont été investis, mais la campagne a été menée comme un combat de la gauche. En Suisse romande en revanche, la campagne était très engagée et était basée sur des choix stratégiques différents. Nous avons, par exemple, conclu des alliances avec des personnalités diverses de la société civile et des politiciens du centre droit, car nous souhaitions que le débat ne se focalise pas sur un clivage gauche-droite, mais bien sur la question d’un futur avec ou sans nucléaire.
Le refus des Alémaniques ne serait donc dû qu’à une campagne plus faible?

Bien sûr, on peut avancer des arguments culturels, par exemple le fait que la conseillère fédérale Doris Leuthard bénéficie d’une plus forte aura outre-Sarine. Mais le résultat de la Suisse romande démontre qu’en y mettant les moyens, cela paie. Les gens ont refusé l’initiative parce qu’ils ont été impressionnés par les arguments de la campagne du non leur prédisant une pénurie d’électricité et des coûts exorbitants. En Suisse romande nous avons investi pour distribuer un tous-ménages expliquant clairement aux gens nos arguments. En Suisse alémanique, trois quarts des ménages ne l’ont pas reçu. C’est là que le résultat se fait sentir.

Il y a eu huit votations antinucléaires depuis 1979 et sept refus. Ne faut-il pas se faire à l’idée que les Suisses tiennent à vivre avec le nucléaire?

Encore une fois, si l’on compare les résultats de notre initiative avec ceux de la précédente votation, on constate un net progrès du oui côté romand.

Quelle sera la suite de l’histoire des Verts et de leur combat pour la sortie du nucléaire?

Nous veillerons à ce que les cantons et les villes qui ont voté en faveur de la sortie programmée du nucléaire continuent d’évoluer dans ce sens-là, notamment en développant leur approvisionnement en énergies renouvelables. Nous souhaitons également les encourager à cesser d’acheter de l’énergie nucléaire, comme Lausanne et Genève le font déjà. Au niveau national, nous resterons particulièrement attentifs aux questions ayant trait à la sécurité des centrales et au financement du fond d’approvisionnement, destiné aux démantèlements et à la gestion des déchets.

Après ce résultat, craignez-vous le référendum contre la Stratégie énergétique 2050, lancé par l’UDC?


Il y a toujours une crainte, il faudra évidemment faire campagne. Mais cela devrait passer sans trop de problème à mon avis. Entre ceux qui soutiennent les énergies renouvelables et ceux qui font confiance au Conseil fédéral, la bataille sera moins rude à remporter.

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