Le loup est à nouveau dans le viseur du parlement

FauneLa révision de la loi sur la chasse veut faciliter l’abattage du prédateur. Sans correction, les ONG menacent de lancer le référendum.

La Suisse compte actuellement la présence confirmée d'une quarantaine de loups.

La Suisse compte actuellement la présence confirmée d'une quarantaine de loups. Image: DR.

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C’est sans contexte l’animal qui divise le plus sous la Coupole. «J’ai rarement vu de session sans objet consacré au loup», avait dit un jour Doris Leuthard. L’Argovienne a quitté la Berne fédérale; pas le grand prédateur qui est à nouveau dans le viseur du parlement. La commission compétente du National débat ce lundi d’une révision de la loi sur la chasse qui veut faciliter son abattage.


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À la base, le texte devait intégrer une proposition du sénateur Stefan Engler (PDC/GR), acceptée par les deux Chambres (lire l’encadré) . L’idée était de permettre la régulation du loup afin de limiter son impact sur le bétail et la faune sauvage. Un changement de politique nécessaire, selon l’élu grison, depuis l’apparition de meutes en Suisse. Son projet devait renforcer l’acceptation de l’animal en Suisse. Mais la majorité bourgeoise du Conseil des États a profité de cette révision pour intégrer plusieurs mesures qui fragilisent encore plus la protection du loup.

Menace de référendum

«Nous devons limiter la portée de la loi à ce que prévoit la motion Engler, réagit Adèle Thorens (Verts/VD). Le loup pose certains problèmes, il faut y apporter des réponses ciblées, pour assurer une bonne cohabitation avec la population et les éleveurs. Cette révision va trop loin. Tout d’abord, elle ne concerne pas que le loup, et menace d’autres espèces protégées. Ensuite, le fait de donner plus de pouvoir aux cantons est problématique: la Confédération doit pouvoir assurer une politique de cohabitation dans toute la Suisse. Enfin, autoriser les tirs préventifs, c’est la porte ouverte aux abus. On pourrait abattre des animaux avant même qu’ils ne se soient avérés problématiques. Ce serait un changement de paradigme complet par rapport à la situation actuelle.»

Si les conseillers nationaux ne modifient pas la loi ce lundi, les milieux environnementalistes et de protection des animaux promettent le référendum. «Pour quelques loups qui dérangent certains, on est prêt à mettre à mal toute la biodiversité suisse, qui n’en a pas besoin, dénonce Pierrette Rey, porte-parole du WWF. Nous attendons de voir le résultat des discussions en commission. Mais si rien ne bouge, la menace du référendum restera bien réelle.»

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En face, le camp des antiloups ne se laisse pas démonter. L’Association suisse pour un territoire sans les grands prédateurs se réjouit d’ailleurs de la tournure prise par les événements. «Les décisions du Conseil des États vont dans le bon sens. Si le Conseil national reste sur cette ligne, nous pouvons vivre avec cette révision», admet Georges Schnydrig, coprésident de cette association qui compte entre 2000 et 2500 membres.

Le conseiller national Pierre-André Page (UDC/FR), membre de la commission compétente, votera en ce sens. «Notre objectif, c’est de protéger les élevages. J’ai moi-même parlé avec des paysans dont les bêtes ont été massacrées par des loups. C’est terrible. Un individu seul est craintif. Lorsqu’il est en meute, c’est une autre histoire.» Et de répondre point par point aux critiques des défenseurs du prédateur.


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Le tir préventif? «C’est justement pour mieux réguler les meutes.» Donner plus de pouvoir aux cantons? «En étant directement confrontés au problème, ils savent mieux que quiconque quand il faut agir.» Le fait que la loi ne concerne pas que le loup, mais cite nommément d’autres animaux comme le bouquetin, le lynx ou le castor, et laisse la possibilité au Conseil fédéral d’élargir la liste? «Lorsque l’équilibre n’est plus là, c’est à l’homme de le rétablir, estime Pierre-André Page. Il faut voir les dégâts que peuvent faire des castors, par exemple. À Fribourg, des chemins entiers ont été minés, sans que les autorités n’aient eu le droit de réagir.»

Le salut du loup

En août, la majorité de la commission du National était entrée en matière sur le projet de loi durci par les États. Benoît Genecand (PLR/GE), un des rares élus de droite à défendre le loup, ne croit pas à un virage à 180%. «Ni l’UDC ni le PLR ne semblent prêts à revenir en arrière. Quant aux PDC, ils ont une oreille attentive pour les revendications des cantons alpins, qui sont leurs bastions traditionnels. Je crains même qu’il y ait une majorité prête à aller plus loin encore que le Conseil des États.» Si tel était le cas, le salut du loup passerait alors assurément par un vote populaire.

Créé: 21.01.2019, 06h47

Révision de loi

Objectif: réguler les effectifs

Afin de respecter la motion du conseiller aux États Stefan Engler (PDC/GR), le Conseil fédéral propose d’inscrire de nouvelles dispositions dans la loi sur la chasse. À l’avenir, il devrait être possible de réguler certaines espèces protégées qui menacent de causer des dommages ou qui représentent un danger pour l’homme. La révision fait explicitement état de régulation des effectifs et non plus seulement de tir d’animaux isolés. Moyennant une consultation de l’Office fédéral de l’environnement, les cantons pourront prendre les devants. Ces interventions régulatrices ne concernent pas que le loup, mais aussi d’autres espèces protégées qui sont sources de conflits. Le bouquetin, le castor, le lynx ou le cygne en font partie. À noter que Berne devrait aussi participer aux indemnités pour les dégâts causés.

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