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Les louvoiements de Moret sur ses liens d’intérêts

La conseillère nationale Isabelle Moret peine à assumer son changement de position sur les mandats lucratifs. Analyse.

Isabelle Moret.
Isabelle Moret.
KEYSTONE

«Non, je m’excuse, c’est totalement faux!» Voilà ce qu’affirmait outrée la candidate au Conseil fédéral Isabelle Moret lorsque la radio romande l’a présentée lundi comme membre du Cercle de travail Sécurité et techniques de défense. Ce dernier représente le lobby des industries d’armement sous la Coupole fédérale. Isabelle Moret a effectué un rétropédalage le lendemain. Elle a reconnu qu’elle faisait partie de ce Cercle de travail, mais de façon passive, et sans toucher le moindre défraiement. Selon elle, elle s’est inscrite sur internet uniquement pour recevoir des informations. Afin de lever toute ambiguïté, elle a demandé lundi soir d’être rayée formellement de la liste des membres du Cercle.

Il faut dire qu’Isabelle Moret s’est toujours montrée très chatouilleuse sur les liens d’intérêts. Pendant des années à Berne, elle a porté haut les couleurs de l’indépendance parlementaire en refusant tout mandat lucratif et donc tout fil à la patte. Une position minoritaire au PLR où une majorité d’élus considère normal de siéger dans des conseils d’administration rémunérés. Parlementaires de milice, ils y voient un moyen de connaître de l’intérieur les problèmes et les aspirations des milieux économiques.

Moret vire sa cuti

Depuis sa réélection en 2015, la Vaudoise a viré sa cuti. Elle a accepté plusieurs mandats dont celui problématique de la présidence de H+, le lobby des hôpitaux suisses. Ce mandat , pour lequel elle touche 44 000 francs net par année, collisionne avec le fait qu’elle siège à la commission de la santé du Conseil national. Nous en avions parlé avec elle lors de la session parlementaire de juin. piquée au vif, elle se défendait d’un quelconque conflit d’intérêts en avançant deux arguments: un, elle s’était assurée du feu vert de ses collègues de la Commission, notamment ceux de gauche; deux, la défense des Hôpitaux suisses relève d’une mission de service public.

Cette argumentation ne tient pas vraiment la route. Comme le relevait récemment avec une certaine ironie la NZZ, il y a aurait donc le «méchant »lobbyiste Ignazio Cassis à la solde des assureurs et la «gentille »lobbyiste Isabelle Moret en faveur des hôpitaux. Cette distinction apparaît artificielle, quoi qu’en disent certains membres de la Commission de la santé. Dans le marché de la santé, qui pèse 70 milliards par année en Suisse, tous les acteurs défendent âprement leurs intérêts: assureurs, médecins et bien sûr hôpitaux. Ces derniers, en mains publiques, ne représentent pas de facto l’intérêt public. Leur demande de réajustement de certains tarifs médicaux à la hausse a des conséquences sonnantes et trébuchantes sur la facture des assurés et des contribuables. Leur délivrer un blanc-seing d'angélisme automatique est absurde. Ou alors on peut aussi taxer les assureurs maladie de champions de la cause publique puisqu’ils traquent sans relâche les tarifications excessives des prestataires de santé.

L'attaque indirecte de Maudet

Isabelle Moret, qui apparaît un peu nerveuse et débordée en ce début de campagne au Conseil fédéral, aurait intérêt à assumer plus franchement ses mandats qui, on le répète, ne sont pas une tare dans son parti. Son concurrent au Conseil fédéral Pierre Maudet est en train d’exploiter cette faille. Il répète, comme il l’a fait encore ce mercredi à Genève dans une opération de communication millimétrée devant la presse suisse, qu’il n’est pas «le candidat des lobbies».

Et ce n’est pas le seul problème d’Isabelle Moret. Le silence persistant de sa concurrente vaudoise, la conseillère d'Etat Jacqueline de Quattro, commence à faire douter de son retrait de la course. Une décision doit tomber au plus tard ce jeudi. Un «combat de femmes» pour le Conseil fédéral affaiblirait les chances du canton de Vaud.

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