La lumière sur une tragédie cachée

TerrorismeUn livre dévoile les contacts secrets de Pierre Graber avec l’OLP lors de la vague d’attentats palestiniens contre la Suisse en 1969-1970.

Les trois avions, vides, seront dynamités le 12 septembre 1970 par le FPLP à Zarka.?

Les trois avions, vides, seront dynamités le 12 septembre 1970 par le FPLP à Zarka.? Image: CORBIS

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En 1969 et en 1970, la Suisse s’est retrouvée dans le viseur des groupes terroristes palestiniens. Des négociations secrètes sont alors menées avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) par le ministre des Affaires étrangères Pierre Graber. Le sociologue genevois Jean Ziegler joue un rôle de facilitateur, comme le révèle le journaliste de la NZZ Marcel Gyr, dans son livre Schweizer Terrorjahre. Le cauchemar commence le 18 février 1969 lorsqu’un commando du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) attaque un avion de la compagnie israélienne El Al sur le tarmac de Kloten. Le copilote est tué et un Palestinien est abattu par un garde israélien. Les trois survivants du commando sont arrêtés par les autorités suisses. L’OLP réclame alors leur libération en invoquant la relaxe d’un agent de sécurité. Bombe et détournement

Le second acte se déroule un an plus tard, le 21 février 1970, avec l’explosion d’un avion de Swissair au-dessus de Würenlingen (AG). Aucun des 47 occupants ne survit au crash. Pour les autorités suisses, il est clair que les Palestiniens ont commencé à mettre leurs menaces à exécution. La tension atteint son paroxysme le 6 septembre suivant, lorsqu’un DC-8 de Swissair transportant 157 personnes est détourné par le FPLP sur Zarka, en Jordanie. Deux autres appareils, anglais et américains, y sont aussi retenus.

«Pierre Graber a tout de suite compris que la Suisse faisait face à une guerre asymétrique et qu’elle ne pouvait que la perdre», indique Jean Ziegler. A l’époque, le professeur, dont les livres étaient déjà traduits en arabe, est l’une des rares personnes en Europe occidentale qui a des contacts réguliers et personnels avec certains dirigeants palestiniens. «Pierre Graber a sans doute été informé par la police fédérale, explique le professeur d’université. Il n’avait qu’une idée vague de la complexité de l’OLP et ne savait pas du tout avec qui négocier.» A l’insu du Conseil fédéral, les deux hommes vont se rencontrer à plusieurs reprises «dans des endroits invraisemblables pour garantir une clandestinité absolue».

«Tout acte terroriste est inacceptable et totalement inexcusable, le terrorisme groupusculaire palestinien comme le terrorisme d’Etat israélien, précise Jean Ziegler. Mais j’ai accepté immédiatement d’aider Graber dans la mesure de mes moyens.» Le Genevois va établir les premiers contacts et expliquer l’organigramme de l’OLP au ministre. «Cette dernière était alors un univers très hétéroclite. Il fallait qu’il comprenne quels étaient les rapports de force et à qui il pouvait faire confiance.» De même, Farouk Kaddoumi, qui dirige les affaires étrangères de l’OLP, va l’interroger sur la bonne foi de Graber. Pour le Palestinien, il s’agit non seulement de faire libérer les trois auteurs de l’attentat de Kloten mais aussi d’obtenir une représentation diplomatique à Genève, auprès de l’ONU.

Libération et démission

Durant trois semaines, Anglais, Américains et Suisses vont se concerter. Le mot d’ordre devait être d’agir ensemble. «Lorsque Israël lance ses chars vers le désert jordanien, Graber comprend qu’on court au massacre et il a fait libérer les terroristes», raconte Jean Ziegler. La suite appartient à l’histoire, avec la libération des otages de Zarka, Septembre noir et la démission précipitée de Graber.

Selon le sociologue, Pierre Graber a agi en homme d’Etat. «On peut condamner l’immoralité et l’opacité de ses actes, l’impunité accordée aux terroristes, reconnaît Jean Ziegler. En privilégiant la protection de la population suisse, il a fait passer la raison d’Etat devant l’Etat de droit, ce que j’approuve totalement.» Et Jean Ziegler de souligner que, par la suite, la Suisse n’a plus subi d’attaque.

Pour le ministre comme pour le professeur, l’affaire n’en a pas moins représenté un cas de conscience à l’égard des proches des victimes de Würenlingen. «Maintenant que le silence est rompu, il importe que toute la lumière soit faite sur cette tragédie. Ces familles ont droit à toute la vérité.» (24 heures)

Créé: 20.01.2016, 22h23

Le 21 février 1970

Une bombe explose à bord d’un avion de Swissair. L’appareil s’écrase à Würenlingen avec 47 occupants.

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