«Dans la lutte contre les addictions, il y a un manque de volonté politique»

PréventionMonique Portner-Helfer, la porte-parole d'Addiction Suisse, répond à nos questions concernant les addictions des Suisses.

Monique Portner-Helfer, porte-parole d'Addiction Suisse Image: DR

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Quelle est la consommation d’alcool des Suisses? Et quid du tabac, des drogues ou des jeux d’argent? Addiction Suisse fournit une multitude de chiffres dans son panorama des addictions 2019. La porte-parole de cette organisation, Monique Portner-Helfer, répond à nos questions.

Les chiffres que vous publiez vous surprennent-ils?
Ce qui est frappant, c’est que la situation ne bouge pas. Le taux de fumeurs stagne depuis près de 7 ans. L’ivresse ponctuelle, durant laquelle une personne boit beaucoup d’alcool en une seule fois, a fini par se stabiliser après avoir beaucoup augmenté. En ce qui concerne le cannabis et la cocaïne, des études suggèrent que leur consommation a légèrement augmenté. Pour que ces chiffres puissent diminuer, des mesures de prévention doivent être prises.

Dans la nouvelle version de la loi sur les produits du tabac présentée par le Conseil fédéral, l'interdiction des additifs facilitant l'inhalation et les restrictions de la publicité passent à la trappe. Et désormais, les casinos ne sont plus tenus de collaborer avec les services spécialisés en matière d'addiction pour élaborer un programme de mesures sociales. 2018 a été une année noire pour la prévention?
Cela ne date pas de l’an dernier! Le Parlement fédéral ne veut pas réglementer ces produits d’une manière efficace. On l’avait déjà vu avec la loi sur l’alcool, dont la révision a été abandonnée en 2015. En 2017, la vente d’alcool sur les aires d’autoroutes a été autorisée. Les fabricants font pression et combattent avec succès toute révision. Il y a un manque de volonté politique alors que les substances psychoactives causent 11'000 décès chaque année dans notre pays. Les coûts sociaux, eux, se situent à 14 milliards de francs (avec, pour ce deuxième chiffre, les jeux de hasard).

Quelles sont vos priorités?
Pour l’alcool, nous demandons l’interdiction de produits à très bas prix et de restreindre les horaires de vente de l’alcool durant la nuit. Les cantons de Genève et de Vaud l’ont fait, nous souhaitons que d’autres suivent. Pour le tabac, il faut interdire la publicité, comme le demande une initiative dont les signatures sont récoltées actuellement. Pour le cannabis, il faut prendre le débat à l’envers. Nous avons aujourd’hui une interdiction totale qui n’est pas respectée, une grande disponibilité du produit et une situation juridique peu claire pour les consommateurs. Il faut donc rechercher des modèles de régulation autres – que nous souhaitons plus stricts que pour l’alcool et le tabac – et qui nous permettent de reprendre l’initiative dans ce domaine. C’est ce que souhaitent de nombreuses villes et cantons suisses qui ont développé des projets pilotes dans ce sens. Nous les soutenons dans cette initiative.

Pour vous, y a-t-il eu des bonnes nouvelles en 2018?
La Commission fédérale pour les problèmes liés à l’alcool (CFAL) a revu ses recommandations sur la consommation d’alcool à faible risque. Elle estime que les hommes adultes en bonne santé ne devraient pas boire plus de deux verres standard de boissons alcooliques par jour, et les femmes un verre. Il est aussi conseillé de ne pas boire d’alcool plusieurs jours par semaine. Ces chiffres sont plus stricts que par le passé. Ils sont surtout plus simples à retenir.

Longtemps, la Suisse était perçue comme un précurseur dans la politique en matière de drogues. Est-ce encore le cas?
Pour la politique en matière de drogues, les Suisses sont toujours bons, notamment parce que les programmes de substitution à l’héroïne se poursuivent et que les cantons suisses continuent de mettre en place des mesures de réduction des risques comme le «drug checking» ou les locaux de consommation supervisés. Mais, aujourd’hui le débat sur la politique drogue se déroule en Amérique, avec deux pays (Uruguay et Canada), ainsi que dix États des États-Unis qui ont légalisé et régulé le cannabis. Nous suivons de près ces développements pour comprendre quel est l’impact de ces changements et ce que l’on pourrait en apprendre pour la Suisse. Si on regarde les substances légales, la Suisse n’a pas ratifié la convention cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. Seuls quelques autres pays sont dans cette situation. Et puis, l’Irlande a décidé d’encadrer strictement le marketing lié à l’alcool. Cette publicité est interdite au Groenland et l’Écosse a introduit des prix minimaux pour ces boissons.


A lire aussi: Alcool, tabac, drogues… Tout sur nos addictions


Créé: 05.02.2019, 11h02

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